Charte de la laïcité - Quand un séparatiste se sépare

Photo: Illustration: Christian Tiffet

Les sondages annonçaient un gouvernement péquiste et nous en avons un. Au moins, on ne pourra pas traiter mon virage électoral d’opportuniste: pour la première fois depuis qu’existe le PQ, je n’ai pas voté pour ce parti.

Cette rupture m’a déchiré. Elle me fera perdre des amis, décevra des militants sincères, sera mal interprétée. Je ne l’ai pas rendue publique avant l’élection : elle eût été vue comme une trahison plutôt qu’une occasion de réflexion. Non, je ne suis pas le Guy Bertrand des temps modernes. Et je refuse à l’avance toute invitation à venir me reposer à Sagard. Mais un moment arrive où il faut trancher.


C’est que je ne pouvais tout simplement pas me rallier au projet bidon de Charte de la laïcité du PQ. Ce projet, s’il se poursuit, divisera une société déjà trop divisée. Il rendra encore plus difficile l’indépendance du Québec, en nous aliénant les secteurs d’opinion libéraux du reste du continent, les seuls susceptibles autrement de respecter notre choix. Et il saccagera pour longtemps notre relation avec la plus grande immigration francophone qu’ait connue le Québec, un milieu, hier encore, plutôt ouvert à nos aspirations : le PQ avait quatre candidats musulmans en 2007, aucun cette année. Les poulets ne votent pas pour le colonel Sanders.


Paravent de l’intolérance


Et nous n’avons pas besoin d’une telle charte ! Sauf ajustements mineurs, le Québec est déjà une société laïque, résultat de mesures prises par la Révolution tranquille, couronnées par la déconfessionnalisation scolaire. Bravo aux gens qui l’ont réclamée —j’en faisais d’ailleurs partie — et à Pauline Marois qui l’a fait inscrire dans la loi et la constitution.


Hélas, quand une personnalité politique peut se targuer d’un succès dans un domaine, elle semble incapable de ne pas en remettre, croyant plaire encore plus avec more of the same. Le projet de laïcisation bis du PQ donnerait raison à Karl Marx, qui disait que l’Histoire se répète, mais la deuxième fois sous forme de farce.


Que dire en effet d’un parti qui vote le maintien d’un crucifix à l’Assemblée nationale mais prône en même temps l’interdiction de travailler dans les secteurs public et parapublic pour les simples citoyens qui arborent, à titre personnel, un signe reli- gieux comme le foulard islamique ou la kippa juive ? Le crucifix ne m’empêche pas de dormir, la laïcité comme paravent de l’intolérance, oui.


Depuis quatre ans, j’ai tenté de convaincre plusieurs députés péquistes d’éviter ce piège. La réponse finale à mes discrètes représentations et à celles d’autres intervenants fut le parachutage de Mme Djemila Benhabib dans Trois-Rivières, augure d’une laïcité « fermée » à double tour.


J’ai lu les livres de cette femme d’une seule cause. Elle a beaucoup souffert et me paraît très sincère. J’en dirais autant du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, pourfendeur du crime. Malheureusement, avoir souffert et avoir des comptes à régler ne fait pas forcément de quelqu’un le conseiller le plus judicieux. Les remèdes du sénateur contre le crime (plus de répression que de prévention) augmenteraient la criminalité. La Charte discriminatoire du PQ, sans parallèle en Amérique du Nord, ferait l’affaire des extrémistes islamistes, qui doivent se croiser les doigts en espérant son adoption.


Compatibilité des vues


Je défendrai toujours le droit de chacun de critiquer toute institution, religions comprises. Mais le choix d’une candidature par un parti n’est pas affaire de droit, mais de pertinence. J’ai connu et apprécié pas mal de musulmans, de sikhs et de juifs : j’ai été agent de liaison du gouvernement avec ces communautés. Le parachutage de Mme Benhabib à Trois-Rivières est un aussi mauvais coup pour le PQ dans la communauté musulmane que le choix de Stéphane Dion comme chef du PLC l’avait été dans le Québec français pour ce parti. Dans les deux cas, un parti s’est entiché d’un membre d’une minorité, non pas à cause des efforts de cette personne pour qu’on comprenne mieux la minorité, mais uniquement pour la compatibilité de ses vues avec les phobies de la majorité.


Je ne connais pas chacun des 200 000 musulmans du Québec, mais tous ceux que je connais, pratiquants ou pas, ont vu le parachutage de l’auteure de Ma vie à contre-Coran comme une provocation. Comment réagiraient les chrétiens (les pratiquants ou même ces non-pratiquants qui veulent un crucifix à l’Assemblée nationale) à la candidature d’une personne dont le mérite le plus vanté serait un livre intitulé Ma vie à contre-Évangile ? À mon avis, les responsables de ce choix ne manifestent pas le jugement et la sensibilité requis par un projet aussi complexe et exigeant que l’accession du Québec à la souveraineté. Comme Maurice Duplessis, qui faisait lui aussi une partie de son beurre électoral sur le dos d’une minorité religieuse (les Témoins de Jéhovah), ils s’intéressent davantage à leur réélection qu’à l’avenir du Québec comme société.


La France, un modèle?


Des arguments d’apparence respectable sont invoqués contre la présence dans les services publics de femmes portant le foulard. Ainsi prétend-on les « libérer », comme si emploi et salaire n’étaient pas les premiers garants de leur liberté. Mais le motif le plus évident, c’est la peur de ce qui est étranger, comme l’illustre la contradiction au sujet du crucifix.


Le second motif en importance est probablement, chez une partie des baby-boomers, un héritage inversé d’un Québec révolu: l’hostilité obsessive envers les religions et le mépris pour leurs adhérents. Cette hostilité, ce mépris ne donneront rien de bon dans un Québec où la diversité s’accroît. La stigmatisation des croyants n’est pas propre à créer beaucoup d’empathie chez et envers les immigrants qui, en majorité, attachent beaucoup d’importance à leur religion, chrétienne, musulmane ou autre.


Le modèle à imiter, paraît-il, serait la France, pays que j’aime passionnément, mais pas à la folie. Il détient, depuis la Deuxième Guerre, le championnat du monde occidental pour l’appui de son électorat à un parti ouvertement xénophobe, si l’on considère à la fois l’ampleur et la durée de cet appui. En France, un physique maghrébin fera parfois que la police vous demande « Vos papiers! » tous les jours, ce que rapporte nulle autre que Djemila Benhabib dans Ma vie à contre-Coran (p. 190).


Et des jeunes en colère issus de l’immigration incendient des centaines de voitures chaque année dans la nuit du 14 juillet ; voit-on telles choses à Montréal le 24 juin, à Toronto le 1er juillet, à New York le 4 juillet?


Contrarier le reste du continent


Le Québec est en Amérique. Certains d’entre nous commencent à découvrir, surpris, combien la laïcité d’exclusion choque l’éthique prévalant aux États-Unis comme au Canada : le président Obama a dénoncé, le 4 juin 2009, l’interdiction du hijab en Occident ; il fut très peu critiqué là-dessus dans son pays. Au Canada, trois sikhs portant turban, élus de circonscriptions majoritairement non sikhes, siégeaient aux Communes quand j’y étais moi-même, sans que quiconque s’en formalise. L’un est maintenant ministre.


Au Québec, avec la Charte prévue par le PQ, il ne pourrait même pas être commis à la SAAQ. Les pays aux origines protestantes valorisent la liberté de conscience. Aux États-Unis, laïcité veut dire stricte séparation des Églises et de l’État, pas interdiction d’exprimer ses croyances.


Bien sûr, on peut choisir de contrarier tout le reste du continent, je l’ai souvent fait moi-même sur la langue, mais encore faut-il que l’enjeu en vaille la peine : si on multiplie les cas, on permet à nos adversaires de les relier entre eux pour peindre le Québec en forteresse de l’intolérance tous azimuts.

 

Charte d’exclusion


Traiter les Québécois de racistes est injuste, d’accord : un sondage récent nous montre plus ouverts à l’immigration que les Ontariens. Mais quant aux accusations d’intolérance envers les minorités religieuses, une bonne façon de les réfuter, ou de décrédibiliser leurs auteurs, serait de ne pas nous montrer pires que nos voisins dans ce domaine.


Il y a des juifs et des musulmans partout aux États-Unis et au Canada, des pays qui comptent soixante législatures d’État ou de province aux pouvoirs comparables, en gros, à ceux de notre Assemblée nationale. Qu’on me cite une seule de ces législatures où, à une époque récente, un grand parti a proposé une charte d’exclusion comme celle prônée par le PQ. Les rites halal et cachère sont pratiqués dans tous ces États et provinces. Nommez-moi une seule de leurs législatures où un grand parti en a fait récemment tout un plat (avec conférence de presse !) comme le PQ à l’Assemblée nationale en mars dernier.


Se pourrait-il que toutes ces autres législatures sans exception soient contrôlées par des « idiots utiles » au service des islamistes ? Ne se pourrait-il pas plutôt que notre insécurité et nos antécédents religieux nous inspirent parfois des réflexes excessifs, injustes et contre-productifs ? Bien sûr, certains verront dans la singularité de notre comportement une preuve (une de plus) de notre supériorité intellectuelle et morale. Le chauvinisme est le contraire du patriotisme : au lieu d’inciter la nation à s’améliorer, on exalte ses erreurs ; cela finit généralement assez mal.


J’ai donc laissé à ceux et celles qui rêvent de vivre un jour dans le seul coin de l’Amérique du Nord où une mère de famille pourrait se voir priver d’un gagne-pain pour cause de foulard la responsabilité de leur projet. Je reste un indépendantiste, un défenseur radical du français.


Il fallait voter et j’ai choisi Option natio- nale (ON). Ce parti a eu la bonne idée, dans sa plateforme, de préconiser la laïcité des institutions publiques, pas la laïcisation forcée de chacun de leurs employés. Je connais plusieurs de ses militants, des jeunes pour la plupart ; ils ne feraient pas ce genre d’erreur.

  • Yves Claudé - Inscrit 22 septembre 2012 02 h 53

    Régresser pour intégrer : une mauvaise idée !

    M. Dorion, tout sociologue qu’il soit, nous propose, dans le domaine politique et éthique, une voie désastreuse, celle de régresser pour intégrer !

    Une formation de sociologue offre certes, en principe, une bonne connaissance des faits sociaux, mais elle ne garantit aucunement la capacité à faire des choix éthiques judicieux.

    Une telle attitude de démission, d’auto-anéantissement national n’est ni nouvelle ni originale... D’ailleurs, tant qu’à verser dans la négation de la nation moderne qu’est devenue le Québec, Monsieur Dorion aurait pu tout aussi bien voter pour le parti multiculturaliste et anti-laïque qu’est QS.

    Les arguments servis par l’auteur, sous forme d’accusations d’«intolérance» et d’«exclusion», sont pénibles, redondants, et ils ne se démarquent aucunement de ceux d’une propagande haineuse qui rêve et s’emploie depuis 250 ans à l’écrasement et à la disparition de notre nation.

    M. Dorion en rajoute dans une démagogie qui achève de discréditer le vain exercice d’auto-justification de sa démission nationale, lorsqu’il évoque, dans un ton populiste désuet, la fantasmatique situation d’une «mère de famille [qui] pourrait se voir priver d’un gagne-pain pour cause de foulard» !

    Le saccage de la modernité, y compris en Occident, est un projet explicite de groupes organisés au sein de certaines communautés culturelles, et ce serait trahir les espoirs d’intégration à une société moderne qui sont ceux de la grande majorité des immigrants, que de permettre à des groupes factieux et anti-laïques de détruire ce que nous avons construit de haute lutte depuis des générations, en commençant par le mouvement national québécois, le mouvement ouvrier, sans oublier le mouvement des femmes, mouvement central dans les luttes de la modernité !

    Ajoutons que l’illustration accompagnant le texte relève de la plus mauvaise propagande !


    Yves Claudé - citoyen … et néanmoins sociologue …

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 22 septembre 2012 12 h 14

      Nous aurions droit, nous aussi de protester,de contester une telle illustration haineuse,nous montrant une femme voilée, victime soumise ,sans défense,atteinte par la lame meutrière,menaçante, sortant du sigle du Parti Québécois..Une propagande trompeuse et insultante,stigmatisant et blâmant une majorité de québécois.Rien, pour apaiser certains esprits.. Et que penser de la comparaison boiteuse et réductrice de (les poulets ne votent pas pour le colonel Sanders..) dire que nous sommes en 2012. On réalise, que le reste du chemin à parcourir,sera long et épineux ..Merci à vous,Yves Claudé pour vos commentaires éclairés,pertinents .

    • Pierre-E. Paradis - Inscrit 22 septembre 2012 23 h 18

      Je suis tout à fait d'accord avec M. Claudé.

      L'auteur de cette séance d'autoflagellation semble motivé par la culpabilité. Sa défense des Témoins de Jéhovah semble tout droit sortie du Petit Livre Rouge trudeauiste qu'était Cité Libre.

      Dans moins de six mois, je prédis que M. Dorion devra quitter Option nationale et rejoindre les rangs de Québec solidaire – le parti faussement souverainiste et culpabilisateur-de-majorité par excellence.

    • Jacques Patenaude - Abonné 23 septembre 2012 09 h 09

      "Ajoutons que l’illustration accompagnant le texte relève de la plus mauvaise propagande !"

      C'est le moins que l'on puisse dire. Je la trouve haineuse. Qui est cet illustrateur et qu'en pense M. dorion?

      Je ne suis pas d'accord avec cette charte de la laicité car je considère qu'elle ne va que donner au judiciaire plus de pouvoir pour prendre encore plus de décisions abracadabrantes. Mais quand même écrire qu' "Aux États-Unis, laïcité veut dire stricte séparation des Églises et de l’État, pas interdiction d’exprimer ses croyances." me semble relever d'une scizoprénie galopante. Ne retrouve-t-on pas sur les pièces de monnaie l'expression "God bless america" entre autre exemple.

  • Suzanne Chabot - Inscrite 22 septembre 2012 04 h 18

    Très beau texte


    J'aime beaucoup la manière avec laquelle ce texte est écrit. Il dit les choses clairement, sans être insultant et acrimonieux.

    Je me reconnais dans ce texte puisque j'ai eu la même réaction. Je suis souverainiste, mais, après la choix de Mme BenHabib comme candidate et l'annonce de la charte de la laïcité, j'ai remis en question mon choix. Je suis musulmane et j'ai travaillé pour le gouvernement en portant le voile islamique. Je travaillais pour le Conseil de Trésor à l'époque en tant que professionnelle, et personne ne m'a jamais dit que je n'étais pas la bienvenue. Au contraire. J'ai été très bien traité par les autres fonctionnaires. Je leur tire mon chapeau et je les remercie de leur accueil chaleureux. On m'a même réservé une salle pour que je puisse faire mes prière et exempté de payer les assurance en raison de son interdiction par certains savants.

    J'ai quitté mon poste depuis, non à cause de la discrimination, mais parce que je ne me sentais pas à ma place au Québec étant donné les débats à l'Assemblée nationale et dans les médias. J'ai changé de pays et de métier, mais je suis toujours attaché au Québec, et il se peut que je revienne un jour.

    Merci pour ce texte, il prouve qu'il y a toujours de l'espoir. Que l'avenir n'est peut être pas si noir.

    • Nicole Faucher - Abonné 22 septembre 2012 10 h 41

      Mme Chabot, vous avez remis votre choix en question, dîtes-vous ? Vous avez changé de pays ?

    • Suzanne Chabot - Inscrite 22 septembre 2012 14 h 21


      Oui, j'ai remis en question mon choix d'être souverainiste.

      Quand j'ai su la candidature de Mme BenHabib et quand il y a eu l'annonce de la charte de la laïcité, j'ai eu un choc.

      Tout à coup, il m'est revenu en mémoire toutes ces discussion que j'avais avec mes collègues fédéralistes à l'université qui ne cessaient de me répéter que l'option de la souveraineté a quelque chose de tendancieusement raciste. Je me rappelai alors avec quelle énergie je les combattais, à force d'arguments...

      Mais avec cette charte de la laïcité, je me suis retrouvée tout à coup de l'autre côté de la barrière. Je ne faisait plus partie du 'nous'. Et j'ai compris ce que mes collègues essayaient de m'expliquer, eux, qui, pour la plupart, étaient étranger.

    • Suzanne Chabot - Inscrite 22 septembre 2012 15 h 02


      Oui, j'ai quitté le Québec. J'ai senti la soupe chaude. Je suis partie avant que ça bouille trop. La situation s'est fortement dégradée depuis quelques années pour les musulmans. Mme BenHabib fait partie de ceux qui ont soufflé sur le feu.

      J'avoue que j'ai maintenant un peu peur quand je viens visiter ma famille au Québec. Je ne marche plus seule dans la rue comme je le faisait avant.

    • Louka Paradis - Inscrit 22 septembre 2012 15 h 49

      À Suzanne Chabot : je suis étonné de lire des propos aussi discriminatoires à l'égard des Québécois et profondément injustes à l'égard de Mme Benhabib. En outre, dans le dernier paragraphe, vous écrivez que vous avez peur de marcher seule sur la rue comme si on pouvait vous agresser ou vous battre ou je ne sais quoi. Insinuer que le Québec est une société violente est insultant et tout simplement diffamatoire. La Charte de la laïcité, ce n'est pas une question de souverainisme ou de fédéralisme, c'est une question d'égalité entre les hommes et les femmes, une valeur fondamentale au Québec. C'est un discours que j'ai déjà entendu chez certains imams qui faisaient la promotion du voile et de la charia. C'est un choix qui appartient à chaque femme, si elle en a la totale liberté, mais qui ne peut être imposé à celles qui n'en veulent pas : au Québec, c'est la majorité.

      Louka Paradis, Gatineau

    • Suzanne Chabot - Inscrite 23 septembre 2012 02 h 34


      M. Paradis, ce n'est pas une question de statistiques, c'est un vécu et un ressenti de ma part. Peut-être que j'ai tors, mais c'est ce que je sens.

      Faites-donc l'expérience par vous-même, vous allez voir. Dites à votre entourage que vous vous êtes converti à l'islam. Faites pousser votre barbe et portez une longue robe blanche (thawb, qamis) avec des sandales. Vivez ensuite votre vie normalement. Vous allez voir que ce n'est pas facile. Vous allez voir que le regard des gens a changé. Que vous êtes devenu un étranger dans votre propre pays.

      Certains seront curieux et vous poserons des questions. D'autres essaieront de vous de vous convaincre de changer d'habit, et de retourner à ce votre ancienne manière de vivre. D'autres enfin vous insulterons, vous crieront de 'retourner dans votre pays'. Certains d'entre eux peuvent même être violents, en vous tirant la barbe, par exemple (dans mon cas, on a arraché mon foulard).

      Je n'ai pas parlé de crimes haineux. J'ai juste dit que la situation s'exacerbe avec toutes ces discussion dans les médias et à l’Assemblée nationale, ce qui me fait craindre le pire.

      J'ai juste dit que moi, je ne me sentais plus à l'aise de vivre au Québec. D'ailleurs, quand j'ai dit que je partais, beaucoup de gens ont considéré que c'était la meilleure des solutions pour tout le monde. Que c'était logique de ma part.

      Ce que j'ai constaté, c'est que les curieux le sont de plus en plus. Que ceux qui s'efforceraient de convaincre emploient des méthodes un peu plus corsées, et que ceux qui insultent sont de plus en plus nombreux, et de plus en plus violents.

      Je ne sais pas si les choses continuerons de s'empirer ou bien se calmerons. Moi, je crains le pire. Mon mari, lui, est optimiste. Le texte de M. Dorion m'a fait penser que peut-être, c'est mon mari qui a raison, et je le souhaite de tout cœur.

      Mon discours n'a rien à voir avec celui des imams dans les mosquées.

    • Suzanne Chabot - Inscrite 23 septembre 2012 07 h 41


      M. Labelle, ce n'est pas une question de crime haineux. C'est un contexte social particulier, d'une attitude généralisée envers les musulmans.

      Je ne sais pas pour le Canada anglais, mais, étant donné que je voyage régulièrement aux États-Unis, je sais que là-bas, c'est moins pire qu'au Québec (sauf avec les agents de sécurité dans les aéroports). J'ai entendu dire qu'en France c'est pire qu'au Québec. Je connais d'ailleurs des musulmans qui ont quittés ce pays pour venir s'établir au Québec en raison des difficultés qu'ils vivaient là-bas. J'ai voyagé en Angleterre, et j'ai trouvé que c'était comme aux États-Unis.

      Je pense que M. Dorion a parfaitement raison de dire qu"il y a une certaine attitude dans les pays anglo-saxon qui diffère de celle que l'on trouve dans les pays francophones. Cela correspond à ma propre expérience.

      Il ne faut pas se boucher les yeux, il y a effectivement un problème, et le problème va en s’amplifiant depuis la commission sur les accommodements raisonnables.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 septembre 2012 15 h 40

      Message reçu Mme Chabot - merci de votre témoignage.

    • Gaetane Derome - Abonnée 23 septembre 2012 17 h 32

      Je crois tout de meme que la laicite est un signe de respect envers tous..Car il n'y a pas que la religion musulmane,Mme Chabot,il y a aussi d'autres croyances au Quebec et aussi des personnes non croyantes.
      Il faut respecter toutes les personnes,c'est pourquoi les institutions publiques se doivent d'etre laiques,neutres donc.
      Je suis certaine que votre Dieu ne vous en voudrait pas de faire vos prieres en toute intimite et de ne pas porter de signes religieux au travail,si ce travail vous permet de faire vivre votre famille..
      Il faut penser a l'autre,nous faisons partie d'une collectivite.Celle-ci n'est pas uniforme au niveau des croyances.

    • Suzanne Chabot - Inscrite 25 septembre 2012 02 h 34


      Mme Derome, Le port du voile est obligatoire en islam selon l'ensemble des spécialistes du droit musulman (les oulémas). Du moment que je quitte la maison et que je me retrouve en public, je dois couvrir mes cheveux et mon cou.

      L'islam n'est pas une religion à temps partiel, ce n'est pas quelque chose que l'on pratique les soirs ou les fins de semaines. On ne remplit pas ses obligations religieuses quand on a du temps libre. L'islam est un engagement à temps complet.

      Si je ne peux pas porter le voile dans un endroit particulier, il faut que je l'évite, tout simplement. Si je ne suis pas capable de l'éviter, je suis excusée jusqu'à ce que je trouve le moyen de m'en sortir. Ceci veut dire que si le voile est interdit dans la fonction publique, je chercherai du travail ailleurs.

      Une charte de la laïcité comme celle que le prône le PQ aura pour effet d’exclure les musulmanes pratiquante de la fonction publique.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 25 septembre 2012 09 h 05

      Merci encore une fois à Suzanne Chabot pour son honnêteté : en effet, le voile islamique est une obligation pour les femmes musulmanes (même si de nombreuses musulmanes ne le portent pas ; comme pour les autres religions "révélées", il y a des musulmans inconséquents, qui ne se rendent pas compte que croire qu'un texte a été révélé par Dieu implique de se conformer à tout ce qu'il y a dans ce texte, sinon ça veut dire qu'on se permet d'être en désaccord avec Dieu).

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 25 septembre 2012 09 h 18

      Madame Chabot,
      je me souviens, il y a quelques mois, de vous avoir lue alors que vous écriviez (dans le contexte de l'affaire Shaffia) qu'il faudrait que les intervenants qui ont affaire à des familles musulmanes devraient être d'origine musulmane, idéalement du même pays. Vous écriviez qu'un père de famille pakistanais qui voit arriver une femme en décolleté pour discuter de sa fille qui n'obéit pas aux règles de l'islam se dira qu'on lui envoie une mécréante de la pire espèce pour le convaincre de laisser sa fille adopter le mode de vie occidental. Autrement dit, selon vous, si les valeurs de quelqu'un sont heurtées par la tenue vestimentaire et autres attitudes révélatrices des valeurs de quelqu'un, il a le droit non seulement d'être respecté, mais aussi d'être accommodé pour ça.

      Ci-haut, vous déplorez la réaction de certains québécois face à quelqu'un qui se convertit à l'islam. Ne voyez-vous pas que c'est semblable ? L'islam prône la soumission de la femme à son mari, alors qu'au Québec, l'égalité des sexes est désormais une valeur importante. Le voile islamique est contraire à l'égalité des sexes et il rappelle l'époque où les femmes occidentales aussi étaient obligées de se couvrir en public faute de quoi elles étaient critiquées. Cette réaction n'est-elle pas aussi compréhensible que celle du père de famille pakistanais ? Il en va de même pour l'étonnement et le malaise des gens devant un Québécois qui se convertit à l'islam : on est toujours surpris qu'un individu choisisse d'adhérer à une idéologie dont les valeurs heurtent les nôtres de plein fouet. Sans aller jusqu'à justifier ceux qui vous crient de retourner dans votre pays, que les gens réagissent est compréhensible et vous ne pouvez pas les blâmer.

      Finalement, ceux qui sont mal à l'aise face au voile n'ont-ils pas droit aux mêmes accommodements que ceux qui le sont face au décolleté ?

    • Suzanne Chabot - Inscrite 25 septembre 2012 10 h 01

      Le cas de la famille Shaffia est un cas particulier qui n'a rien à voir avec le travail normal dans la fonction publique.

      L'objectif, dans des cas comme celui de l'affaire Shaffia, est de sauver des vies. Il faut agir de la manière la plus efficace possible pour avoir le maximum de résultat.

      Si vous voulez convaincre votre mère, par exemple, de modifier son comportement envers votre père, ou bien envers vous-même, est-ce que vous choisirez pour lui parler n'importe quelle personne choisie au hasard qui va tenter de la convaincre avec des arguments qui sont étrangers à sa psychologie? Non, vous allez en parler à sa meilleure amie, pour qu'elle lui en parle. Vous aller lui envoyer la personne qui est la plus proche d'elle, celle qu'elle écoutera avec le cœur ouvert. Celle qui la connait intimement et qui sait comment elle pense. Celle qui trouvera les mots pour la convaincre.

      Ça n'a rien à voir avec un service public ordinaire, prodigué par un employé de l'État. J'espère que vous en conviendrez.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 25 septembre 2012 10 h 27

      Madame Chabot,
      même si je conviens avec vous de la différence entre un intervenant familial et un fonctionnaire qui assure des services publics, il reste que vous ne répondez que partiellement : ne croyez-vous pas que le malaise face au voile soit aussi compréhensible que le malaise face à un décolleté ? Ne croyez-vous pas que la réaction des Québécois à l'islam (que ce soit le voile, le fait qu'un Québécois se convertisse à l'islam ou autre chose) est tout à fait compréhensible ?

      De plus, il y a différents services de l'État : si on parle de faire remplir un formulaire officiel, de passer un examen de la SAAQ (et encore...), etc., pas de quoi s'énerver. Par contre, en voici un qui rend la comparaison avec un intervenant familial plus pertinente : les éducatrices dans les garderies et au primaire, et même au secondaire. N'est-il pas compréhensible que des parents qui cherchent à inculquer à leurs enfants l'égalité des sexes (ou encore d'autres valeurs contraires à l'islam) soient choqués qu'une éducatrice ou une enseignante censée éduquer leur enfant le fasse en arborant un symbole comme le voile islamique ?

    • Suzanne Chabot - Inscrite 25 septembre 2012 12 h 21

      Pour répondre à votre question : 'ne croyez-vous pas que le malaise face au voile soit aussi compréhensible que le malaise face à un décolleté ?'

      Je vous dirais que non.

      L'État n'a pas à reconnaître tous les 'malaises' des gens. D’État n'a pas à reconnaître toutes les manières de penser, toutes les philosophies, toutes les religions, etc. Si cela était le cas, les choses seraient extrêmement difficiles à gérer. Accorder la préférence à un nombre limité de croyances, celles qui sont suffisamment importante pour mériter un statut spécial est tout à fait sage.

      En démocratie, les choses ne sont pas fixées éternellement. Vous pouvez militer pour que vos croyances soient prise en considération et être accommodée vous aussi. Les homosexuels ont réussi, pourquoi pas les végétaliens? Un jour viendra peut-être.

      En ce qui a trait à l'école, dans la mesure ou la femme voilée enseigne le programme du ministère et n'enseigne pas ses croyances aux enfants, je ne vois pas où est le problème.

    • Suzanne Chabot - Inscrite 25 septembre 2012 14 h 20


      En ce qui a trait à l'école, je vous suggère, ainsi qu'à tous ceux qui sont choquées par les valeurs véhiculées par l'État d'ouvrir vos propres écoles ou bien d'éduquer vos enfants à la maison.

      Si vous ne voulez pas que vos enfants voient de signes religieux de la part des enseignants, créez des écoles athées. Pourquoi pas? Il y a bien des écoles musulmanes et des écoles juives.

      Pourquoi imposer votre athéisme à tout le monde dans la fonction publique et les écoles en forcant les musulmanes à enlever leur foulard, les juifs leurs kipa, les chrétiens leurs croix et ainsi de suite?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 25 septembre 2012 14 h 31

      "Accorder la préférence à un nombre limité de croyances, celles qui sont suffisamment importante pour mériter un statut spécial est tout à fait sage."
      Ce n'est pas tout à fait sage, mais bien tout à fait contraire à la liberté de conscience. Ce n'est pas de la vraie liberté de conscience si on se fait dire : Voici une série de systèmes de valeurs, choisissez-en un, mais vous ne pouvez pas en former un nouveau.
      La préférence accordée à certains systèmes de valeur est tout à fait arbitraire, et dans les faits, il demeure vrai encore aujourd'hui que ça a pour effet de favoriser ceux qui ont des croyances religieuses par rapport à ceux qui n'en ont pas. D'ailleurs, vous parlez des croyances "qui sont suffisamment importantes pour mériter un statut spécial". Qui va déterminer quelles croyances sont suffisamment importantes ? Selon quels critères ?

      De plus, bien que votre réponse soit intéressante, vous répondez à côté de ma question ; la question était : "Le malaise face au voile n'est-il pas aussi COMPRÉHENSIBLE que le malaise face au décolleté ?" et non pas "Les deux malaises doivent-ils être considérés également par l'État ?"

      Pour votre autre question, la femme voilée fait la promotion de sa religion juste ne portant son voile. Ne vous trompez pas, je suis contre l'interdiction du voile (car je suis conséquente avec ma position selon laquelle les codes vestimentaires sont illégitimes et contraires à la liberté d'expression et de conscience). Ceci dit, on peut très bien comprendre que des parents soient perturbés par le fait que la femme qui éduque leurs enfants porte un voile si ça va à l'encontre de leurs valeurs, car elle est en position d'autorité, et on ne peut nier qu'une personne en position d'autorité faisant la promotion de quelque chose devant ceux sur qui elle a de l'autorité, c'est délicat.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 25 septembre 2012 14 h 34

      Petit ajout : votre comparaison avec les homosexuels me paraît boiteuse : l'homosexualité n'est pas un système de valeurs.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 26 septembre 2012 06 h 42

      Votre idée d'une école athée n'est pas si mauvaise, quoique je ne sois pas vraiment en faveur, je crois qu'il vaut mieux que tout le monde soit en contact avec tout le monde. Autrement dit, je suis aussi contre les écoles confessionnelles, mais c'est vrai que ce serait déjà plus équitable si les athées qui ne veulent pas que leurs enfants soient exposés à des symboles religieux pouvaient aussi avoir leurs écoles, comme les croyants qui tiennent à ce que leurs enfants soient exposés à la religion.

      Ceci dit, il me semble que ça ne passerait pas : si on interdisait aux étudiants et employés de porter des symboles religieux, la direction de cette école se ferait probablement dire que c'est une atteinte à la liberté religieuse des individus. Mais un juriste serait sans doute mieux placé que moi pour le dire.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 26 septembre 2012 06 h 51

      D'ailleurs, Madame Chabot, je viens de voir que vous m'avez écrit : "Je vous suggère", en vous adressant à moi. Avez-vous lu attentivement ma position ? Car je vous signale que je suis CONTRE l'interdiction des symboles religieux, je suis contre les codes vestimentaires, point.

      Ce que je défends, par contre, c'est le droit inaliénable des citoyens à réagir à un symbole qui heurte leurs valeurs. Personne n'a le droit de vous interdire de porter un voile. Par contre, ceux qui croient à l'égalité des sexes ont le droit de changer d'expression en vous voyant. Ils ont le droit d'être mal à l'aise face à vous. Ils ont le droit de prendre leurs distances avec vous. Ils ont le droit de vous demander pourquoi vous portez ça (et de votre côté, vous avez le droit de leur répondre ou non). Ils ont le droit de vous critiquer. Ils n'ont pas le droit de vous arracher votre foulard, c'est une atteinte à votre intégrité physique, à la limite, ils ont le droit de vous crier des bêtises, mais c'est tout à fait inconvenant de leur part. Mais ils ont le droit de préférer rester distant et de vous critiquer, ça c'est totalement leur droit, autant que vous avez le droit de porter votre foulard. Le jour où on n'aura plus le droit de faire ça, on ne sera plus en démocratie.

      Cela est valable pour n'importe quoi d'autre qui est relié à l'islam : j'en sais assez sur l'islam pour savoir que cette idéologie véhicule différentes valeurs qui vont à l'encontre des valeurs de nombreux Québécois, de sorte qu'on peut parfaitement comprendre les réactions que vous mentionniez plus haut face à une conversion à l'islam et face à n'importe quoi en lien avec l'islam (sauf, encore une fois, les insultes et encore moins les atteintes physiques).

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 26 septembre 2012 07 h 12

      Madame Chabot,
      je vois que vous m'avez écrit : "Je vous suggère" en parlant de votre idée d'écoles athées. Avez-vous lu attentivement mes positions ? J'ai écrit à plusieurs reprises que j'étais CONTRE l'interdiction des symboles religieux. Je suis contre tout code vestimentaire. Par contre, je suis pour le droit de réagir aux symboles qui nous heurtent. Les réactions ques vous mentionniez plus haut de la part des Québécois face à l'islam, en particulier face à la conversion d'un Québécois à l'islam, sont non seulement compréhensible, mais le jour où on n'aura plus le droit de réagir, on ne sera plus en démocratie.

      Les gens n'ont pas le droit de vous arracher votre foulard, c'est une atteinte à votre intégrité physique. À la limite, ils ont le droit de vous crier des bêtises, mais c'est quand même très inconvenant de leur part, et ça peut même devenir illégitime à un certain niveau, car ça devient du harcèlement. Par contre, que les gens qui croient à l'égalité des sexes changent d'expression en voyant votre voile, qu'ils prennent leurs distances avec vous, qu'ils vous questionnent, qu'ils critiquent votre choix, tout ça est leur droit.

      La même chose est valable pour toute manifestation de l'islam devant quelqu'un qui a des valeurs contraires à l'islam (il n'y a pas que l'égalité des sexes, ça pourrait être la liberté sexuelle, le athéisme, l'opposition aux religions, etc.)

    • Suzanne Chabot - Inscrite 26 septembre 2012 11 h 05


      Je m'excuse pour la confusion, Mme Collin, j'ai écris le texte un peu vite, en fait, je m'adressait à ceux qui sont pour l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique, ceux dont le texte de M. Dorion parle. Toutes mes excuses.

      Bien sur que les gens ont bien le droit de ne pas être d'accord avec l'islam. On s'entend.

  • Michel Seymour - Abonné 22 septembre 2012 05 h 23

    Oui

    Parfaitement d'accord avec vous, M. Dorion.

  • - Inscrite 22 septembre 2012 06 h 06

    Respect

    Tout est dit et fort bien dit.
    Vous avez tout mon respect, monsieur Dorion.

  • Max Windisch - Inscrit 22 septembre 2012 06 h 48

    respect de la croyance

    M. Dorion, merci. J'ai eu la même réaction. Le "paravent d'intolérance" dont vous parlez recentre bien la question, non pas autour d'une élusive et inatteignable "neutralité" (comment l'État pourrait-il être neutre face à la croyance et l'incroyance tout à la fois? se reposant sur quelles bases, quelles analogies, quelle pensée?), mais bien autour du concept de "tolérance". Au plus grâve, il s'agit peut-être de savoir si on "tolère" encore la croyance, pourtant bien inscrite dans la déclaration des droits de l'homme. Une charte affirmant l'athéisme d'État aurait au moins ça que les choses seraient dites noir sur blanc (on pourrait alors mesurer la tolérance qui émanerait de cette position).

    • Raphaël Labrosse - Inscrit 22 septembre 2012 16 h 51

      Voilà ce que je voulais écrire. Le respect des religions est un trait de civilisation. Le contraire est une forme de sauvagerie. Allons nous revenir aux persécutions? Avec le même zèle que les fanatiques religieux?