Élections québécoises - Odjiné, Monsieur Charest…

Des manifestations ont entouré le Salon du Plan Nord qui s’est déroulé au Palais des congrès de Montréal en avril dernier.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des manifestations ont entouré le Salon du Plan Nord qui s’est déroulé au Palais des congrès de Montréal en avril dernier.

Lettre à Jean Charest

 

l y a quelques mois, je croyais qu’il était sage de laisser l’histoire vous juger. Je me disais que devant l’implacable autorité du temps, vos magouilles, subterfuges et mesquineries n’auraient, en fin de compte, aucune prise. Je le crois encore, mais aujourd’hui, je crois que l’histoire à elle seule ne peut être garante de votre chute. L’humain doit encore y contribuer.

Soyons clairs, Monsieur Charest. J’aimerais mieux ne pas vous cibler personnellement avec ces propos. Le problème est que vous représentez un système parlementaire si sclérosé par sa rigidité hiérarchique qu’on est obligé de voir en vous le responsable individuel de notre situation. Soyez beau joueur et rappelez-vous qu’il n’y a pas si longtemps, pendant la campagne « Destituons Patapouf », où une partie du Québec souhaitait votre départ, vous étiez bien content de détenir personnellement un pouvoir aussi centralisé.


Cette concentration du pouvoir politique dans les mains d’un seul homme - ou exceptionnellement une femme - est si grande, dans le régime parlementaire canadien, qu’une fois élu, il est possible de conserver le pouvoir malgré un niveau d’opprobre extraordinaire de la part de la population. L’exemple de Stephen Harper à Ottawa est éloquent, lui qui bafoue l’une après l’autre les règles de la démocratie parlementaire sans que l’on puisse faire quoi que ce soit. Ce système parlementaire uninominal à un tour qui date d’une autre époque ne tient plus dans une société aussi complexe et diversifiée que le Québec du XXIe siècle.


Souvenez-vous…


À l’heure de votre défaite, Monsieur Charest, le 4 septembre prochain, souvenez-vous du mépris que vous avez manifesté devant des jeunes qui croyaient en la justesse de leur cause et en la grandeur de leurs idéaux. Souvenez-vous des membres brisés, des tympans blessés, des yeux crevés pour une plus grande justice sociale que vous leur avez toujours refusée.


Rappelez-vous, M. Charest, que retranché dans le Palais des congrès avec votre petite bande de gens d’affaires, vous rigoliez pendant que le sang coulait dehors.


« Grotesque » ? Que non, Monsieur Charest ! Vous avez sciemment instrumentalisé cette crise sociale pour tenter de faire oublier tous les scandales de corruption, de collusion, pour distraire les gens du vol des ressources naturelles qui avait cours. « Ben tiens ! » Quelques mois seulement après que vous avez donné, pour une bouchée de pain, les droits d’exploitation de l’île d’Anticosti, on découvrait par hasard qu’elle regorgeait de pétrole. Voilà ce qui est grotesque.


J’en viens à me demander si la crise étudiante a été planifiée des mois d’avance pour diviser l’électorat québécois sur une question idéologique simpliste. Vous saviez que les étudiants n’accepteraient jamais cette mesure et réagiraient fort. Peut-être avez-vous sous-estimé votre adversaire, mais vous vous êtes servi des étudiants pour détourner l’attention précisément parce qu’ils ne constituaient pas votre électorat, et vous avez tout fait pour qu’on montre à la télévision des jeunes en colère et des policiers cassant du manifestant.


Vous vouliez faire peur aux gens des régions où vous espériez faire des gains électoraux. C’est ce qu’on appelle en anglais de la wedge politics ou encore de la politique de la division. Ces tactiques pleines de mépris pour les citoyens, vous les avez empruntées à Stephen Harper, qui les maîtrise comme un robot sans éthique. Mais vous êtes visiblement moins bon que lui dans cette joute calculatrice, même si les intérêts que vous servez sont les mêmes : les minières du Plan Nord sont les pétrolières des sables bitumineux et des gaz de schiste.


On récolte ce que l’on sème


Comme M. Harper, Monsieur Charest, vous ne faites que travailler à la division de vos adversaires en vous réfugiant derrière des modalités procédurales à n’en plus finir pour échapper aux conséquences de vos actes. Vous êtes de ceux qui se gargarisent d’un pouvoir technocrate sans mérite. Mais le pire dans tout cela est que vous croyez probablement que si vous arrivez à sauver votre poste aux élections, alors vous aurez eu raison de rire, de mentir, de détruire.


Il y a quelques années, j’ai croisé la route d’un Ancien amérindien de la nation anishnabe. Il m’a alors appris le sens d’un mot dans sa langue. « Odjiné » peut s’apparenter à l’expression anglaise « What goes around comes around ». Mais en prenant bien son temps, le vieil homme m’a fait comprendre que l’expression ne devait pas s’entendre simplement comme « Si tu donnes, tu recevras en retour », mais également — et surtout — comme : « Te seront retournées toutes les destructions que tu laisses derrière toi. » Bref, la fin ne justifie pas les moyens et tu recevras ce que tu sèmes. Belle leçon, n’est-ce pas, Monsieur Charest ?


Quant à vous, les caquistes qui tournoyez autour de la dépouille libérale, vous m’avez l’air d’un beau ramassis d’opportunistes crasses ; vieilles formules, sourires forcés, hyperenthousiasme dégoulinant, sincérité nulle… En deux mots : recette fétide.


À l’autre bout du spectre, merci, Madame Françoise David, d’avoir récemment donné un autre sens au concept de dette nationale en rappelant que la plus grande hypothèque que nous laissons à nos enfants est clairement celle d’un environnement mondial de plus en plus précaire.

13 commentaires
  • Caroline Moreno - Inscrit 31 août 2012 07 h 40

    Débarrassons-nous des libéraux!

    Très beau texte, excellente analyse, seulement, en votant pour QS vous participez à la réélection de PLQ ou à l'élection d'un PQ minoritaire. Ne peut-on pas se mettre d'accord pour, d'abord, se débarrasser des libéraux?

  • Gilles Delisle - Abonné 31 août 2012 09 h 02

    Témoignage percutant! Bravo M. Asselin

    Votre propos résume bien, en peu de mots, ce que tout un peuple peut ressentir à quelques jours de l'écrasement du pire premier ministre québécois, depuis des lunes. J'ai suivi la politique québécoise depuis plus de 50 ans, et à part peut-être Bourrassa, jamais je n'ai vu un homme ,méprisé son peuple comme Charest l'a fait depuis 9 ans! Bien sûr, les Québécois francophones ne voteront pas pour lui, mais dans ce pays, il y a ces 25% d'anglophones et certains groupes ethniques qui n'accepteront jamais de voter dans le sens de la majorité du peuple québécois, mais ce phénomène existe ailleurs aussi, le syndrome de Stockolm se retrouve aussi bien chez les peuples, que chez les individus.

  • Marc Provencher - Inscrit 31 août 2012 10 h 10

    Risible explication parano-conspirationnelle de M. Asselin

    Je suis bien content moi aussi de la chute appréhendée des (néo)libéraux, mais ce n'est pas une raison pour sombrer dans le "dietrismo" ou "dietrologia", nom ironique que le riche vocabulaire politique italien donne à la lubie qui consiste à toujours chercher ou découvrir ce qui se trouve "derrière" (dietro) un geste ou discours public.

    Le citoyen Asselin écrit : « J’en viens à me demander si la crise étudiante a été planifiée des mois d’avance pour diviser l’électorat québécois sur une question idéologique simpliste. Vous saviez que les étudiants n’accepteraient jamais cette mesure et réagiraient fort. »

    Allons donc ! Usés, les libéraux naviguent à vue, sans boussole ou presque, depuis je ne sais combien de temps, et n'avaient pas du tout prévu l'ampleur de la crise à venir. M. Asselin attribue à Jean Charest une espèce de super-intelligence manipulatrice et prophétique digne d'un récit de science-fiction. M. Asselin attribue rétrospectivement à l'enchaînement des faits et événements un sens super-cohérent qu'ils n'avaient aucunement au moment de se produire.

    Bref, il se fait des accroire. Se débarrasser des libéraux n'est pas une raison pour sombrer dans la diétrologie et des explications conspirationnelles qu'on croirait sorties d'une bande dessinée.

    Hannah Arendt : « Le penser idéologique ordonne les faits avec une cohérence qui n'existe nulle part dans le domaine de la réalité. »

    Comme toujours, le danger est de plusieurs bords à la fois.

    • Lynda Khelil - Inscrit 31 août 2012 15 h 11

      Ceci est votre opinion. Prétendre que tout fut orchestré relève autant de l'hypothèse que d'affirmer que rien n'était prévu d'avance. Pour prouver l'une au l'autre des thèses, il nous faut des éléments qui se trouvent parmis les hauts placés de ce gouvernement pourri.

    • Jean-Jacques Lefebvre - Inscrit 31 août 2012 16 h 15

      Voilà! Félicitations Lynda pour votre réponse sensée.

    • Marc Provencher - Inscrit 1 septembre 2012 09 h 49

      Bien bien bien bien, citoyenne Khelil. Admettons donc que l'exégèse conspirationniste des événements et leur exégèse anticonspirationniste soient sur un pied d'égalité, comme seraient à égalité, par exemple, l'idée qu'il y a des messages sataniques sur les 45 tours de 'Hotel California' joués à l'envers et l'idée qu'il n'y en a pas. Mais alors, si "tout" (sic) fut donc orchestré par le manipulateur d'une intelligence décidément peu courante que serait Jean Charest, alors force est d'admettre que nos étudiant-e-s et leurs leaders se sont montrés, eux, d'une crédulité, d'une myopie hors normes pour avoir été ainsi, pendant des mois, les jouets dociles (et innocents, bien entendu) du machiavélique plan secret ourdi par Belzébuth Charest.

      De quelque bord qu'elles viennent, gardons-nous des explications conspirationnelles. Tout étant relatif, le monde réel a quand même meilleur goût.

    • Guillaume Mansour - Inscrit 2 septembre 2012 23 h 23

      Excellente mise en lumière du texte d'Olivier Asselin. J'ajouterais même:

      On ne veut tous pas que cette situation se reproduise, que quelqu'un qui soit aussi impopulaire puisse régner aussi longtemps et qu'un réel dialogue semble impossible. Je partage la frustation de voir élire un parti ou un individu qui ne fera vraisemblement pas avancer notre société ou du moins, qui ne l'inspirera pas comme ont réussi à le faire plusieurs avant lui.

      Mais le cri du coeur d'Olivier Asselin ne permettra pas de faire la lumière sur ce qui s'est passé, sur comment cette situation fut rendue possible. Et ici, on parle de quelque chose de complexe, de vaste, de grouillant; beaucoup plus complexe que l'idée du Dictateur qu'alimente Asselin tout au long de son texte. Cette présente expression de colère et de ressentiment, voir même ce cri de vengeance, à en croire l'utilisation du terme Odjiné, n'aidera en rien à comprendre, à prévenir, ou du moins
      à mieux voir venir, à sonder, à découvrir qui nous sommes et pourquoi nous sommes ainsi.

      Enlever toute l'humanité possible d'un homme, y aller de l'explication "Nous nous sommes fait avoir", il s'agit là, même si le sentiment d'Olivier Asselin est sincère, d'une belle façon d'éviter profondément le problème.

  • Pierre Laberge - Inscrit 31 août 2012 12 h 20

    Grotesque, effectivement.

    Cette démonisation de Jean Charest, qui soit dit en passant va perdre ses élections et deviendra dans quelques jours un citoyen comme vous et moi, cette démonisation donc à force de répétition et d'acharnement puéril devient carrément assommante et inutile. J'ai parfois l'impression que certains d'entre vous voudraient le lyncher pour satisfaire leur hargne.

    De grâce, nous venons de connaître 6 mois de manifestations où tout ceux qui comme vous ont choisi de crier haut et fort leur indignation ont pu le faire largement et adondamment, suivis d'une campagne électorale où de nombreux candidats se sont avancés, et espèrent se faire élire en défendant les idées de leur parti. Laissons maintenant TOUS les citoyens du Québec éxercer mardi prochain leur droit inaliénable de choisir un nouveau gouvernement et donner aux hommes et aux femmes qui auront été élus le mandat de diriger le Québec. Ce système est imparfait peut-être, il a été imaginé il y a 2000 ans, mais c'est celui que la très vaste majorité des sociétés libres ont choisi. S'il ne vous convient pas, vous pouvez y apporter des changements, comme plusieurs hommes et femmes l'ont fait dans l'histoire, mais ce sera par des voix démocratiques, et non pas en l'imposant par la force.

    C'est le peuple qui choisit, ne l'oublions pas. Respectons ce choix.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 31 août 2012 14 h 26

    Odjiné?

    Odjiné ou boomerang, le lancement en élections de Charest va lui revenir de plein fouet. Bon débarras!