Lutte étudiante - Pourquoi je démissionne

Gabriel Nadeau-Dubois quitte son poste de co-porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) après six mois de lutte sociale.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois quitte son poste de co-porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) après six mois de lutte sociale.

À tous ceux et celles qui se sont mobilisé-e-s ce printemps,

Aux membres de la CLASSE,

 

Cette lettre a pour but de vous informer que je quitte mes fonctions de co-porte-parole de la CLASSE. Après près de six mois de lutte à vos côtés, j’ai la conviction que la CLASSE a besoin de nouveaux visages. Après avoir participé à la tournée nationale de la Coalition aux quatre coins du Québec, je sais que notre lutte entre dans une nouvelle étape. Une étape qui nécessite un renouvellement : il est temps pour moi de tirer ma révérence. J’ai fait ma part comme porte-parole, il est maintenant temps que d’autres prennent la relève.

Je pars la tête haute, avec la conviction d’avoir fait mon devoir et d’avoir participé à un mouvement populaire historique. Je suis un étudiant, je suis un militant et c’est à ce titre que je continuerai dorénavant à faire avancer mes idéaux. La CLASSE, avec ou sans moi, continuera à accomplir de grandes choses : je ne suis pas et n’ai jamais été un chef. Par mon départ, je le démontrerai hors de tout doute.


Je pars, mais le mouvement se poursuivra. Ce que je quitte, ce n’est pas la mobilisation, ni la lutte, ni la CLASSE : je quitte mon rôle de porte-parole. Je serai encore à vos côtés, dans la rue et dans les assemblées. Je pars avec le sentiment du devoir accompli, avec le sentiment d’avoir participé à la hauteur de mes capacités à construire cette magnifique mobilisation. La CLASSE a besoin de sang neuf et je sais qu’il y a parmi mes collègues des gens formidables, prêts et prêtes à reprendre le flambeau.


Cette décision n’est ni motivée par l’amertume, ni par le désespoir. Au contraire, je suis plus convaincu que jamais de la nécessité de poursuivre la mobilisation entreprise dans les six derniers mois. Le climat d’ébullition politique et sociale que nous avons contribué à mettre en place au Québec doit impérativement se poursuivre dans les prochains mois et les prochaines années. Les critiques soulevées par la jeunesse québécoise ce printemps sont beaucoup trop profondes pour être réglées par une campagne électorale de 35jours.


Un seul regret


Nous avons posé de graves questions, et les élections ne pourront y répondre entièrement, même advenant la mise au rancart du gouvernement libéral. Nous n’avons pas seulement contesté une hausse des droits de scolarité. Nous avons remis en question des institutions sclérosées et corrompues qui avaient grand besoin de l’être et nous avons contesté le tout-à-l’économie des libéraux.


Je pars avec un seul regret. Je regrette de quitter mes fonctions alors que le Québec est toujours dirigé par Jean Charest, un premier ministre méprisant et violent envers le Québec et sa jeunesse. Gaz de schiste, corruption, Anticosti, Mont-Orford, hausse des droits de scolarité, taxe santé : la liste des tromperies, des mensonges, des scandales et des attaques à la population de ce gouvernement est trop longue.


Et lorsque la jeunesse s’est élevée contre ces absurdités, M.Charest n’a trouvé comme réponse que la dureté des matraques et l’acidité des lacrymogènes. À l’imagination de ma génération, il n’aura répondu que par la répression et le mépris. Devant une mobilisation généreuse et fondée sur des principes, il n’aura répondu que par des attaques personnelles et dégradantes.


Depuis le début de notre grève, il n’a reculé devant aucun moyen pour nous briser, autant comme mouvement que comme personnes. La loi spéciale et la brutalité policière se sont doublées d’atteinte à la réputation, de filatures, de déni du droit d’expression, d’interrogatoires injustifiés par la police, d’attaques nominales à l’Assemblée nationale, de sous-entendus constants que notre organisation était à la frontière du terrorisme : tous les coups ont semblé permis, qu’importent les effets sur la jeunesse. Pour un premier ministre qui souhaite tellement que le mouvement étudiant dénonce la violence et l’intimidation, je trouve que Jean Charest a fait preuve à l’endroit des étudiants et à mon endroit d’une charge de violence inouïe. J’ai maintenant besoin de prendre un répit loin de toutes ces attaques.


Ce manque de respect envers la jeunesse et ses porte-parole n’a d’égal que le mépris généralisé du bien commun qui règne au Parti libéral du Québec. Ce gouvernement n’a pas le droit de donner de leçon de démocratie : il est l’incarnation même de la corruption et du détournement des institutions publiques.


Ce premier ministre, au fond, n’est que le symbole d’une société bloquée qui n’a comme aspiration que de s’abaisser au même niveau de bêtise que ses voisins. Les universités américaines et ontariennes ne sont pas des exemples, pas plus que leur système de santé. Nous ne voulons pas suivre le chemin qu’elles indiquent et qui mène à la marchandisation de nos vies.


Heureusement, aujourd’hui, en écrivant ces lignes, je suis sincèrement convaincu que cela ne se produira pas. Cela ne se produira pas, car nous, membres de la jeunesse québécoise, savons maintenant ce que nous devons exiger de nous-mêmes. Cela ne se produira pas, parce que nous sommes des centaines de milliers, enfants de cette grève, à nous battre contre leur projet mortifère. Et nous ne nous refroidirons pas.


L’arrogance du pouvoir n’aura eu comme effet que de renforcer notre confiance en nous-mêmes. Les solidarités tissées au travers des nuages de gaz ne se délieront pas de sitôt. Les mains tendues ne se lâcheront pas. Et nous marcherons encore, pendant des années s’il le faut et bien au-delà de cette grève, afin qu’un jour le peuple du Québec reprenne aux affairistes et à l’argent les rênes de ce pays.


Ensemble, bloquons la hausse.

69 commentaires
  • Charbel Hanna - Inscrit 9 août 2012 00 h 32

    Bravo

    Bravo ! tout simplement.

    Vous avez, Monsieur Nadeau-Dubois, marqué le Québec en quelques mois, plus encore que de nombreux ministres de ce beau pays. Votre discours est des plus beaux que le socialisme québécois et l'humanisme, l'amour de l'humain, ont connu.

    Chapeau.

    • Micheline Paradis - Inscrite 10 août 2012 18 h 25

      Tout à fait d'accord avec vous.

      BRAVO Gabriel... ne lâche pas ! Gardez votre courage !
      Nous sommes avec vous.

      Tu es vraiment exceptionnel Gabriel et d'une sagesse peu commune.
      Merci

    • Chantale Desjardins - Abonnée 11 août 2012 06 h 12

      Maintenant qu'il est parti, on lui lance des louanges mais quand il était en fonction on lui lançait des épithètes diaboliques. Il était un être anarchique mais maintenant il est un grand homme qui a fait avancer le Québec. Il fallait quand il était en fonction l'appuyer et non le diaboliser comme certains l'ont fait avec joie en commençant par le premier ministre et les ministres de l'éducation.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 12 août 2012 15 h 21

      M Gabriel ND, vous avez de la classe, contrairement àç certains de vos adversaires. M Charest a semé le chaos en méprisant les étudiants: il a plusieurs fois refusé de serrer la main aux leaders étudiants au début du conflit, puis il leur refusé toute concession raisonnable.


      Après s'être attaqué aux étudiants, le néo-libéral Charest , s'il est réélu, va s'attaquer aux vieux et aux malades pour les faire payer « leur juste part ». Comme chez les Amaricains d'Amérique.

      Pour lui, vive les grosses poches et les enveloppes brunes de l'industrie de la corruption!

  • Roland Guerre - Inscrit 9 août 2012 00 h 49

    Noblesse

    Cher Gabriel, votre noble passage de relais vous permet de poser, à nouveau, les problèmes essentiels du Québec, de souligner les aspirations et les choix de la jeunesse étudiante, qui sont partagés par de nombreux citoyens.
    Je sais que votre place dans l'histoire contemporaine est acquise. Votre exemple, la profondeur de vos réflexions, la noblesse et la générosité de vos aspirations, nourriront de nombreuses générations.
    Je souhaite que vos pairs et vous-même renouveliez le personnel politique, définissiez la nouvelle Charte du Québec. L'avenir vous appartient. Vous vous dépasserez et vous mettrez votre humanisme, votre générosité, au service du peuple québécois. Vous écrirez de grandes pages.
    Permettez moi de vous remercier de m'avoir rendu ma jeunesse. En vous brûle la flamme des grands mouvements, comme Mai 68, qui enrichissent notre contrat social.

  • vincent dostaler - Inscrit 9 août 2012 01 h 20

    M. Nadeau Dubois, milles mercis !

    M. Nadeau Dubois, vous avez droit à toute notre admiration ! Oui, vous avez participé pleinement au mouvement populaire historique que vit le Québec d'aujourd'hui et je suis convaincu que vous continuerez de le faire. Nous nourrissons notre lutte pour un pays digne de ce nom avec toute l'inspiration que vous et une multitude d’autres jeunes nous transmettez généreusement avec tant de courage et de vitalité !

    Vous êtes un digne représentant de cette jeunesse "rayonnante" qui éclaire notre route !

  • François Birtz - Abonné 9 août 2012 04 h 30

    Merci à vous, Grabriel...

    Merci à vous, Gabriel pour tout le travail accompli. Ceux de ma génération (X) auront été une vraie honte dans le jugement qu'ils ont porté sur le combat que mènent les étudiants. Ils auront accumulés les lieux communs, les généralisations extrêmes et les diverses formes de diffamations. Une vraie honte...

    J'en avais le coeur qui levait parfois tellement les épithètes étaient sales et obscènes. Pourtant, dès le départ, certains d'entre nous ont été présents et continuons de vous soutenir de toutes les manières possibles.

    Le combat continue, vous avez raison de le dire. L'automne arrive à grands pas et j'espère, qu'advenant l'élection du PQ, le gel des frais de scolarité ne signifiera pas le gel de la Grève Illimitée...

    Cela dit, c'est avec une tristesse certaine que je lis que vous quittez vos fonctions. Mais cela vous honore, jeune homme, et renforce mes convictions à votre égard.

    Vous avez mené le bon combat et vous laissez le poste de porte-parole avec dignité. Vous pouvez en être fier. Bravo pour tout, bravo de nous avoir remis les pendules à l'heure et merci d'avoir été vous-même, tout simplement.

    Bonne chance, Gabriel...

  • Chantale Desjardins - Abonnée 9 août 2012 05 h 47

    Ce jeune homme est fort...

    J'ai beaucoup d'admiration pour cet homme jeune mais compétent.
    On l'a traité de tous les qualificatifs jusqu'à celui de communiste, d'anarchiste. Il mérite mieux et a participé à ouvrir la discussion face à la société. Les médias écrits et parlés n'ont pas toujours été honnête envers lui. Que dire du rôle ignoble de ce premier minstre, ministre de la jeunesse, qui a traité les jeunes avec mépris allant jusqu'à les ridiculiser devant des gens d'affaires en perdant le NORD.

    • christiane bastien - Inscrite 9 août 2012 19 h 22

      Génial votre commentaire.... je vais le faire lire à ceux et celles qui n'ont pas la même opinion.... en espérant qu'ils comprendront. Moi aussi j'ai beaucoup d'admiration pour ce Gabriel !!!