Grève étudiante - Votre responsabilité morale

Lettre à Martine Desjardins, présidente de la FEUQ, et à Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ

Lors de l’annonce de la hausse des droits de scolarité de 75 % sur cinq ans, vous avez réagi et exprimé clairement votre désaccord avec une telle hausse. Le mouvement de protestation légitime que vous avez enclenché a suscité, par sa modération et son ingénuité, le respect et la sympathie.

C’est dans cet état d’esprit que nous nous sommes parlé au milieu de mars. J’ai alors cru sincèrement que vous étiez disposés à prendre la voie du dialogue et du compromis et j’ai alors suggéré la voie d’un moratoire et de la médiation.


Ni vous, ni le gouvernement n’avez accepté de prendre cette voie. Dans ce refus, chacun a sa part de responsabilité et ce serait futile de tenter de départager le blâme. Comme nous pouvions le prévoir, le conflit en se prolongeant s’est radicalisé à tel point qu’il cause maintenant de sérieux torts à des dizaines de milliers d’étudiants.


Il est aussi en voie de susciter de profondes divisions au sein du monde de l’éducation et de la société en général. Ce dont nous n’avons certainement pas besoin dans le contexte actuel.


Vers l’anarchie


La maladresse du gouvernement dans ce conflit ne vous justifie pas de nous entraîner dans la voie de l’anarchie comme c’est le cas présentement. Vous devez reconnaître que le droit à l’éducation est fondamental et qu’une minorité, malgré son nombre et ses motifs, ne peut enfreindre ce droit. Vous devez aussi reconnaître que le gouvernement a la responsabilité de gouverner et qu’il ne peut se soumettre aux pressions de la rue.


Dans le passé, les Québécois se sont pliés à plus d’une reprise à cette règle. Ils ont accepté des verdicts sur des causes qui débordaient largement en importance les droits de scolarité. Les leaders qui ont choisi de respecter la voie de la majorité en sont ressortis grandis. Voilà à mon avis la leçon de notre histoire qui devrait vous inspirer.


Autorité morale


Vous seuls pouvez mettre un terme à la dégradation de la situation en demandant clairement à vos membres de cesser l’obstruction afin de permettre à tous ceux qui le désirent de terminer le semestre en cours. Vous devez aussi leur permettre de se prononcer librement pour la suite des choses par des votes secrets. Quant aux professeurs qui ont choisi de vous appuyer, ils ont la responsabilité de retourner à leur tâche et de tout faire pour rescaper ce qui demeure encore possible de l’être.


Si vous prenez cette voie sans délai, vous allez avoir l’appui de la grande majorité des Québécois. Votre autorité morale n’en sera que grandie. Et, ce qu’il faut souhaiter, il vous sera possible de proposer au gouvernement un dialogue constructif.

***

Claude Castonguay, Fellow invité du CIRANO


  • saivann - Inscrit 3 mai 2012 01 h 49

    Dans le champs..

    Deux erreurs importantes dans votre texte.

    Vous semblez oublier que les portes-paroles n'ont pas autorité sur leurs membres, et que c'est plutôt les membres qui ont autorité sur leur porte-parole. Ils ne font que les représenter. Adressez-vous plutôt de façon large aux étudiants.

    Martine a plusieurs fois accueilli et répété la proposition d'utiliser la médiation. Line Beauchamp quand à elle n'a pas daigné considérer cette option. La fermeture n'est pas des deux côtés.

  • Marcel Bernier - Inscrit 3 mai 2012 02 h 42

    Une lutte à finir...

    Et non une abdication!
    Vraiment, monsieur Castonguay, votre appel à la culpabilisation des leaders étudiants est immonde.

  • Danielle Bourdages - Inscrite 3 mai 2012 03 h 01

    L'absurde, ce pervers qui fait désordre

    Comment pouvez-vous soutenir cette nouvelle position qu'est la vôtre ici, M. Castonguay?

    Vous savez, la Min. Beauchamp a beau affirmer que le gouv. a bougé, au contraire des assos étudiantes, ça n'en fait pas une vérité pour autant. Dès le début, le gouv. a énoncé très clairement que le gel n'était pas une avenue possible, que c'était inébranlable. Vous l'avez vu bouger là-dessus? Et c'est là que réside l'os contre lequel le mouvement étudiant s'est mobilisé. Alors non, ni l'un ni l'autre n'a opéré de réelle modification sur cet enjeu central et dépeindre les assos comme rigides ainsi que l'ont fait tenants du gouv., commentateurs, médias, c'est proprement injuste.

    Par ailleurs, dans le but de discréditer la lutte étudiante on a vu brandir l'argument voulant que, du côté des assos encore, il s'agissait d'un combat idéologique. C'est consternant! Leur légitimité se fonde sur l'Article 13 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), Pacte auquel le Canada et le Québec ont adhéré en le ratifiant en 1999 [ http://liguedesdroits.ca/assets/files/publications ]. Les assos sont, ELLES, en droite ligne avec cet engagement dont elles respectent ardemment l'objectif: la gratuité scolaire, à terme. Objectif, vous en conviendrez, dont s'éloigne à grands pas ce gouvernement qui, LUI, veut imposer son idéologie néolibérale de façon autoritaire. Et affirmer vouloir maintenir l'accessibilité par leurs "nouvelles" offres doublée d'une plus forte hausse était, en plus d'une insulte, nier l'os contre lequel tout achoppait.

    Monsieur, demander aux assos d'assumer la correction de la "maladresse" de ce gouvernement est d'une perversion aboutie, de cette perversion même qui est, elle, la cause de cette anarchie que vous pointez.

    Enfin, pourquoi vouloir endetter une masse étudiante avant même leur vie pleine de travailleurs? C'est là soutenir

    • Danielle Bourdages - Inscrite 3 mai 2012 11 h 17

      La dernière phrase devait se lire:

      C'est là soutenir l'injustice sociale ET les privilégiés. (Et ce matin j'ajouterais: Un gouvernement n'est-il pas présumé voir aux intérêts de TOUS?)

  • helene poisson - Inscrite 3 mai 2012 03 h 08

    ''la voie d’un moratoire et de la médiation''

    Le père de l'assurance-maladie avait raison de faire appel à ''la voie d’un moratoire et de la médiation'', il y a presque deux mois déjà.
    Mais les autorités libérales ont préféré fomenter la confrontation.

    M. Castonguay rappelle la maladresse du gouvernement dans ce conflit afin de flatter dans le sens du poil Mme Desjardins et M. Bureau-Blouin pour conclure que ''Vous seuls pouvez mettre un terme à la dégradation de la situation ''.

    Le gouvernement a rejeté du revers de la main l'appel à la médiation lancé par un vieux sage comme M. Castonguay. Le recours à Mme Louise Otis, experte internationalement reconnue en matière de médiation n'a même pas été pris en considération par Mme Beauchamps ou M. Charest. Ils préfèrent jeter de l'huile sur le feu plutôt que d'essayer de trouver des solutions créatives, à la québécoise.

    A quoi bon gagner le trophée de l'autorité morale face à des autorités sans autre morale que celle de l'enveloppe brune.

    Votre lettre aurait dû être adressée à M. Charest, ce Néron du Québec actuel. (Le même premier ministre qui voulait subventionner des écoles privées hassidiques sans permis pour services rendus) À cause de lui, le Québec pourrait connaître
    ''a long hot summer'' . Les étudiants donnent une belle lecon de pervérance à leurs concitoyens.

    Dernier ''petit'' détail: la CLASSE regroupe la moitié des étudiants conscients et engagés pour une éducation de qualité accessible à tout le monde.
    Un règlement à rabais avec la FEUQ et la FECQ ne règlerait pas grand chose d'ailleurs.

  • gigi Raby - Inscrite 3 mai 2012 06 h 41

    Vous avez en partie raison.

    Ma vision du conflit étudiant, en deux volets.

    J'ai 79 ans et 15 petits-enfants dont 9 sont présentement étudiants universitaires.

    1 -. Je crois que s’‘il y avait une raison valable et logique d’augmenter les frais de scolarité, on l’accepterait avec plaisir. Mais l’analyse que j’en fais prouve le contraire.
    Au CEGEP, on disait un syllogisme.
     Une société saine et évoluée est constituée de membres instruits et éduqués.
     Or, après le rapport Parent, nous avons retiré nos enfants des usines et rendu la fréquentation scolaire obligatoire jusqu'à 16 ans. Nous avons construit des Universités du Québec et offert la gratuité scolaire jusqu'à ce niveau. En prévoyant la gratuité complète à plus long terme, nous avons gelé les frais.
     Donc, en 2012, conclusion de nos gouvernants : une hausse de xxxx$. ....Pourquoi??????...
    o Est-ce pour contrer le décrochage scolaire?
    o Besoin d'argent?... dans ce cas, vous et moi, nous réduisons les dépenses.
    o Au Québec, sommes-nous trop instruits? avons-nous les moyens de gâcher les talents de nos jeunes moins bien nantis?
    o Pourquoi instaurer un régime de prêts et bourses compliqué?-pour donner des jobs aux amis?
    o Les jeunes Libéraux du Québec auraient-ils peur de la concurrence?
    Pour éviter de régresser, une société devrait se comparer aux meilleures. Dans plusieurs pays, l'école est entièrement gratuite, comme en Norvège.


    2-.-Je vous raconte l'une de mes expériences:
    J’étais dans la soixantaine, mon mari était policier et il disait être au service de la population qui lui versait un salaire. Je travaillais comme éducatrice et militais pour l'équité salariale. Un jour, je me suis présenté au bureau de mon député au fédéral (Jean Charest) pour lui demander son appui dans nos revendications. Eh bien... incroyable... après une demi-heure d'attente dans ses locaux, je vois entrer deux policiers venus me demander de sortir. J'en suis resté ébahi pou