Universités - Faisons le choix de l’excellence universitaire

La société québécoise fait face à un choix assez simple, mais qui semble difficile à accepter pour certains : devons-nous rehausser le financement de nos universités en demandant aux étudiants de payer une part raisonnable de leur coût de formation ?

Pour une forte majorité de Québécois, et pour les deux tiers des étudiants, la réponse est oui.


La sagesse populaire a compris qu’une société distincte fortement minoritaire en Amérique du Nord ne pourra se développer que si nous avons accès à des travailleurs hautement qualifiés ayant reçu une formation de première qualité. Les Québécois ont compris qu’il faut trouver un équilibre entre l’effort fourni par l’ensemble des contribuables et celui demandé aux étudiants.


Surtout, une grande majorité de Québécois reconnaissent la nécessité de mieux financer nos universités tout en se dotant d’un système bien calibré pour s’assurer de l’accessibilité aux études universitaires.


Voilà le message le plus important.


Pacte pour nos universités


C’est d’ailleurs ce que nous avons proposé en février 2010, alors que nous unissions nos voix pour signer un Pacte qui réclamait un meilleur financement de nos universités. Nous basions notre proposition sur quatre principes fondamentaux : l’accessibilité, l’équité, l’excellence et l’efficacité.


Dans le but de rapprocher les droits de scolarité québécois de la moyenne canadienne, nous avons proposé à l’époque une hausse de 1000 $ par année pendant trois ans. Nous estimions qu’une telle hausse s’avérait nécessaire pour rattraper le retard engendré par le gel des droits de scolarité des années précédentes.


Cette hausse devait s’accompagner selon nous d’un engagement formel du gouvernement à ne pas diminuer sa contribution, d’une bonification importante du régime de prêts et bourses et de la mise en place d’un programme de remboursement proportionnel au revenu.


Nous demandions aussi de différencier les droits selon l’établissement universitaire, le niveau d’études et le secteur disciplinaire pour refléter davantage les coûts de formation et les rendements personnels variables de l’investissement en éducation, ce qui permettrait de réduire les droits dans certains secteurs et de les augmenter dans d’autres.

 

Concessions gouvernementales


Le gouvernement a annoncé dans son budget de 2011 une augmentation des droits de scolarité de 325 $ par an sur cinq ans. Puis, à la lumière de la réaction des associations étudiantes au cours des dernières semaines, le gouvernement a fait plusieurs concessions, la dernière étant d’étaler la hausse des droits sur une période de sept ans, ce qui revient à une hausse de 254 $ par année pendant sept ans.


Il a également, comme le démontre éloquemment le fiscaliste Luc Godbout, bonifié substantiellement le régime de prêts et bourses, répondant ainsi aux préoccupations liées à l’accessibilité.


N’oublions pas que le gouvernement du Québec avait décidé dans son budget 2010 d’augmenter sa propre contribution à l’éducation supérieure et demandé une contribution supplémentaire du secteur privé afin d’éponger le déficit annuel récurrent des universités, qui était d’environ 600 millions de dollars en 2010.


Bref, tous ont été appelés à pousser à la roue. Au tour des étudiants de s’engager.

 

Le temps de s’entendre


Nous écrivions lors de la signature du Pacte que « la situation exige que nous arrivions collectivement à une entente ». Le temps est venu de s’entendre.


Tout le monde aura compris que la contestation étudiante a depuis longtemps dépassé l’enjeu d’une simple augmentation des droits de scolarité. L’ampleur des perturbations qu’on fait présentement subir à la société québécoise n’entretient aucune mesure avec la portée de la décision gouvernementale.


Il est plus que temps de se ressaisir : il faut rétablir l’ordre, les étudiants doivent retourner en classe et tous les efforts doivent être déployés pour sauver une session déjà terriblement compromise. Voici une situation où, au-delà de toute allégeance politique, la population doit donner son appui à l’État, ultime responsable de la paix publique, de la sécurité des personnes et de l’intégrité de nos institutions.


De toute façon, d’éventuelles élections donneront aux citoyens l’occasion de statuer sur le débat en cours et de départager les responsabilités de tous les intervenants. C’est ainsi que les sociétés démocratiques résolvent leurs conflits et font leurs arbitrages : dans l’urne plutôt que dans la rue.


Se trouvera-t-il des étudiants pour le rappeler à leurs pairs et, du même coup, aux leaders politiques de demain qui se pointent parmi eux ? Incidemment, ne devons-nous pas attendre de ces derniers qu’ils fassent leur apprentissage démocratique en dénonçant les adeptes de la désobéissance civile ?

***

 

Ont signé ce texte : Michel Audet, ex-ministre des Finances du Québec ; Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec ; Lucien Bouchard, ex-premier ministre du Québec ; Marcel Boyer, professeur émérite de l’Université de Montréal ; Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec ; Joseph Facal, ex-président du Conseil du trésor ; Pierre Fortin, professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal ; Michel Gervais, ex-recteur de l’Université Laval ; Monique Jérôme-Forget, ex-ministre des Finances du Québec et ex-présidente du Conseil du trésor ; Robert Lacroix, ex-recteur de l’Université de Montréal ; Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain ; et Claude Montmarquette, professeur émérite de l’Université de Montréal.

  • PIELCHAT - Inscrit 2 mai 2012 00 h 54

    ...Un appui de tous les partis

    Il est également temps, pour tous les partis, d'adopter un discours, voire une résolution unanime en chambre afin d’exiger des étudiants qu’ils retourne en classe, qu’ils arrêtent de perturber la majorité des étudiants qui désirent terminé leur session, qu’ils arrêtent d'encourager et d'accomplir des gestes de désobéissance civile qui, non seulement sont risqués, mais qui pénalisent une grande partie de la population.

    On peut être d’accord ou non avec la position du gouvernement mais, en tant qu’élu, aucun député n’est mieux placé pour comprendre et pour défendre le fonctionnement de notre système démocratique et exiger de tous qu’il soit respecté.

    Chaque député a le devoir de défendre, sans partisannerie et sans biais électoraliste, le système démocratique et de dénoncer tout acte qui le met en péril et qui pénalise une majorité au profit d’un groupe de pressions, non élu et non représentatif. Chaque député a le devoir de protéger la crédibilité même de notre système démocratique.

    Tous les partis savent que les exigences actuelles des associations étudiantes nécessitent une prise de position, favorable ou défavorable, qui ne peut que faire partie de la plateforme de chaque parti politique. Ils auront, très bientôt d’ailleurs, le loisir de la promouvoir, comme il se doit !

    Pierre Fournier

    • Martin Girard - Inscrit 2 mai 2012 18 h 53

      Vous dites que la minorité en grève perturbe la majorité qui veulent assister à leurs cours. Pourtant ces mandats de grève ont été obtenus démocratiquement par les associations. Il s'agit donc maintenant de la minorité qui tente d'imposer à l'aide d'injonctions leur individualisme.

      La lettre mentinne également que les deux tiers (en fait 60%) se sont prononcés pour la hausse. Ceci est tout à fait faux. Mis à part quelques exceptions (HEC, etc.) la position des associations est de condamner la hausse. Le vote de grève pèse en fait le choix entre terminer la session ou lutter pour des principes. Des votes records ont été obtenus même à Polytechnique où 37% des étudiants ont voté en faveur d'une grève. Polytechnique qui a eu sa deuxième journée de grève de son histoire le 22 mars pour la manifestation nationale.

      Le système démocratique dont vous parlez n'est également pas une démocratie directe. Il a d'ailleurs été élu par moins de 20% des québécois. Les députés ne sont pas réellement mieux placés que bien d'autres personnes pour comprendre les sytèmes. Une chose étonante étant que les différents ministres proviennent rarement du milieu qu'ils dirigent (psychologue au ministère de l'éducation).

      De plus, c'est le gouvernement actuel qui refuse d'imposer un moratoire jusqu'à élection et d'en faire un enjeu électoral. C'est d'ailleurs lui qui a laisser pourrir la situation en espérant que le plus important mouvement étudiant de l'histoire du québec meure de lui-même.

      Les débats sont centrés sur l'augmentation des frais des étudiants. Il est également possible d'aller chercher de l'argent ailleurs dans le système sans réellement réduire le financement. L'obligation de travail de 5 ans au quénec à la fin des études, le paiement d'une plus grosse part des cours échoués, etc. Quelques idées ont été suggérés aussi de la FEUQ et FECQ. Il serait possible de réduire la hausse et d'appliquer ces mesures

  • Paul Richard - Abonné 2 mai 2012 01 h 35

    Un choix!

    Le peuple québecois a plus d'un choix pour financer l'éducation, messieurs. Comme anciens ministres des finances, vous manquez d'imagination... Serais-ce l'âge, ou vos portefeuilles trop bien garnies, qui vous rendent si peu empathique?

    Prenez-vous les jeunes universitaires et collégiens pour des être irrationnels économiquement? Les deux tiers des étudiants sont en faveur d'une hausse des droits de scolarité.

    Il est plus que temps que vous preniez votre retraite...
    Messieurs et Madame La pépine.

    • PIELCHAT - Inscrit 2 mai 2012 08 h 39

      Monsieur Richard, les plus jeunes ont tout à fait le droit de s'exprimer et de présenter leur arguments d'une facon sereine.

      Utilisez l'âge, sans autre argument valable pour défendre votre point est non seulement irrespectueux mais irresponsable. Une société est composée de l'ensemble de ses citoyens et tous ont le droit de s'exprimer.

      Je souhaite que jamais on vous dise que votre opinion n'est plus valable parce que vous êtes trop vieux, ce que vous serez un jour !

  • Cédric-Olivier Guindon - Inscrit 2 mai 2012 01 h 52

    Sophisme!

    « Pour une forte majorité de Québécois, et pour les deux tiers des étudiants, la réponse est oui. »

    Assumer que les étudiants qui ne sont pas en grèves (boycott si vous voulez jouer au plus malin) sont automatiquement pour la hausse proposée par le gouvernement Charest relève de la démagogie. De tels propos sont décevants de la part d'une brochette de « professeurs émérites ». Il faut croire que parfois 12 têtes hautement diplômées ne valent pas mieux qu’une…

    • Benny Auger - Inscrit 4 mai 2012 04 h 26

      j'aime 10 a la puissance mille!

  • Marcel Bernier - Inscrit 2 mai 2012 02 h 13

    Faisons le choix de la justice sociale,,,

    Le gouvernement en place sous-finance l'éducation universitaire justement pour se permettre d'augmenter les frais de scolarisation.
    Permettez-moi d'être complètement en désaccord avec la démarche des signataires, qui ne reflètent que leur vision marchande de l'éducation et n'augure en rien un semblant d'excellence.

  • David Boudreau - Inscrit 2 mai 2012 02 h 37

    Et regardez qui signe ce billet....

    Les lucides s'expriment. Toute ceux qui nous ont mis le Québec dans le trou et qui veulent nous faire croire qu'eux savent comment nous en sortir. Chambres de commerce, conseil du patronat et du trésors, la grand messe des dirigeants au service du capitalisme. Vous n'êtes que des "intéressés" (intérêts sur les prêts banquaires). Eh les patrons? pourquoi pas un rattrapage des gels salariaux depuis 1968? Combien nous auront couté les "pipine" de madame Jérômes-Forget ? Nous en sauront plus long lors de la commission Charbonneau. Allez donc tous encaisser vos retraites dorées et laisser la jeunesse rêver d'un avenir qui ne ressemblera pas à celui dans lequel vous nous avez dirigé.