Nous, mères indignées

M. Jean Charest,

Mme Line Beauchamp,

Nous sommes les mères de ces jeunes étudiants qui manifestent pacifiquement depuis plus de deux mois en attente d'une ouverture de votre part. Que l'on soit pour ou contre la hausse des droits de scolarité, on ne peut pas nier que leur questionnement est légitime et fondamental.

Ne comprenez-vous pas qu'au-delà de la guerre des chiffres au sujet de la hausse des droits, ils s'interrogent sur les principes fondamentaux de l'égalité des opportunités, l'accès à l'éducation supérieure comme moteur de mobilité sociale, le rôle de l'université au sein et pour l'avenir de notre société?

Ne comprenez-vous pas que leur interrogation porte maintenant sur les principes fondamentaux de la démocratie, c'est-à-dire la liberté d'expression, la liberté d'association, le droit à l'objection de conscience et de contester pacifiquement, collectivement, des mesures qu'ils estiment injustes?

Comment pouvez-vous mépriser ces questionnements profonds et complexes en les écartant comme s'il s'agissait de caprices d'enfants-rois? Il n'y a pas dans ce conflit d'enfants-rois, mais une autorité de la pire espèce, tellement convaincue de savoir «ce qui est le mieux pour tous» qu'elle demeure sourde à sa jeunesse pensante.

Violence de l'État

Nous condamnons certes les débordements isolés (des initiatives individuelles qui n'ont jamais été autorisées ou orchestrées par aucune des trois associations étudiantes), mais encore plus les actions violentes qui ont été cautionnées par votre autorité, puisque vous restez silencieux devant les dérapages de la judiciarisation de ce conflit social. Ces policiers et agents de sécurité armés et blindés qui investissent les lieux de savoir, ces manifestants pacifiques que l'on traîne dans des cellules, ce jeune homme au visage ensanglanté représentent l'infamie d'une autorité à la dérive. Nous sommes d'avis qu'il n'y a pas de pire violence que la violence dont fait usage l'État contre ses citoyens.

Nous rappelons au gouvernement que ce mouvement étudiant est un magnifique exemple de mobilisation pacifiste porté par l'intelligence admirable et le discours sophistiqué des jeunes qui le soutiennent. C'est notamment en raison de cela que le mouvement étudiant québécois est appuyé par une portion substantielle de la population et attire présentement le regard du monde. Refuser d'engager un dialogue démocratique avec l'ensemble de ce mouvement, mépriser ainsi les étudiants, tout cela porte atteinte, en vérité, à votre propre dignité. Tenter de les museler par la force porte atteinte, en vérité, à votre propre légitimité.

En tant que mères, nous condamnons la violence structurelle et physique que vous déployez contre nos enfants. Cessez de jouer avec la rhétorique de la condamnation de la violence: dans les circonstances actuelles, ce discours soi-disant vertueux vous ridiculise. Dans le rapport de force qui vous oppose en ce moment aux étudiants, c'est vous qui portez la plus haute responsabilité sur vos épaules parce que c'est vous qui avez le gros bout du bâton. Nous ne vous permettrons pas d'en user, surtout pas à coup de grenades assourdissantes, de matraques, de boucliers et de poivre de Cayenne, contre nos jeunes citoyens, contre nos enfants.
22 commentaires
  • Jean Bourgeois - Inscrit 21 avril 2012 08 h 04

    Que dire de plus?

    Devant une manifestation qui se veut agressante infestée de casseurs, comment voulez-vous que les policiers agissent? En laissant tout casser sans chercher à protéger les gens, les édifices. Je crois que ce ne sont pas les policiers qui partent le bal les premiers. La plupart du temps, ils arrivent et le mal est fait. Alors si, mesdames, vos enfants ne sont pas des anarchistes, ils n'ont qu'à se tenir avec des groupes qui refusent de tout briser au lieu de se tenir parmi eux à faire du trouble. Moi, si j'avais des enfants qui iraient manifester, je leur conseillerais de se tenir loin du grabuge car les policiers viendront remettre de l'ordre dans le secteur. Je suis d'accord pour les manifestations pacifiques mais rien ne donnera raison à ces anarchistes. Jamais. Et une dernière question, La FEUQ et la FECQ sont contre la violence et l'intimidation. Que font ces deux associations pour retirer leurs troupes lorsqu'il y a casse. Moi, j'ai constaté aucun retrait. Et s'il y a un remède pour mettre fin à ce conflit, c'est que les étudiants doivent retourner en classe, terminer leur session et participer à une commission parlementaire spéciale pour discuter de l'accessibilité aux études supérieures, de discuter de la gestion des universités et faire tout cela dans le calme. Là, ils obtiendraient l'appui total de la population. Pour ce qui est du gel, ils devront probablement devoir s'y faire sans quoi le gouvernement devra hausser vos impôts pour suppléer au gel demandé. Comme société, nous devrons probablement avoir à prendre de grandes décisions devant la volonté des provinces de l'Ouest à nous larguer alors que le Québec a bien besoin de sa péréquation.

    • Vincentb - Abonné 21 avril 2012 10 h 45

      Vous dites que la FEUQ et la FECQ ne font rien pour retirer leurs membres quand il y a de la casse. Vous vous basez sur quoi?

      Vous dites aux étudiants de retourner en classe et de participer à une commission sur l'accessibilité. Soit. Mais quelle commission? Il n'y a rien actuellement de mis sur la table pour traiter du fond du problème.

      Vous dites que le gel ne peut pas être parce que les gens ne veulent pas payer plus d'impôts. Et bien, sachez que personne ne demande de payer plus d'impôts. Au minimum, les étudiants demandent de continuer à payer plus de 2000$ de frais de scolarité par années (plus les autres frais). Pour le reste, si c'est prouvé que les universités sont sous-financés (et non mal-financés), plusieurs solutions autres que le dégel ont été proposées.

      En finissant, ça fait 5 ans que le gel n'est plus. Avez-vous vu une différence sur vos impôts, théoriquement moins hauts? Non. Pourquoi en serait-il nécessairement différent à l'inverse?

    • Q1234 - Inscrite 21 avril 2012 13 h 05

      Il y a plusieurs études qui indiquent des solutions. Voir celles de L'IRIS et de L'IRÉC, qui défont le discours du gouvernement et ses arguments .

    • Nimporte quoi - Inscrit 21 avril 2012 13 h 12

      Augmentez le prix de l'essence à sa juste valeur et vous serez le premier à sortir dans les rues, justifié ou pas. Alors la police sera là pour nous protéger ;- ))

      Ça ne tient pas debout, l'agresseur est celui qui pige dans nos poches alors qu'il instaure des politiques d'austérité afin de plaire aux agences de notation et à sa cour d'investisseurs! Voilà une agression et la violence quotidienne. Et hier tous ont été témoins de cet incroyable clivage!

      Il en a coulé de l'eau depuis le fameux « libérez-nous des libéraux »! Trop peu trop tard, comment demander aux jeunes de faire confiance à Mme Beauchamp?

      Si votre sécurité vous sied à merveille, respecter ceux pour qui c'est loin d'être le cas. Quant à votre péréquation, vous pouvez la garder avec vos rocheuses. Cette vieille rengaine de fédéraste ne me fait ni chaud ni froid!

      « ...ils devront probablement devoir s'y faire... »

      Donc en résumé M, ce sont les jeunes capricieux qui gaspillent l'argent. Il faudrait, à votre instar, qu'ils s'écrasent à la moindre menace! C'est un mouvement de masse, c'est ironiquement plus difficile à diriger qu'un état!

      Saviez-vous qu'un pays comme la Grèce paye dix fois en intérêt sa dette nationale, dette que le FMI prête aux banques à 1% d'intérêt! Et une des raisons est sa cote, celle-là même que le Québec tente de protéger à tout prix avec ces mesures d'austérité comme les frais de scolarité et les coupures. Alors qu'on dérèglementation leur jeu et leurs grenouillages fiscaux.

      Va falloir vous y faire ou acheter un condo dans un ghetto entouré de barbelé et des agents de sécurité, caméra, pour vous protéger de nos enfants!

      Effectivement j'aurais aussi la chienne si j'avais un fonds de pension, des REER, des REEA, des CELI ou tout autre abri fiscal destiner à éviter de payer pour qui? Pour nos jeunes, nos hôpitaux, nos dangereuses infrastructures qui tombent en ruine, etc.!

      Merci.

    • Anne-Marie Morin - Inscrite 21 avril 2012 20 h 01

      Cher M. Bourgeois,
      Où étiez-vous pendant les derniers mois? N'avez-vous pas vu 230,000 étudiants descendre dans la rue et manifester de façon pacifique? L' immobilisme de notre gouvernement ne pouvait que faire monter la colère des étudiants. Je suis la première inquiète et touchée par ces débordements. Je crains pour mon enfant et pour tous les enfants du Québec. Mais que suggérez-vous comme geste, comment peuvent-ils espérer se faire entendre? Quand Mme Beauchamp daignera-t-elle s'asseoir avec eux et entamer une vraie discussion? Où est la démocratie dans ces faux-semblants de dialogue? La tactique du gouvernement c'est de nous diviser tous en nous faisant croire qu'on pense à nous en ne voulant pas nous surtaxer...mais nous sommes déjà surtaxés! Au coeur de ce débat: l'accessibilité aux études supérieures. Il fut un temps pas si lointain où les portes des universités étaient fermées à nos enfants. Seuls ceux de l'élite pouvaient les franchir. Ne faisons pas l'erreur d'oublier!

  • Nicole Moreau - Inscrite 21 avril 2012 08 h 28

    je partage largement ce point de vue

    qu'on soit pour ou contre cette hausse, le pourrissement du conflit n'a que trop duré, la responsabilité première appartient toujours à la partie qui dispose des moyens les plus importants.

  • B Landry - Abonné 21 avril 2012 10 h 05

    Justement c'est ce que Charest ne veut pas

    Les jeunes veulent discuter de choix sociaux, mais Charest dégèle les frais de scolarité pendant qu'il garde les frais de prospection au même taux qu'ils étaient il y a plus de 100 ans.

    Il est clair que tout ce que Charest veut c'est la sounission des jeunes au risque d'être déporter dans le Grand Nord..... oups excusé ma blague hors contexte ....

    • Jack Bauer - Inscrit 21 avril 2012 15 h 12

      Discuter ou dicter? telle est la question, et la réponse loin d'être évidente.

  • Manon G - Abonnée 21 avril 2012 10 h 22

    Je signe...

    J'endosse complètement vos propos. Alors, si vous permettez, en tant que mère de jeunes qui sont dans la rue depuis des semaines parce qu'ils croient que la vie doit être autre chose qu'une série de chiffres dans la section économie, en tant que mère qui ne supporte plus de voir des matraques s'abattre sur de jeunes belles têtes à cause de l'entêtement déraisonnable de ce gouvernement, je signe avec vous.

    Manon Gingras

    • Q1234 - Inscrite 21 avril 2012 13 h 12

      En tant que mère qui voit ses enfants (3) se désillusionner des notions d'égalité, démocratie, résolution pacifique des conflits, protection de la jeunesse, bien commun, liberté d'expression, solidarité, humanité avec lesquelles ils ont grandi.

      Je signe aussi votre lettre et irai manifester demain pour le bien commun et le respect des étudiants.

  • Alexie Doucet - Inscrit 21 avril 2012 11 h 18

    Sur la gratuité scolaire

    Pour remettre ce débat dans un contexte historique, on instaurait la gratuité scolaire au Québec à une époque où la 12e année vous donnait à peu près les mêmes chances d'emploi qu'un baccalauréat aujourd'hui. Les compagnies offraient de la formation en entreprise, alors qu'aujourd'hui, ça prend un certiifcat pour devenir aide-cuisinier.
    Ne serait-il pas temps d'indexer le principe de gratuité scolaire pour répondre aux exigences du 21e siècle?

    • Q1234 - Inscrite 21 avril 2012 13 h 13

      Indexer le principe de gratuité, ça veut dire quoi au juste? Répondre à quelles exigences du 21e siècle exactement?