La réplique › Politique fédérale - Quand on veut du bien au NPD...

Denis Saint-Martin oublie que les conservateurs ont réussi à faire élire un gouvernement majoritaire aux dernières élections en ne comptant que sur les circonscriptions du reste du Canada. Stephen Harper aurait pu obtenir cette majorité sans même faire élire la poignée de conservateurs de piètre calibre qui l'ont été au Québec. Avec la nouvelle carte électorale qui ajoutera tant de sièges en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique, l'exploit d'un gouvernement majoritaire sans le Québec risque de devenir une banalité. Les conservateurs n'ont donc pas besoin des souverainistes «pour satisfaire leurs ambitions».

Pour renouveler le fédéralisme canadien, M. Saint-Martin commencerait par rendre les armes avant d'avoir livré combat. Il propose au nouveau chef du NPD, Thomas Mulcair, de ne pas reprendre à son compte l'engagement pris par Jack Layton aux dernières élections fédérales «de reprendre les négociations pour réintégrer le Québec dans la Constitution canadienne», car, affirme-t-il, «elle ne peut être tenue». «Les réformes de 1982 ont cadenassé les institutions et multiplié les points de blocage à tous projets d'inclusion du Québec dans la Constitution canadienne», constate-t-il. Bref, le Canada est désormais fossilisé dans son état constitutionnel actuel.

Puisque «la réforme de la Constitution est peut-être verrouillée à double tour», affirme M. Saint-Martin, occupons-nous de transformer «les conventions et les pratiques politiques héritées de la tradition et du passé», c'est-à-dire les pouvoirs qui, au fil du temps, se sont déplacés du souverain au premier ministre. Ainsi du pouvoir de dissoudre le Parlement, de déclencher la guerre, de nommer les hauts fonctionnaires, les sénateurs, etc.

Réformes angéliques?

Selon la pensée de M. Saint-Martin, le NPD devrait donc proposer aux Québécois de troquer leurs aspirations d'ordre constitutionnel en échange de changements de nature démocratique au sein de l'appareil de l'État fédéral. De tels changements peuvent être souhaitables, mais ils ne peuvent remplacer l'ambition collective du Québec de modifier son statut soit à l'intérieur du Canada, soit à l'extérieur de celui-ci.

Le NPD devrait se méfier des propositions de M. Saint-Martin. Les faire siennes risque de le priver de l'appui dont il jouit actuellement au Québec. D'ailleurs, M. Saint-Martin se trompe de destinataire. C'est au Parti libéral du Canada qu'il devrait s'adresser. Les héritiers intellectuels de Pierre Trudeau pourraient vouloir faire de ses propositions la position constitutionnelle de ce qu'il leur reste de parti.

Au surplus, les réformes de M. Saint-Martin tiennent parfois de l'angélisme. Rééquilibrer le partage des pouvoirs entre l'exécutif et le législatif afin de rendre «le gouvernement plus imputable, plus transparent», le «Parlement plus fort, moins dominé par les partis politiques» implique, en définitive, un changement de système. Il y a des limites que l'on ne peut franchir en système parlementaire britannique sans changer le régime lui-même.

Tant que la confiance de la Chambre sera nécessaire à la survie d'un gouvernement, tant que les membres du Conseil des ministres siégeront à la Chambre des Communes, tant que les députés de la majorité aspireront à faire partie du Conseil des ministres et qu'ils accepteront de ce fait la discipline de parti, le bureau du premier ministre exercera un pouvoir considérable. Pour changer de système et adopter celui des États-Unis, de la France ou d'ailleurs, il faut modifier la Constitution, ce qui nous ramène au constat de M. Saint-Martin: la réforme de la Constitution est verrouillée à double tour.

D'après M. Saint-Martin, «depuis l'échec de Meech, les Québécois n'ont pas attendu la reconnaissance du Canada pour exister. Cette reconnaissance, les Québécois la trouvent aujourd'hui partout dans le monde. Dans ce contexte, celle du Canada ne compte plus pour beaucoup». On croirait lire le texte d'un souverainiste.

Espace privilégié?

Il n'en est rien, car M. Saint-Martin conclut que «le Canada continue toujours de fournir à la société québécoise un espace privilégié pour son développement social, politique et économique. Le fédéralisme canadien fournit une seconde corde à l'arc des Québécois».

«Espace privilégié» que ce Canada où il serait illusoire de proposer de réintégrer le Québec dans la Constitution parce qu'il est impossible de tenir un tel engagement? «Espace privilégié» que ce Canada où il est désormais possible d'élire un gouvernement fédéral majoritaire sans l'accord, la participation ou le consentement du Québec? «Espace privilégié» que ce Canada où le fait de ne pas s'exprimer dans une des deux langues officielles — le français, naturellement — n'empêche pas d'accéder à la Cour suprême ou de devenir vérificateur général? «Espace privilégié» que ce pays qui ravive avec servilité les symboles coloniaux britanniques plutôt que de continuer à s'en départir une fois pour toutes? «Espace privilégié» que ce pays qui refuse de reconnaître l'évidence de la spécificité québécoise? Un tel «espace privilégié» donne envie de l'espace de liberté qu'est pour un peuple le fait d'avoir son propre pays.

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Christophe Fortier Guay - Détenteur d'une maîtrise de l'Institut d'études politiques de Paris, l'auteur y a enseigné les relations internationales de 2009 à 2011
7 commentaires
  • Caritas - Inscrit 12 avril 2012 08 h 14

    espace privilégié: redux

    «Espace privilégié» que ce Canada où il serait illusoire de proposer de réintégrer le Québec dans la Constitution parce qu'il est impossible de tenir un tel engagement? Voilà le souhait et le choix réfléchi des leaders PQ en refusant d'y adhérer. Il faut vivre avec les conséquences.

    «Espace privilégié» que ce Canada où il est désormais possible d'élire un gouvernement fédéral majoritaire sans l'accord, la participation ou le consentement du Québec? Et alors, par le passé, le ROC a subi tant de gouvernements majoritaires où dominait le Québec. C'est à notre tour.

    «Espace privilégié» que ce Canada où le fait de ne pas s'exprimer dans une des deux langues officielles — le français, naturellement — n'empêche pas d'accéder à la Cour suprême ou de devenir vérificateur général? Désolant oui. Mais combien de postes de direction de la fonction publique du Québec sont occupés par des unilingues francophones?

    «Espace privilégié» que ce pays qui ravive avec servilité les symboles coloniaux britanniques plutôt que de continuer à s'en départir une fois pour toutes? L'auteur, Christophe Fortier Guay - Détenteur d'une maîtrise de l'Institut d'études politiques de Paris? Et nos monuments à Champlain, Dollard, Cartier, de Maisonneuve, Jean Talon etc?

    «Espace privilégié» que ce pays qui refuse de reconnaître l'évidence de la spécificité québécoise? Toujours insuffisant: la reconnaissance officielle de la 'nation' québecoise au sein du Canada.

    Un tel «espace privilégié» donne envie de l'espace de liberté qu'est pour un peuple le fait d'avoir son propre pays. Soulignons la liberté et la joie dans tant de pays post-coloniaux: Algérie, Vietnam, Afrique du Sud, Cuba, Haiti, Iraq, Israel etc. Chacun a enfin eu son propre pays.

  • Laurent Desbois - Inscrit 12 avril 2012 08 h 44

    j’ai l’impression d’entendre PET…. un demi-siècle plus tard ! « Un non, c’est un oui….. ».

    Thomas Mulcair NDP était libéral!
    Bob Rae libéral était NDP!

    Lors du vote sur les mesures de guerre en 1970, Il y avait vingt députés NDP au parlement. Tommy Douglas fut le seul à avoir le courage de voter contre et il en a payé le prix politique.

    De plus, le NPD a appuyé les libéraux lors du rapatriement de la constitution de Trudeau en 1982 et lors de la loi sur la clarté de Dion récemment!!!!

    En 2008, le NDP a voté contre le retrait des troupes en Afghanistan en février 2009 et plus récemment, pour le maintien des attaques en Lybie.

    Est-ce un hasard que quand j’écoute ces Turmel (Boulerice) ou Mulcair (Saganash), j’ai l’impression d’entendre PET…. un demi-siècle plus tard ! « Un non, c’est un oui….. ». Soyons clair ! Le NDP est un parti ultra centralisateur et fédéraliste!!!

  • France Marcotte - Abonnée 12 avril 2012 10 h 00

    Quelle lecture de M.Fortier-Guay!


    La lecture du texte de M. Saint-Martin laisse à la lectrice en tout cas une impression de confusion, un malaise difficile à expliquer, quelque chose de pas net.

    M.Fortier-Guay fait ressortir ce qui ne va pas. Il sort un par un les points d'ombre, leur fait voir la lumière.
    Cela suffit à mieux comprendre et fait dire à la lectrice: heureusement qu'il y a des lecteurs comme lui.

  • meme40 - Inscrite 12 avril 2012 11 h 34

    33%..

    33% des votes,suffit-il vraiment à faire de ce parti un gouvernement?

  • Alexandre Dionne - Inscrit 12 avril 2012 12 h 38

    L'autre erreur de Denis Saint-Martin en renfort au texte de M. Fortier Guay....

    L'argument de Denis Saint-Martin des " alliés objectifs " qu'auraient été ou que seraient les indépendantistes et les Conservateurs d'Harper est odieux pour une raison : sous la raison de ne pas militer pour la " politique du pire, qui est la pire des politiques ", le Bloc Québécois sous Gilles Duceppe n'a-t-il pas cherché a soutenir une Coalition depuis 2008 alliant les Libéraux et NPDistes, ceci au prix de s'attirer les critiques de militants-électeurs de la trempe indépendantiste des historien Éric Bédard et sociologue Mathieu Bock-Côté ?

    Du reste, l'argumentaire de Saint-Martin cherchant le meilleur esprit du fédéralisme peut être entièrement réécrit dans l'encrier de la constitutionnaliste Eugénie Brouillet, qui plaide, pour y arriver, d'une restauration du principe fédéral au Canada dans le sens du respect des entités multinationales à sa source constituante. Trudeau a désenraciné le Canada le 5 novembre '81 en instaurant une Constitution à Charte susceptible et qui tente depuis la dénationalisation tranquille des provinces par la mosaïque multiculturaliste ethno-individuelle (au-delà de la loi sur le bilinguisme officiel dans le système fédéral). Fédéralisme et progrès libéral se rapportent à deux espèces ou topiques et font deux luttes dont Denis Saint-Martin, subjugué par l'inexpugnable forteresse érigée par Pierre Elliott Trudeau, confond la teneur, voire propose l'aseptisation par le mélange.