La réplique › Marc Bellemare - Politicien rouge ou bleu?

L’avocat Marc Bellemare a récemment reproché au Barreau du Québec de se comporter comme un parti politque.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger L’avocat Marc Bellemare a récemment reproché au Barreau du Québec de se comporter comme un parti politque.

Le déclencheur › La guérilla politique du Barreau du Québec

«Le système judiciaire n'appartient pas aux juges ni aux procureurs de la Couronne, encore moins au Barreau et aux avocats. Il appartient aux citoyens dont il doit refléter les valeurs humaines et sociales. Le Code criminel doit s'adapter à la réalité sociologique et à la forte réprobation qu'éprouve la population canadienne par rapport au fléau des prédateurs sexuels et des narcotrafiquants.»

Marc Bellemare - Le Devoir, 20 mars 2012

Le confrère Marc Bellemare reproche au Barreau du Québec de se comporter comme un parti politique. Son plaidoyer tient à ceci: les têtes pensantes du Barreau n'ont pas la légitimité requise pour parler au nom des 24 000 membres, alors que l'actuel gouvernement fédéral peut légitimement voter des lois au nom de tous les Canadiens.

Une précision s'impose. Le comité consultatif du Barreau en matière criminelle comporte une vingtaine de membres. À l'instar du sénateur Boisvenu, Marc Bellemare conclut que ce groupuscule se transforme en machine de guerre politique «au service d'une poignée d'entre eux».

La raillerie de Me Bellemare porte à faux.

Peu importe la matière, le Barreau du Québec suit les recommandations de nombreux comités consultatifs. Ceux-ci sont composés de membres spécialisés dans différents domaines du droit. Concrètement, il s'avère impossible de tenir des consultations auprès des 24 000 membres pour tous les rapports émanant d'avocats spécialisés.

Le Comité de droit criminel du Barreau compte 20 membres, 11 avocats agissent (ponctuellement ou régulièrement) en défense. Les 9 autres membres du comité seraient-ils de simples benêts instrumentalisés par une «poignée» de procureurs de la défense? Le gouvernement Harper peut-il revendiquer plus de légitimité que le Barreau du Québec, dont le bâtonnier et le vice-président sont élus au suffrage universel? Rappelons pour mémoire que le Parti conservateur a recueilli seulement 38 % des suffrages au pays... et encore moins au Québec.

Le confrère Bellemare stigmatise Me Gilles Ouimet, le bâtonnier sortant. Il souligne avec ironie qu'il est «avocat criminaliste de profession». Ce mépris bien senti aurait-il un lien quelconque avec le fait que Me Ouimet est l'associé professionnel de Me Giuseppe Battista, président du Comité de droit criminel du Barreau?

Curieusement, Me Battista était le procureur-chef de la commission Bastarache... un animal politique vertement décrié par Marc Bellemare.

Enfin, on note avec amusement que, dans son analyse politique, Marc Bellemare emprunte, à rebours, le sentier politique de son confrère Jean Charest. Alors que ce dernier est passé du bleu au rouge, Me Bellemare colore en bleu son parcours de politicien rouge...

***

Jean-Claude Hébert, avocat
4 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 22 mars 2012 08 h 05

    Le Barreau

    Le Barreau défend ses membres, les avocats, point à la ligne; cela s'appelle du corporatisme.

  • Daniel Paquet - Inscrit 22 mars 2012 10 h 27

    Jean-Claude Hébert, le jupon dépasse

    Marc Bellemare défend les victimes depuis une trentaine d'années. Jean-Claude Hébert défend les criminels, grand bien lui fasse. Il écrit dans les journaux et il parle à Radio-Canada, jour et nuit. Avec la clique d'avocats de la défense, Ouimet, Batista et cie, il fait de la petite politique en manipulant le Barreau. Le jupon dépasse.

  • - Inscrit 22 mars 2012 11 h 17

    Le Barreau défend ses membres?

    Si le Barreau défend ses membres, comment se fait-il qu'il s'oppose à un projet de loi (maintenant une loi) qui va donner beaucoup plus d'ouvrage aux avocats de la défense? Une des conséquences du durcissement des peines et des peines minima veut que les accusés n'aient plus aucun incitatif à plaider coupable car ça n'a plus vraiment d'impact pour réduire une peine qui est déjà fixée à l'avance puisqu'il est rare de voir un juge imposer plus que la peine minimum quand il y en a une. Donc, moins de plaidoyers de culpabilité, moins de négociations entre la poursuite et la défense, plus de procès et des coûts plus élevés pour les accusés ou l'aide juridique car les procès sont beaucoup plus coûteux que les plaidoyers de culpabilité.

    Alors si le Barreau se préoccupait de la richesse des avocats de la défense, il soutiendrait fortement ces amendements au Code criminel. De plus, l'approche réparatrice que le gouvernement Harper rejette dans bien des cas dans ces amendements voulait que les dossiers soient référés à la collectivité pour alléger le système judiciaire pénal et promouvoir la réhabilitation des prévenus, donc, encore là, moins de participation des avocats de la défense et conséquemment moins de revenus.

    Le jupon bleu dépasse chez ceux qui dénoncent le Barreau, l'accusant de protéger ses membres, alors que c'est bien l'intérêt public qui a clairement guidé le Barreau dans cette affaire.

  • Martrin Paquet - Inscrit 22 mars 2012 13 h 33

    Marc Bellemare: ni bleu, ni rouge

    Marc Bellemare n'est ni bleu ni rouge. Il est comme le monde ordinaire, il veut que les juges se tiennent debout face aux criminels défendus par Jean-Claude Hébert.