La réplique › Droits de scolarité - Nous accusons!

Nous nous présentons, étudiants issus de diverses disciplines, fatigués par les oppositions gauche/droite, sciences sociales/sciences pures. Nous sommes une génération éclatée, qui doit composer avec les désillusions politiques, l'insécurité et la précarité grandissantes des conditions de travail. Nous sommes une génération plus que jamais ouverte sur le monde, connectée, réseautée, informée, une génération ayant eu l'immense chance de côtoyer dans la rue, dans la cour d'école, des gens de divers milieux, de divers pays, de toutes les cultures.

Malgré le cynisme ambiant, malgré le parti pris de certains de nos pairs pour un individualisme crasse — mes études, ma carrière, mon succès, mon avenir —, nous croyons encore aux valeurs collectives, humanistes et égalitaires. Vous ne nous connaissez sans doute pas ainsi, car nous faisons partie de cette foule d'étudiants qu'on peint à gros traits comme de jeunes paresseux irresponsables, gâtés et parasites, brandissant l'iPhone comme on brandit le poing.

Nous sommes intimement convaincus que l'éducation n'est pas un privilège, mais un droit fondamental et inaliénable, c'est pourquoi nous accusons le gouvernement Charest, et tous ceux qui se flattent d'être socialement responsables de:

réduire l'éducation à une industrie au service de l'économie;

faire
des étudiants des consommateurs-payeurs, et de leurs diplômes des objets de consommation;

restreindre l'éducation à une question comptable plutôt que de risquer le débat, le dialogue.

Enfin, nous accusons le gouvernement Charest, et ceux qui adhèrent aveuglément à ses tours de passe-passe mathématiques, d'encourager une logique individuelle au détriment d'une logique collective.

Nous proposons

Nous proposons au gouvernement Charest d'être cohérent avec son engagement de «faire du Québec une des sociétés les plus instruites au monde». Si, comme l'affirme le ministre Bachand dans son discours sur le budget 2011-2012, «l'éducation n'est pas subordonnée à l'économie [et qu']elle se justifie en soi, par le développement humain qu'elle permet à tout un chacun», il lui faut absolument revenir sur sa décision de hausser les droits de scolarité de 75 %, soit 1625 $, en cinq ans.

Nous sommes profondément convaincus qu'un dialogue est encore possible entre le gouvernement et les étudiants, même si, jusqu'à maintenant, le gouvernement Charest se complaît dans son intransigeance injustifiée.

Afin de trouver une issue à cette impasse, nous demandons au gouvernement Charest de:

reconnaître
l'actuelle mauvaise gestion des universités québécoises plutôt que de montrer du doigt leur sous-financement;

faire preuve d'ouverture quant aux autres solutions en cessant de présenter la hausse des droits de scolarité comme le remède miracle;

admettre avoir failli
aux principes démocratiques les plus élémentaires en encourageant le personnel enseignant à franchir les piquets de grève.

Il est grand temps que le gouvernement Charest fasse sa juste part: nous exigeons le dialogue, nous dénonçons son silence.

***

Ont signé ce texte: Frédéric Beaupré, doctorant en médecine, David Bélanger, maîtrise en études littéraires, Charles Boissonneault, doctorant en médecine, Marie-Andrée Bergeron, doctorante en études littéraires, Geoffroy Boucher, baccalauréat en sciences biomédicales, Michèle Côté-Lévesque, baccalauréat en physiothérapie, Anne Arena Daigle, doctorante en médecine, Joël Desgreniers, baccalauréat en physiothérapie, Sébastien Hogue, maîtrise en études littéraires, Pierre-Luc Landry, doctorant en études littéraires, Eve Larouche-Laliberté, maîtrise en sciences de l'administration, Catherine Ménard, maîtrise en droit, Alexandre Paré, baccalauréat en administration des affaires, Mireille Vaillant, baccalauréat en physiothérapie, Mélissa Rouillard Volle, maîtrise en sciences de l'administration, Marie-Hélène Voyer, doctorante en études littéraires, Université Laval.
  • Ixe Treize - Inscrit 8 mars 2012 01 h 00

    Étonnant

    J’ai comme l’impression que cette lettre-manifeste marquera la suite des choses.

  • Marcel Bernier - Inscrit 8 mars 2012 01 h 33

    Eh bien...

    Messieurs, dames,
    Je pourrais paraphraser René Lévesque : J'ai jamais été aussi fier d'être Québécois, en lisant ainsi votre constat.
    Merci de me redonner espoir : l'intelligence et le coeur à la bonne place ont encore de beaux jours devant eux avec des personnes telles que vous.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 8 mars 2012 06 h 01

    Bravo!

    Bravo les jeunes. J'endosse vos propos.

  • Grognon - Abonné 8 mars 2012 07 h 05

    Bravo!

    Félicitation!
    Grognon

  • Catherine Paquet - Abonnée 8 mars 2012 07 h 08

    Chers étudiants

    Je crois que vous êtes tout ce que vous dites, humanistes et égalitaires, mais vous avez oublié qu'il faut aussi être réaliste.

    Le Québec, pas plus qu'aucune autre province, ni que la plus part des pays n'a les moyens de se payer ce que vous réclamez. Les pays qui ont adopté le genre de mesures que vous exigées, se retrouvent tout près de la faillite. Voyez la Grèce, l'Italie l'Espagne et j'ajouterais la France, que l'on prend souvent comme référence, qui se retrouvent, après quelques années de belles gratuités avec une dette qu'ils ne peuvent plus rembourser, avec des évaluations de solvabilité inquiétantes, avec des mesures d'austérité qui auraient pu et qui aurait dû être évitées, avec des taux d'imposition à décourager toute ambition personnelle.

    Écoutez, un peu, et vous entendrez au-delà de vos cris réclamant la gratuité en tout, les remarques de vos concitoyens qui ne veulent plus payer davantage de tsxe, d'impôt, de tvq et autres frais cachés.

    L'Humanisme et la solidarité c'est aussi de faire sa part maintgenant, tout de suite, pas demain, ni après-demain. Tout de suite.

    • Jeremie Poupart Montpetit - Abonné 16 mars 2012 12 h 55

      Mr. Paquet,
      vos comparaisons ne tiennent pas compte de la réalité financière des pays mentionnés: l'économie européenne est moribonde, car elle n'a pas su se diversifier à temps, d'autant plus que la crise financière actuelle est en grande partie le résultat de la gestion inefficace et néfaste des institutions banquaires. La suisse se porte très bien, malgré la gratuité scolaire, mais vous ne le mentionnez pas.

      L'éducation est signe de diversité, de créativité et de développement. Elle permet des retombées économiques très importantes (nouvelles technologies, remèdes, recherche à prix modique, etc.) que personne ne semble être en mesure de quantifier, soit par déni, soit par inconscience. Qui plus est, le Québec est présentement un exemple en matière de haute technologie, un marché nécessitant des étudiants formés et qualifiés en vue d'être compétitifs sur le marché mondial.

      Il est crucial de s'interroger si en tant que province nous favorisons individuellement la richesse au détriment de notre développement collectif ou à l'inverse favoriser collectivement notre développement garant d'une création de richesse individuelle et de retombées sur l'ensemble de la province.

      pensez-y bien !
      J.P.M Étudiant au doc. en Sc. de l'environnement

    • NagawiKa - Inscrit 20 mars 2012 12 h 40

      Vous synthétisez à merveille le discours autiste de PLQ... Ou, de la fabrication du consentement.

    • jyb - Abonné 22 mars 2012 13 h 56

      Mr.Paquet
      Encore une fois votre jupon rouge dépasse.

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 26 mars 2012 13 h 49

      Monsieur Paquet,

      Plusieurs variables ont provoqué la crise en Grèce, en Espagne et ailleurs dans le monde, mais surtout pour des raisons bien différentes de celles que vous mentionnez, lesquelles attaquent directement la recherche du bien commun.

      Les crises économiques ont été créées et multipliées d’abord par la dérégulation complète des marchés financiers, une dérégulation commencée sous Thatcher en Angleterre, suivie par Reagan au début des années 1980 et achevée sous Clinton en 1998. Avec la dérégulation, les banques d'épargnes se sont transformées en banques d’affaires spéculatives.

      La véritable spéculation à la Ponzi a commencé vers la fin des années 1980 sous Salomon Brothers, laquelle a été poursuivie au début des années 1990. Warren Buffet y a fait fortune! http://en.wikipedia.org/wiki/Salomon_Brothers

      En 1998, une haute fonctionnaire, Brookley Born, travaillant sous l’administration Clinton a dénoncé le système à la Ponzi dans les banques d’affaires, un système risquant de ruiner l'économie internationale. Les grands banquiers et les gens de Wall Street installés autour du président Clinton on fait des pressions telles que Madame Born a donné rapidement sa démission. Au cours des années 2000, d’autres ont sonné l’alarme, mais Wall Street ayant ses entrées à la maison Blanche a tout mis en œuvre pour qu’on freine la spéculation.

      À propos de Brooksley Born : http://en.wikipedia.org/wiki/Brooksley_Born

      Plus que toute autre chose, c’est principalement cette spéculation à la Ponzi ayant perduré au moins deux décennies qui a inondé les marchés financiers internationaux d’actifs très toxiques, ayant provoqué plus de dommages à l'économie mondiale de la Deuxième Guerre mondiale. C’est le prix Nobel Joseph Stiglitz, dans son livre « le triomphe de la cupidité » qui le mentionne.

      Une autre source à lire et mieux documentée encore : « La face cachée des banques » écrit

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 26 mars 2012 13 h 59

      Il fallait lire dans mon intervention, à la fin du quatrième paragraphe : « tout mettre en œuvre pour empêcher qu’on freine la spéculation ». Ça change le sens!

      En passant, c’est le journaliste d’enquête Éric Laurent qui a écrit la face cachée des banques.

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 26 mars 2012 23 h 07

      Un spécialiste en économique nous informe de l’avenir :

      http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&

      Mondialisation.ca m’a appris dès 2005 qu’une grave crise économique venait, alors que la presse dite officielle tenait un discours rassurant dans pour ne pas accentuer davantage la dégringolade.

      Depuis deux ans, plusieurs sources nous révèlent que nous évoluons sur la bulle des matières premières, le Plan Nord de Charest n’y échappe pas, on s’attend à un éclatement d’ici 2016 environs!

      Je n’ai pas le temps de le faire ici, mais je pourrais vous sortir d’autres sources pointues abondant dans le même sens.

      Comprenez, Monsieur Bousquet, que les étudiants québécois sont bien peu de chose par rapport aux spéculateurs du marché tirant les ficelles de l’économie mondiale.

      Dès 2009, un dossier « L’ogre de la finance » publié dans la revue montréalaise relation nous informait qu’on devait transformer en profondeur le système économique mondial, et surtout ne pas se contenter de le sauver tel quel. Les économistes ayant participé à ce dossier important, ont averti clairement que si on laissait aller, des crises encore pires viendraient assez rapidement.

      Alors, je le répète ici : les étudiants ne seront pas responsables de la grande débandade économique qui se pointe dès maintenant à l’horizon et qui touchera durement toutes les économies de la planète!

      J’aurais aimé vous annoncer des nouvelles plus réjouissantes, mais la réalité des marchés est à ce point atteinte, qu’à ce stade-ci on ne peut pas y faire grand-chose que tenter de protéger quelques acquis, dont l’éducation. Et dans un cadre plus large, les grandes manifestations de solidarité sociale se multiplieront dans le monde en 2012, 2013, 2014, etc. Et, à la fin, le néolibéralisme sauvage schizophrénique mettra invariablement la faute de ses échecs sur la monté du néo socialisme économique, car incapable de reme