L'éducation n'est pas un droit

Sur plusieurs affiches tapissant les murs du collège Dawson où j'enseigne et sur certaines pancartes brandies par les étudiants qui manifestent contre le dégel des droits de scolarité, on peut lire ces temps-ci que l'éducation est un «droit». On peut penser, comme c'est mon cas, que l'éducation est une chose fondamentale et prioritaire. Affirmer qu'il s'agit d'un droit constitue toutefois une mystification visant à intimider ceux qui s'opposent aux grèves étudiantes.

Pour les grands philosophes des Lumières comme Locke, Hobbes et d'autres, les droits et libertés ont deux caractéristiques. D'abord, ils ont surtout un caractère défensif. Ainsi, le droit à l'intégrité physique nous protège de la violence du gouvernement et des autres. Pour être respecté, ce droit ne requiert de chacun qu'une attitude passive, celle de ne pas s'en prendre physiquement à son prochain.

Un tel droit est aussi universel, ce qui constitue la deuxième caractéristique des libertés fondamentales. Tous en bénéficient de la même façon. Or ceci est impossible avec un «droit à l'éducation». Si celui-ci existait, il ne s'appliquerait qu'à une partie de la population, les bénéficiaires. Car l'éducation doit être fournie à ceux qui la reçoivent, ce qui signifie qu'il y a aussi des fournisseurs. Dès lors, le droit à l'éducation n'est pas universel et une proportion importante de personnes en est par définition privée.

Dans la même veine, si quelque huit millions de Québécois bénéficiaient d'un tel droit, cela signifierait que tout le monde peut s'asseoir sur une chaise et réclamer d'un juge que son «droit à l'éducation» soit respecté. Le magistrat devrait alors ordonner au gouvernement comment réparer la violation du «droit à l'éducation» de chaque Québécois. Il devrait décider également quelles sommes à dépenser, où s'arrête le droit à l'éducation (primaire, secondaire, cégep ou université), et ainsi de suite. En somme, la justice se substituerait ici au ministre de l'Éducation et au Parlement élu par le peuple. Elle prendrait des décisions politiques et agirait de manière antidémocratique.

Si le droit à l'éducation n'existe pas, pourquoi alors est-il invoqué par les étudiants qui s'opposent à la hausse des droits de scolarité? Il s'agit d'une façon de faire taire la partie adverse en érigeant ses objectifs politiques en absolu: un droit sacré, immanent et inviolable. On tente ainsi de museler ceux qui osent penser qu'un gouvernement élu démocratiquement a la légitimité nécessaire pour exiger une contribution financière accrue des étudiants.

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Frédéric Bastien - Professeur d'histoire au collège Dawson
69 commentaires
  • Benjamin Galipeau - Inscrit 5 mars 2012 01 h 55

    Assez faible comme argumentaire...

    Je crois, M. Bastien, que vous avez mal saisi le sens du « droit à l'éducation ». La définition d'un droit (dans le sens où il est employé dans ce texte) est, selon le Franqus : « ensemble des droits et prérogatives qui devraient être garantis à tout individu sans discrimination (ex. : le droit à la vie, à la liberté, à l’éducation, le droit de ne pas subir de torture, etc.) ». Ainsi, ce que les étudiants disent c'est que tout le monde a le droit d'avoir accès à l'éducation et que l'augmentation des frais de scolarité portent atteinte à ce droit puisqu'elle en restreint l'accès. Bien évidemment, ce n'est pas tout le monde qui reçoit l'éducation en même temps. Néanmoins, tout le monde y a accès au cours de sa vie (généralement lors de leur jeunesse) et il n'y a pas d'âge maximal pour s'inscrire à l'université ou autre formation.

    M. Bastien, votre argumentaire est tout simplement nul. Dire que l'éducation n'est pas un droit car tout le monde ne s'instruit pas en même temps revient à dire que la protection de l'intégrité physique de sa personne n'est pas un droit car, lors d'une intervention policière donnée, un policier ne jouirait pas de ce droit puisqu'il pourrait être amené à mettre sa vie en péril pour secourir un civil...

    Finalement, je vous laisse sur l'article 40 de la charte des droits et libertés de la personne du Québec : « Toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, à l'instruction publique gratuite. »

    Benjamin Galipeau - Étudiant en biologie à l'UdeM

  • Vic - Inscrit 5 mars 2012 02 h 16

    Droit et pratique: cf. article du Devoir

    Droits de scolarité à l'université - La quasi-gratuité reste la norme en Europe
    Christian Rioux 3 mars 2012 Éducation
    Paris — À l'exception de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas et de certaines grandes écoles spécialisées, les droits de scolarité demeurent modérés ou quasi inexistants dans la très grande majorité des pays européens.

  • Marcel Bernier - Inscrit 5 mars 2012 02 h 47

    Les pendules à l'heure...

    À l'évidence notre illustre et excellent professeur veut nous faire prendre conscience que l'éducation, avec les frais de scolarité et les frais afférents, en est devenue un privilège.

    Pour rappel :

    Dans toutes les sociétés et à travers l’histoire humaine, l’éducation a été considérée à la fois comme une fin en soi et comme un moyen de croissance bénéfique à l’individu comme à la société. Sa reconnaissance en tant que droit humain vient de ce que l’éducation est indispensable à la préservation et l’amélioration de la dignité inhérente de la personne.
    La Déclaration universelle des droits de l’homme affirme : « Toute personne a droit à l’éducation » et elle stipule que l’éducation supérieure devra être également accessible à tous sur le mérite.
    Dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, à son article 13, il est stipulé une déclaration générale selon laquelle chacun a le droit à l’éducation et que l’éducation devrait contribuer au plein développement de la personne humaine. De plus, on note, dans ce même article, que l’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité.

  • Henri Marineau - Inscrit 5 mars 2012 04 h 12

    Un choix de société

    Et que faites-vous des droits universels aux soins de santé? Est-ce que chaque citoyen en bénéficie de la même façon? Est-ce que "pour être respecté, ce droit ne requiert de chacun qu'une attitude passive"? En vertu de quel principe faudrait-il invoquer que le droit à l'éducation, s'il existait, "ne s'appliquerait qu'à une partie de la population, les bénéficiaires" alors que le même argument ne s'applique pas dans le cas des soins de santé puisque tous les citoyens y contribuent et ce, même s'ils n'en retirent souvent aucun bénéfice?

    Lorsque le Québec a adopté le régime d'assurance-maladie, il a fait le choix d'assurer à chaque citoyen qui aurait besoin de soins de santé d'y avoir accès. À mon sens, il en va de même de l'éducation, le fer de lance de toute société résolument tournée vers l'avenir.

    Si le Québec désire que sa jeunesse puisse avoir accès à cette ouverture que peut lui procurer les outils nécessaires pour s'épanouir dans tous les domaines, il doit faire de la gratuité scolaire à tous les niveaux un choix de société!

  • vincent dostaler - Inscrit 5 mars 2012 04 h 20

    Déclaration universelle des droits de l'homme

    Déclaration universelle des droits de l'homme

    Article 26
    1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
    2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
    3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants.