Pour la hausse du niveau de débat!

Le débat sur la hausse des droits de scolarité est un débat de fond. Malheureusement, ce n'est pas ce que les représentants des deux positions nous ont servi à Tout le monde en parle dimanche soir. Pendant que l'une étalait, bien malgré sa bonne intention, son manque d'expérience à la joute, l'autre nous balançait ses lignes préprogrammées avec une verve qui donnait le goût d'y croire. Est-ce un débat viable?

Pour mettre cartes sur table, nous sommes en faveur de la hausse des droits de scolarité telle qu'elle est prévue par le gouvernement Charest. À la suite du débat survenu sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle, nous sentions nécessaire d'écrire ces lignes afin de faire une certaine mise au point. Nous éprouvons beaucoup de respect pour Arielle Grenier qui a eu le courage de se présenter dans une arène des plus hostiles. Par contre, il est dommage pour les étudiants qui croient aux bienfaits d'une hausse encadrée des droits de scolarité d'avoir été ainsi représentés: les arguments présentés en faveur de la hausse se sont limités à un ramassis de pensées individualistes auxquelles nous n'adhérons pas. Puisque cette émission constitue une excellente tribune, le mouvement des étudiants en faveur de la hausse a manqué une belle bataille d'opinion publique.

De façon plus générale, le débat sur la hausse s'est lui-même tellement enlisé qu'il est devenu un soap-opera. C'est le bien contre le mal, selon le point de vue que l'on adopte. Est-ce vraiment le genre d'argumentaire que l'on peut espérer de ceux qui fréquentent les plus hauts lieux de l'éducation?

Il y a tellement à dire sur les questions économiques et sociales que l'enjeu des droits de scolarité soulève. Au-delà des conflits sur la véracité des statistiques utilisées, il n'y a pas le bien ni le mal. Il y a un choix. Sur la question des droits de scolarité, le choix que peut faire le gouvernement va de la gratuité scolaire à la tarification totale des frais aux étudiants. La plupart des analystes vont s'entendre pour dire que le choix optimal ne réside pas dans les extrêmes. La plupart des analystes seront aussi d'avis qu'au-delà des questions d'efficacité économique, il y a les valeurs. La solution réside dans l'équilibre. Entre la passion et la raison.

Il y a sous-financement des universités. Comment combler le trou budgétaire? Chaque choix a ses avantages et ses désavantages. Hausser les droits de scolarité permet d'accroître l'efficacité économique des choix faits par les étudiants. La littérature économique est claire, plus le prix d'un bien représente sa valeur, plus ce dernier est consommé avec discernement. Évidemment, cette théorie a de multiples implications, qui mériteraient à elles seules un autre texte. Cependant, de l'autre côté, il est évident que l'accessibilité ne peut pas être renforcée par une telle mesure. De plus, il faut analyser tout ça dans une optique de productivité de notre société à long terme. La question économique est donc, est-ce que le bénéfice de la hausse en vaut son coût?

Zones troubles

Et là, on entre dans deux zones troubles. La première est celle des statistiques. Le mot d'ordre est: «On peut faire dire n'importe quoi aux chiffres.» La deuxième zone est celle des valeurs et, plus précisément, la valeur que l'on attribue aux valeurs dans le débat. Certains seront pour l'accessibilité à tout prix. Pire encore, certains seront pour l'accessibilité et tenteront de nous faire croire que ça n'a pas de coût économique. Gabriel Nadeau-Dubois, représentant de la CLASSE, a tenté de nous faire avaler l'imposition à dix paliers comme une solution évidente. Une telle mesure n'aurait-elle pas elle aussi son lot de conséquences économiques?

Dimanche soir, alors que plus d'un million de Québécois cherchaient à se faire convaincre, rien de constructif ne leur a été présenté. Par surcroît, nous sommes en total désaccord avec certains des propos avancés par Arielle Grenier. En particulier pour ce qui concerne les piquets de grève, nous croyons que les décisions démocratiques des associations étudiantes doivent être respectées pour ne pas provoquer le chaos. De tels propos ne peuvent qu'envenimer la situation déjà débordante d'animosité.

Au final, nous voudrions souligner une fois de plus que la question des droits de scolarité est une question de choix. Il ne faut pas le perdre de vue. Car une telle mise en perspective des choses permet un débat auquel nous serons fiers d'avoir participé, comme nous pourrons le dire à nos enfants.

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Philippe Goulet Coulombe, Étudiant au baccalauréat en économie à l'Université Laval et Vincent Morin, Étudiant au baccalauréat en droit à l'Université Laval
  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 28 février 2012 03 h 49

    Le terrain d'entente

    Le débat est fait, pas complété, car il ne le sera jamais. Chacun a ses chiffres, chacun a ses arguments, chacun a son idéologie qui lui appartient somme toute. Alors, pourquoi le poursuivre lorsque le dialogue de sourd est confortablement installé. L'heure n'est plus au débat, car la grande plénière est quasi terminée. L'heure est soit à l'affrontement plus violent - ce que je craint - ou l'heure est à la négociation entre les belligérants. Le gouvernement refuse, du moins pour l'instant, la négociation. Il s'y mettra, on le sait tous, mais quand? L'histoire nous démontre qu'il le fera à la quatrième semaine de grève et ce pour des raisons purement économiques. Les étudiants attendent ce moment et l'attendront sûrement dans une colère grandissante. Madame la ministre, il faut savoir quand retirer la baïonnette du fusil pour ouvrir la voie au dialogue et à l'entente pour une paix sociale espérée de tous.

  • Darwin666 - Abonné 28 février 2012 07 h 07

    La littérature économique...

    «La littérature économique est claire, plus le prix d'un bien représente sa valeur, plus ce dernier est consommé avec discernement.»

    En fait, la littérature économique est très variée. La littérature mentionnée par les auteurs provient de la théorie qui nous a mené dans la crise actuelle et qui prône l'austité qui est en train de détruire le tissu social de bien des pays, entre autres en Europe.

    Mais, ce qui a de plus frappant dans cette citation, c'est l'assimilation de l'éducation à un bien, une marchandise privée. Là est le fond du débat : pour les uns, l'éducation est un bien marchand, pour les autres un bien public. Si on la considère comme un bien public, il faut la financer comme un bien public!

  • Marc-André Houle - Inscrit 28 février 2012 07 h 34

    Pour la hausse du niveau du débat...

    Il est déplorable que vous fassiez exactement l'inverse de ce que vous souhaitez. Votre texte n'augmente d'aucune façon le niveau du débat sur les droits de scolarité.

    Il est compréhensible que vous soyez déçus, les porte-parole du ''Mouvement des étudiants socialement responsable du Québec'', cet organe de propagande libéral, ont franchement été médiocres. Ils ne sont pas capables de s'imposer parce que leur argumentaire est aussi faible que mal ficelé. Surtout, Arielle Grenier et consorts ne maîtrisent pas le terrain sur lequel la droite se croit la championne, celui des chiffres. Sauf que de là à dire que le discours plus soutenu, plus argumenté et surtout plus clair de Gabriel Nadeau-Dubois est programmé, il y a une marge !

    Voici un exemple clair de discours programmé : ''Hausser les droits de scolarité permet d'accroître l'efficacité économique des choix faits par les étudiants. La littérature économique est claire, plus le prix d'un bien représente sa valeur, plus ce dernier est consommé avec discernement.'' Vous avez au moins de la suite dans les idées ! Comparer l'éducation à n'importe quel autre bien économique du marché sans discernement et ensuite appuyer votre argument sur la ''littérature économique'', un lieu commun qui est au mieux un sophisme, au pire de la démagogie.

    Je suis d'accord avec vous, le débat sur la hausse des droits de scolarité doit être élevé. Vous auriez cependant pu faire un effort ! Je vous invite à aller marcher et discuter ce jeudi dans la ville de votre université avec les grévistes et vous ne pourrez que constater qu'il existe un argumentaire, qu'il soit social ou économique, structuré, soutenu et convaincant en défaveur de la hausse.

  • Nicolas Milot - Inscrit 28 février 2012 08 h 18

    Ne leur en donner pas plus à gérer!

    Qu'on soit pour ou contre la hausse, il demeure que le Québec est déjà la province où il y a le plus d'argent injecté par étudiant en enseignement et en recherche. Leur en donner davantage à gérer???

  • celljack - Inscrit 28 février 2012 08 h 30

    La préséance des valeurs

    Malgré tout cet effort intellectuel de Philippe Goulet Coulombe, il demeure une erreur fondamentale à la base même de son argumentation.

    Il s'agit de la préséance des valeurs morales.

    En effet, les chances égales d'accéder aux études pour toutes les classes de la société est plus importante que l'économie.

    On ne peut aborder la question des frais de scolarité sans en tenir compte. En faire abstraction mène inévitablement à une erreur.