Science - Liberté pour les chercheurs canadiens

Monsieur le Premier Ministre Stephen Harper,

Voilà maintenant quatre ans que, partout au Canada, des journalistes et des scientifiques dénoncent les pratiques inquiétantes du gouvernement fédéral en matière de communication en science. Aux lettres ouvertes ont succédé des éditoriaux et des conférences publiques. Pourtant, les cas de bâillonnement de scientifiques publics se multiplient.

Encore cet automne, Environnement Canada a empêché le Dr David Tarasick de parler aux journalistes de ses travaux sur la couche d'ozone publiés dans la revue Nature. Peu de temps avant, le Bureau du Conseil privé a interdit à Kristina Miller, chercheuse à Pêches et Océans Canada, d'accorder des entrevues sur ses études précédemment parues dans le journal Science concernant les causes du déclin du saumon rouge en Colombie-Britannique.

Malgré les promesses de transparence formulées par votre gouvernement majoritaire, les scientifiques fédéraux n'ont toujours pas le droit de s'adresser aux journalistes sans le consentement des agents de relations avec les médias. Les délais pour obtenir des entrevues sont souvent trop longs, et incompatibles avec l'ordre du jour des médias. Les journalistes se voient régulièrement refuser des entrevues sans raison justifiée. Dans les salles de presse, la grogne a parfois cédé la place au découragement. De plus en plus, les journalistes renoncent tout simplement à essayer de s'entretenir avec des scientifiques fédéraux, alors que ceux-ci subissent des pressions excessives dans une atmosphère dominée par le message politique.

Début d'une campagne

Après plusieurs années de dénonciations infructueuses, nos associations, qui représentent la communauté internationale de journalistes scientifiques et les chercheurs canadiens, annoncent par la présente le début d'une campagne au cours de laquelle elles uniront leurs forces afin d'obtenir un libre accès aux scientifiques fédéraux. Cette campagne mettra en oeuvre les moyens nécessaires afin d'attirer l'attention du public sur la question et inciter le gouvernement à abattre le mur qui sépare les scientifiques des journalistes et des citoyens.

Nous demandons au gouvernement qu'il révise largement sa politique de communication touchant les chercheurs gouvernementaux et qu'il adopte une politique transparente et adéquate. Elle pourrait ressembler à celle instaurée récemment par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) aux États-Unis, laquelle encourage les scientifiques à parler aux médias sans intermédiaire. Celle-ci incite même les scientifiques à exprimer leurs opinions personnelles, à condition de préciser que leur avis est donné à titre personnel et non au nom de l'employeur.

Mieux connaître la science

De nombreux scientifiques fédéraux sont, au-delà de leur statut d'employé du gouvernement, des experts mondialement reconnus en climatologie, en agriculture, en environnement, en solutions énergétiques, en nanotechnologie, en maladies infectieuses, en nanotechnologie et en médecine. Les recherches essentielles qu'ils effectuent représentent des dépenses de milliards de dollars pour les contribuables.

Les Canadiens ont le droit de mieux connaître la science qu'ils financent et d'accéder librement aux explications des scientifiques publics. L'éclairage de ces experts de calibre international est essentiel à la compréhension des enjeux modernes, au débat démocratique et à des prises de décision éclairées touchant tant la santé publique que la protection de l'environnement ou le développement économique.

Monsieur le Premier Ministre, nous demandons le retrait du bâillon des scientifiques fédéraux parce que nous croyons en un meilleur journalisme. Nous croyons en un journalisme qui informe mieux le public et qui, conséquemment, augmente les chances des Canadiens de retirer un maximum de bénéfices de la recherche qu'ils financent.

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Ont signé ce texte: Mathieu-Robert Sauvé, président de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec; Florence Pilon, présidente de l'Association science et bien commun; Arnold Amber, président de la Canadian journalists for free expression; Peter McMahon, président de la Canadian Science Writers' Association; Jean-Marc Fleury, directeur général de la Fédération mondiale des journalistes scientifiques; Gary Corbett, président de l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada.
  • Sanzalure - Inscrit 16 février 2012 07 h 51

    Raz-le-bol

    Ce gouvernement de droite est en train de tout détruire et va finir par installer un obscurantisme pire qu'au Moyen Âge. C'est assez, on en a raz-le-bol!

    Serge Grenier

  • tohi1938 - Inscrit 16 février 2012 09 h 04

    Prétendre qu'un scientifique est bâillonné alors qu'il publie dans Nature est risible!

    Si au moins cette demande émanait des syndicats auxquels sont affiliés les scientifiques du gouvernement fédéral, il y aurait de quoi y souscrire.
    Mais ce n'est le fait que de commentateurs qui tentent d'alimenter leurs chroniques, et de préférence avec des données qui permettent de miner et de torpiller les recherches des ministères du fédéral sans y connaître grand-chose.
    Lorsqu'une personne est embauchée par n'importe quel employeur, cette personne signe un contrat, et dans le cas d'une personne de haut niveau, le contrat en question est certainement lu et médité avec soin avant de le signer.
    Si les personnes au nom desquelles vous prétendez vous exprimer se sentent tellement malheureuses et "bâillonnées", on se demande bien pourquoi elles restent à l'emploi du fédéral.
    Après tout, il y a de l'embauche dans les universités, dernier bastion de la liberté dite académique, et lieu approprié pour faire de la science "libre".

  • France Marcotte - Abonnée 16 février 2012 09 h 29

    La vérité en face

    Est-ce la crainte d'un autre refus devant un pouvoir aveugle et tout-puissant qui fait user même ici pour nous d'euphémismes les communicateurs scientifiques?

    S'il est si important que les contribuables sachent, ce n'est pas seulement parce qu'ils ont payé mais bien parce que la situation devient extrêmement critique.

    Nous pouvons et devons l'entendre.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 16 février 2012 09 h 35

    Très bien, nous avons besoin de vous

    Cela pourrait inciter les chercheurs à descendre dans l'arène publique, ce qui aiderait les citoyens à y voir plus clair, inondés qu'ils sont par des spécialistes auto-patentés, souvent adossés à des pseudo-sciences, concernant l'écologie, le gaz de schiste, le pétrole, les OGM ou l'homéopathie.

  • Jean de Cuir - Abonné 16 février 2012 10 h 08

    Questions!

    Le principe mis en lumière ici, je crois, c’est que quelqu’un de non-scientifique est juge de la communication des données de science et juge du scientifique. L’autre question est celle de l’indépendance de la science. Que dire de tous ceux ou celles qui se disent scientifiques et qui demeurent à la solde d’une institution privée X qui elle contrôle ce qui doit être connu ou pas. D’ autre part, qui doit poser les questions d’ ordre éthique quand il s’agit de recherches scientifiques : le ou les chercheurs? Ou la communauté?