Sagard - Les liaisons dangereuses de M. Charest

Jean Charest a admis avoir été reçu plus d’une fois par la famille Desmarais, à Sagard, au domaine du président de Power Corporation.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jean Charest a admis avoir été reçu plus d’une fois par la famille Desmarais, à Sagard, au domaine du président de Power Corporation.

Quelle différence y a-t-il entre un voyage sur le yacht d'un riche entrepreneur et des séjours de luxe dans le château d'un baron de la finance? Comment réagir quand des faits troublants et admis mettent en cause le premier ministre, la vice-première ministre ainsi que le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec?

M. Jean Charest a admis avoir été reçu plus d'une fois par la famille Desmarais, à Sagard, au domaine du président de Power Corporation. M. Charest refuse, cependant, de préciser le moment et l'objet de ces rencontres. De plus, le bureau de la vice-première ministre, Mme Line Beauchamp, a confirmé que cette dernière avait fait deux visites de quelques heures au même domaine. Enfin, M. Michael Sabia a admis y avoir passé un week-end.

La famille Desmarais est à la tête d'une des plus grandes fortunes du pays et détient un puissant empire médiatique. Rappelons que son conglomérat Power Corporation a d'immenses intérêts liés à ses activités complexes sur le territoire québécois. De nombreuses décisions du gouvernement et de ses institutions, notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec, lui profitent directement ou indirectement.

Une forte apparence de conflit d'intérêts

Messieurs Charest et Sabia se défendent de toute entorse à l'éthique et affirment que ces visites constituaient de simples «activités sociales».

Mais sur quelle planète vivent-ils? Ne leur semble-t-il pas évident que ces rencontres admises à contrecoeur et ces relations jusqu'alors dissimulées constituent un contexte propice à des échanges et, conséquemment, à semer un doute sérieux dans l'esprit des gens?

Accepter l'invitation de la puissante famille Desmarais constitue une violation flagrante des principes les plus élémentaires des règles applicables en matière de conflit d'intérêts. Sur cette question, de nombreux codes éthiques ou de déontologie, ici et ailleurs, sont très clairs: il faut éviter tout autant l'apparence de conflit d'intérêts que toute action avérée qui puisse constituer un conflit d'intérêts.

Ce que disent les codes d'éthique

Dans un document produit par le ministère de M. Charest, soit le Conseil exécutif, et destiné aux membres de la fonction, il est précisé que le titulaire d'une charge publique «ne peut accepter, en plus du traitement auquel il a droit, une somme d'argent ou toute autre considération liées à l'exercice de ses fonctions. Il peut toutefois accepter un cadeau, une marque d'hospitalité ou un autre avantage, mais à condition que ceux-ci soient d'usage et de valeur modeste» (www.mce.gouv.qc.ca/publications/ethique.pdf). Est-il possible de croire qu'une fin de semaine d'hospitalité dans le majestueux domaine Sagard constitue un usage ou une valeur modeste?

De plus, selon les articles 30 et 31 du Code d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale, «un député doit refuser [...] toute marque d'hospitalité ou tout autre avantage, quelle que soit sa valeur, qui peut influencer son indépendance de jugement dans l'exercice de ses fonctions ou qui risque de compromettre son intégrité ou celle de l'Assemblée nationale». M. Charest a de toute évidence manqué à ce devoir de prudence élémentaire.

Des relations privées, vraiment?


Et si ce code ne s'applique pas à l'«hospitalité ou autres avantages reçus» par M. Charest sous le prétexte qu'il s'agit «d'une relation purement privée», quelle est la nature précise des relations privées entretenues par M. Charest avec l'empire de Power Corporation? Le public a besoin de cette information pour formuler un jugement éclairé sur les décisions prises par le gouvernement. Il doit pouvoir distinguer les orientations choisies pour assurer le bien commun de celles qui peuvent être liées à la relation privée qu'entretient M. Charest avec une des plus grandes fortunes du pays.

Dans un sondage récent (Léger Marketing, 15 janvier 2012), les deux tiers des gens ayant accepté de répondre ne pensent pas que le premier ministre du Québec est une personne intègre! M. Charest doit donc tout faire pour restaurer la confiance du public.

La population a raison de s'indigner


Au cours des 10 dernières années, de trop nombreux exemples de conflits d'intérêts patents ont frappé l'imagination des Québécois. La population s'indigne avec raison de tels manquements à l'éthique; devant des gestes qui, même s'ils ont été posés en toute légalité, se produisent en toute impunité à une fréquence intolérable.

Québec solidaire partage cette indignation et se range résolument du côté des gens ordinaires, du 99 % qui n'est pas invité aux banquets du 1 %, que ce soit à Sagard ou ailleurs.

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Amir Khadir - Député de Mercier et porte-parole de Québec solidaire
33 commentaires
  • Jihad Nasr - Inscrit 16 février 2012 01 h 25

    Une confiance forfaitaire

    Voyons, vous allez leur gâcher les banquets!

    "Est-il possible de croire qu'une fin de semaine d'hospitalité dans le majestueux domaine Sagard constitue un usage ou une valeur modeste"? Il faut savoir s'il s'agissait d'une occupation double ou triple et si les repas étaient inclus!

  • Yves Claudé - Inscrit 16 février 2012 05 h 10

    Politique inutile, superficielle … et contre-productive !

    Au lieu de se prêter à des jeux politiques enfantins à propos des relations entre machines politiques et puissances économiques qui ont de toutes façon les moyens d’entretenir des complicités, il me semble que Monsieur Amir Khadir, assez bien rémunéré par des citoyens qui ont quelques attentes …, devrait plutôt se préoccuper du fait que son parti, en réitérant une stratégie de division des votes d’opposition au PLQ et à la CAQ, agit comme un complice actif des groupes dominants auxquels il prétend s’opposer.

    La relative sympathie que Monsieur Amir Khadir a pu acquérir auprès de la population, y compris dans la récolte de votes protestataires, pourrait se résorber radicalement du fait de la désastreuse stratégie de défaite que sa co-chef a imposé à Québec solidaire. Au lieu de se prêter à un spectacle politique inutilement et bassement populiste, le député de Mercier devrait plutôt tenter de faire entendre la voix de la Raison et du Bien Commun à la tendance sectaire de son parti qui s’est enfermée dans une mystique pseudo-révolutionnaire, laquelle a pris la forme très naïve d’un fantasme de prise de contrôle de l’État par QS.

    Pour être juste, il faut reconnaître que l’on retrouve aussi, du côté du PQ, dans le “clan Marois” comme dans l’opposition interne, la même attitude de naïveté et de soumission muette à la probabilité d’une défaite électorale, qui représentera pour la grande majorité des citoyens un désastre économique, social et culturel.

    Yves Claudé - membre du PQ (Rosemont)

  • André Chevalier - Abonné 16 février 2012 05 h 11

    Inacceptable

    Qu'on change au plus vite ce code d'éthique qui empêche notre premier ministre et autres commis de l'état de copiner en rond avec les quémandeurs de contrats.
    Charest n'a qu'à faire comme d'habitude, soit décréter que ce qui était sale soit désormais désigné comme propre.

  • michel lebel - Inscrit 16 février 2012 07 h 22

    Réserve requise!

    Un premier ministre, un ministre, un important dirigeant d'une société d'État se doivent d'être prudents dans leurs relations. Ils ne peuvent pas agir comme si la famille Desmarais était une famille ordinaire de la rue Panet! Ça me semble évident! La prudence et la réserve sont de mise.
    Ceci étant dit, il ne faut surtout pas cacher le fait, si des invitations sont acceptées. En ce domaine, la cachette ou le déni ne font qu'amplifier la méfiance. IL ne faut certes pas tomber dans la paranoïa, il faut respecter la vie privée de tous, tout en n'oubliant pas toutefois qu'un homme ou une femme publics demeurent publics. Ils ne peuvent échapper à certaines contraintes en raison de leur poste. Ils sont un peu comme de juges.

  • Nunu - Inscrite 16 février 2012 08 h 13

    Je crois que

    Pour traiter des affaires il y a des bureaux pour discuter et jaser.Ce n'est pas la place les maison privées même quand on se prend pour le seigneur de sagard.
    C'est à croire que le parti libéral lui appartient.oups ça passera peut être pas.