Langue française - L'objectif inavoué de la campagne de l'OQLF

Manifestation pour un meilleur respect du français dans les commerces du centre-ville de Montréal. Selon l’auteure, l’objectif de la nouvelle campagne de l’Office québécois de la langue française semble davantage de faire accepter aux Québécois des enseignes de commerce bilingues que de franciser ces enseignes.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Manifestation pour un meilleur respect du français dans les commerces du centre-ville de Montréal. Selon l’auteure, l’objectif de la nouvelle campagne de l’Office québécois de la langue française semble davantage de faire accepter aux Québécois des enseignes de commerce bilingues que de franciser ces enseignes.

Visa le noir, tua le blanc? Non... La campagne publicitaire de l'Office québécois de la langue française (OQLF) est une campagne bien ciblée, mais mal avouée: elle réduira les plaintes, mais pas les marques de commerce en anglais. L'objectif semble davantage de faire accepter aux Québécois des enseignes de commerce bilingues que de franciser ces enseignes.

La présidente-directrice générale de l'OQLF, Louise Marchand, a annoncé dimanche une «démarche de sensibilisation [qui] a comme objectif d'amener les entreprises installées au Québec à se conformer à la Charte de la langue française». Mais voyons comment elle s'y prend.

Quelle est la clientèle visée?

Avant de concevoir une campagne publicitaire, l'une des premières questions que se pose un dirigeant est: «Qui est la clientèle visée?» Dans ce cas-ci, la présidente de l'Office l'annonce d'emblée: «Les entreprises installées au Québec.» Bref, des chefs d'entreprise dont le siège social est le plus souvent en Ontario, en Californie ou en Pennsylvanie: les p.-d.g. de Payless ShoeSource, Banana Republic, United Colors of Benetton, American Eagle Outfitters, etc.

Quelle langue parlent-ils? L'anglais, mais elle fait une campagne pour les influencer en français.

Comment veut-elle les rejoindre? Au lieu de prendre contact avec eux à leur siège social, elle fait une campagne publicitaire dans les marchés québécois et annonce une tournée des régions du Québec. Il est assez étonnant qu'un organisme aussi prestigieux et aussi bien outillé que l'OQLF fasse autant d'erreurs de communication dans une seule campagne.

Quel est le véritable objectif?

Il faut décoder que l'objectif avoué publiquement et l'objectif réel semblent assez différents. En effet, Mme Marchand a fait valoir, lors de sa conférence de presse, que les plaintes contre les enseignes unilingues des commerces augmentent. Et le deuxième paragraphe de son communiqué de presse explique que les noms de commerce dans les deux langues sont permis selon certains critères. L'on sait que la règle des communiqués de presse stipule qu'il faut commencer par les messages les plus importants.

Regardons maintenant le texte du film publicitaire préparé par l'Office (en fait, lisons-le):

«Il y a des marques d'affection et des marques d'appréciation; des marques de soutien, de reconnaissance. Il y a des marques de respect de la loi. Et respecter la Charte de la langue française dans l'affichage d'une marque de commerce comme nom d'entreprise, c'est au minimum afficher un descriptif en français» (Visuel: ameublement Daily living).

Le message qu'il faut déchiffrer dans le film publicitaire (décliné dans plusieurs produits, tels les publicités à la télé et sur le Web), c'est qu'une enseigne mi-anglaise mi-française est légale. Il n'y a rien dans l'annonce publicitaire qui incite les commerçants à avoir une enseigne en français ou qui leur demande de traduire leur marque de commerce (Marché Express de Shell l'a fait avec leur On the Run), mais il y a un vrai message pour expliquer que bilingues, les enseignes de marques de commerce sont légales sans prédominance du français (on a accès à l'ensemble de la campagne au www.respectdelaloi.gouv.qc.ca).

Duper les consommateurs

Imaginons maintenant que l'OQLF ait voulu faire une campagne pour expliquer la loi 101 aux Québécois afin que leurs plaintes cessent ou diminuent. L'Office aurait fait une campagne en français au Québec, doublée d'une tournée dans les régions pour expliquer les exceptions à la loi qui permettent les bannières moitié en français moitié en anglais.

Et c'est ce que l'Office a fait...

Mais pourquoi tenter de duper les consommateurs et leur faire croire que l'Office a entrepris une «démarche de sensibilisation [qui] a comme objectif d'amener les entreprises installées au Québec à se conformer à la Charte de la langue française»?

Est-ce trop difficile d'avouer qu'on veut sensibiliser les consommateurs aux droits des entreprises d'afficher leur marque de commerce en anglais pour réduire leurs plaintes? Et que l'on peut respecter la loi 101 en affichant surtout en anglais?

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Carole Lavallée Consultante en communication, l’auteure a été directrice des communications du Parti québécois et du Bloc québécois
14 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 novembre 2011 06 h 37

    En plein dans le mille !

    Bravo !

  • André Fournier - Inscrit 17 novembre 2011 07 h 07

    Affichage francophone.

    Et oui, on veut les voir, ces "Cloche", ces "Magasins du mur", "Cloche Taco", "Meilleur Achat", "Pneu canadien ou québécois" "Gagnant", "Coffre à linge", "Chapitre", Boutique Pomme" et j'en passe. Mais allons plus loin! Obligeons TOUS les citoyens qui habitent au Québec à afficher un nom francophone! Là, nous pourrons dire qu'on est vraiment chez nous!

  • Pierre Marcotte - Abonné 17 novembre 2011 08 h 20

    On dira ce qu'on voudra

    La langue d'usage au Québec ne laisse personne indifférent. Soit on dit qu'il faut se tenir debout et affirmer qu'au Québec ça se passe en français, soit qu'on ridiculise ces arguments en invoquant la non-musicalité des noms anglais traduits littéralement.

    Parenthèse : Bell, c'est le nom de famille de l'inventeur du téléphone, un canadien d'adoption du nom de Alexander Graham Bell. "Cloche" n'est pas approprié dans ce cas.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Graham_Bell

    Je terminerai en disant que les détracteurs de l'enforcement de la Loi 101 (ou de la langue française) devraient apprendre le mandarin avant l'anglais. À moyen terme, c'est cette langue que devront parler les gens d'affaires.

  • Michel Simard - Inscrit 17 novembre 2011 08 h 21

    @ André Fournier

    Oui, c'est tellement mieux en Ontario, où l'affichage est à 99% anglais dans des villages à 95% français. On aime notre plusse meilleur pays du monde comme cela : les francophones couchés comme des carpettes.

  • J Maurais - Abonné 17 novembre 2011 08 h 26

    Nette prédominance de… l’anglais

    Toutes les entreprises enregistrées au Québec ont un nom conforme à la Charte dans le fichier de l’Inspecteur général des institutions financières.
    Mais les entreprises ne sont pas obligées d’afficher leur nom.
    La réglementation (art.25, par. 4) permet d’afficher en anglais une marque de commerce enregistrée (à Ottawa…) uniquement en anglais.
    La campagne actuelle de l’Office laisse en fait croire qu’une entreprise qui affiche une marque au lieu de son nom affiche en fait sa marque comme nom. Mais l’Office précise que, dans ce cas, il n’y a plus d’obligation de respecter la nette prédominance du français… (et pour cause, puisque la réglementation permet l’affichage d’une marque unilingue anglaise).
    De fait, sur les cinq dessins dont l’Office se sert dans sa campagne, TROIS DONNENT LA NETTE PRÉDOMINANCE À L’ANGLAIS puisque la marque elle-même est en anglais en gros caractères et que le mot d’explication en français est en caractères beaucoup plus petits. Disons que cela envoie un drôle de message sur la place du français.
    Pour plus de détails, voir http://linguistiquement-correct.blogspot.com/