Expulsion de Paola Ortiz - Un cas de machisme extrême

Le 23 septembre dernier, il y a deux semaines, Paola Ortiz est expulsée du Canada vers le Mexique. Elle laisse ses deux jeunes enfants derrière elle. La décision sans appel d'expulsion est prise par un juge, au téléphone. Ç'a l'air méprisant, mais il paraît que c'est normal. Pourquoi cette expulsion?

Revenons en arrière. En 2006, Paola Ortiz demande l'asile. Elle affirme qu'elle est victime de violence de la part de son mari membre de la police fédérale mexicaine. À cela, Ottawa répond que le Mexique, avec qui on fait de grosses affaires incidemment, protège adéquatement les femmes violentées par leur conjoint et qu'il n'y a donc pas lieu qu'elle demeure au Canada.

Pourtant, en 2003, ça ne fait pas un siècle, un rapport du ministère de l'Immigration du Canada affirmait: «La société mexicaine perçoit en général la violence conjugale comme un problème relevant du domaine privé et comme un comportement tout à fait "normal". C'est pour cette raison que la police hésite à intervenir dans les cas de violence conjugale.» À plus forte raison lorsque le conjoint est un policier, pourrions-nous ajouter. Puissante protection!

Pas un crime

Il y a 31 États au Mexique; or, 12 de ces États ne considèrent pas la violence domestique comme un crime. Dans une vingtaine, les relations sexuelles non consenties du conjoint ne constituent pas un délit. Au Chiapas, les sévices corporels sont permis s'ils découlent de «l'exercice du droit de correction de ceux qui ont la faculté de le faire» et si les blessures guérissent en moins de 15 jours. Dans huit États, il n'y avait pas, en date de 2010, de centres d'accueil pour les femmes victimes de violence. Alors, on repassera pour la protection des femmes au Mexique.

Si moi je le sais, le ministère fédéral de l'Immigration le sait aussi, j'en suis sûr. Mais alors pourquoi s'acharne-t-il durant cinq ans à expulser cette femme? Le chat est sorti de l'entrefilet d'un article d'Annabelle Nicoud dans La Presse. Elle constate qu'il semble subsister des doutes au ministère canadien de l'Immigration sur la nature réelle des sévices qu'aurait subis Paola Ortiz. En effet, devant la Cour fédérale, l'avocat de Justice Canada n'a pas manqué de souligner que madame Ortiz avait continué à cohabiter avec celui qui la battait pendant plusieurs mois. Autrement dit, puisque Paola Ortiz était demeurée avec son mari après s'être plainte de violence, cela prouverait, aux yeux du ministère, que la situation n'était pas aussi grave qu'elle le prétendait. Parce qu'elle était restée avec son mari, on ne la croyait pas. Je ne sais pas comment appeler cela, sinon du machisme extrême.

Gouvernement machiste

Les femmes peuvent hésiter à quitter un conjoint violent pour mille et une raisons: certaines veulent sauver leur couple, leur mariage, leur famille et espèrent que ça changera de fois en fois, d'autres craignent de se retrouver à la rue avec leurs enfants, mais très souvent, elles ont peur de la rage de leur conjoint, peur d'être attaquées ou tuées si elles partent.

Ai-je besoin de rappeler que cela arrive même au Québec 25 ans après l'adoption d'une loi criminalisant la violence conjugale? Est-il besoin de rappeler que même au Canada, dans le «plus meilleur pays du monde», des centaines de femmes se réfugient dans des centres d'hébergement pour se protéger et protéger leurs enfants lorsqu'elles quittent un conjoint violent? Est-ce que j'ai besoin d'exhiber cette horrible photo d'une femme afghane dont on a coupé les oreilles et le nez parce qu'elle avait quitté un mari qui la battait? Si, dans quelques mois ou dans deux ans, Paola Ortiz n'a pas été tuée par son ex-conjoint, cet avocat va-t-il nous dire: «Je vous l'avais bien dit que ce n'était pas si pire que cela!»

La vraie cause de l'expulsion de Paola Ortiz au Mexique, c'est le machisme du gouvernement canadien. Vive le plus meilleur pays du monde!

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Camil Bouchard - Professeur au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal et éditorialiste à Bazzo.tv
9 commentaires
  • Amaury Leveaux - Inscrit 7 octobre 2011 09 h 20

    Blahblahblahblahblah

    Un séparatiste qui critique le gouvernement fédéral. Hmmm. Dans d'autres nouvelles, il fait sombre la nuit.

  • France Marcotte - Abonnée 7 octobre 2011 11 h 38

    Voici un homme

    Un homme qui se lève pour dire son indignation du sort qu'on fait à ses soeurs humaines qui n'osent elles, même plus lever la voix, parce que le sarcasme fait maintenant partie de l'arsenal ordinaire de la domination des femmes.
    C'est ce qu'on peut appeler un homme.
    Que les hommes dignes de ce nom se lèvent!

  • - Inscrit 7 octobre 2011 11 h 44

    Blablabla 2

    Quelle commentaire insensé que celui de M. Leveaux. Le séparatisme n'a rien à voir avec la question et ça montre comment la violence conjugale est banalisée et ignorée dans ce pays! J'ai travaillé assez longtemps devant les tribunaux pénaux du pays pour savoir que les femmes battues hésitent très souvent à quitter le conjoint violent pour plusieurs raisons. Souvent elles n'ont aucune alternative - si elles quittent leur conjoint elles sont littéralement dans la rue. Les refuges de femmes violentées sont souvent pleins et elles ne peuvent rester là qu'un certain temps. Elles craignent énormément l'inconnu de quitter leur conjoint, encore plus que la violence, qu'elles espèrent voir se résorber dans l'avenir car le conjoint n'est-il pas l'être aimé?

    Il y a aussi la crainte que le conjoint en question va finir par la trouver et alors elles craignent pour leur vie et se disent que s'en aller risque d'être encore pire que de rester. Si on transpose ça au Mexique, où la police a un statut spécial et où il y a beaucoup de violence, on peut facilement comprendre que ça a pris bien du temps à Mme Ortiz avant d'oser quitter son époux violent. Elle savait que ce conjoint finirait par la retrouver avec l'aide de ses collègues dans la police et qu'elle serait encore plus mal prise. Elle a fui au Canada, seule véritable alternative à la violence qu'elle subissait... et notre beau pays a tout simplement ignoré son appel à l'aide en appliquant des normes dépassées et indigne d'un pays où les droits humains devraient prévaloir.

    M. Bouchard a parfaitement raison de s'indigner.

  • erebe - Inscrite 7 octobre 2011 11 h 51

    Monsieur Leveaux...

    La violence et le crime (je suis sur que vous réprouvez) n'a rien avoir avec une opinion politique mais plutôt avec un état d'âme qui répugne naturellement à c'est choses et aspire à les contrôler d'où les lois faites pour protéger les citoyens et citoyennes de ces actes répréhensibles!

  • Gilbert Talbot - Abonné 7 octobre 2011 12 h 09

    Un homme indigné.

    Je vous vu et entendu lire ce texte en éditorial à Bazzo.tv hier (6 oct). je vous en félicite monsieur Bouchard. Vous avez éclairé ma compréhension d'un cas troublant. De plus, le Canada, mon pays, sépare une famille: madame Ortiz laisse en effet deux enfants au pays, pour être forcée de retourner vivre dans le pays d'origine du machisme. Le macho, au sens propre c'est la mule mâle, au Mexique. Vous avez bien raison de souligner que c'est le Canada qui dans cette affaire fait le macho : il fait la tête de mule devant un cas patent d'atteinte aux droits fondamentaux d'une femme de vivre en sécurité avec ses enfants, dans un pays où elle n'est pas constamment menacée de sévices.