Les défis de l'intégration des immigrants - Deux visions diamétralement opposées s'offrent aux nouveaux arrivants qui débarquent au Québec

 Maka Kotto<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir  Maka Kotto

«Mon grand-père disait: "S'intégrer à une nouvelle culture, c'est comme lire un livre plusieurs fois. La première lecture, généralement, c'est pour se familiariser avec les personnages. À la deuxième lecture, on s'intéresse davantage à l'histoire. Mais après la troisième lecture, si on arrive à raconter cette histoire avec passion, c'est qu'elle est aussi devenue la nôtre et les personnages, des membres de notre propre famille."» — Boucar Diouf

Pourquoi cette citation? Pour parler des défis de l'intégration des immigrants au Québec et particulièrement à Montréal. En effet, imaginons l'avenir... l'avenir du Québec en matière d'intégration. Nous comprenons bien évidemment que ce qui se produira à Montréal aura, sans l'ombre d'un doute, des répercussions sur l'ensemble du Québec et sur son avenir.

Aussi, il convient de poser une question très simple: quel genre de tissu social voulons-nous pour le Québec et pour Montréal dans dix ou vingt ans? Pertinente question, car en matière d'intégration, deux visions diamétralement opposées s'offrent aux nouveaux arrivants qui débarquent au Québec.

La vision canadienne


Il y a la vision canadienne, celle mise en place par l'ancien premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, qui repose sur l'idéologie du multiculturalisme et sur le bilinguisme. Le multiculturalisme à la canadienne, force est de le constater, nous mène tout droit à la ghettoïsation, à un communautarisme de repli où les cultures, plutôt que de se mélanger pour contribuer à l'édification d'une nation québécoise, viable et durable, se cloisonnent dans leur coin. De cette perspective, nous sommes très loin de remplir les conditions d'une dynamique d'intégration effective... De plus, il ne saurait y avoir d'authentique coexistence au Québec sans ce souci constant de cohésion sociale qui nous permet, entre autres choses, d'anticiper les dérives et les dérapages sectaires ou idéologiques.

Le bilinguisme, pour sa part, qui est la politique officielle du Canada, envoie le signal d'un pays où il n'est pas nécessaire de parler français. Entre autres exemples, il semble qu'il soit souvent impossible de recevoir des services en français à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, un organisme fédéral situé sur le boulevard René-Lévesque Ouest, à Montréal. Pour les nouveaux arrivants au Québec, le message est très clair...

Cette vision canadienne, voire cette distorsion, va complètement à l'encontre de toute idée d'intégration au sein de la nation québécoise.

La vision québécoise

La vision québécoise quant à elle, est fondée sur l'interculturalisme, la prédominance du français et le partage de valeurs communes.

Nous partons du principe que la diversité culturelle est souhaitable, qu'elle vient enrichir la société québécoise. Les immigrants ne sont pas encouragés à demeurer à part, mais plutôt à se joindre à la nation québécoise. Nous pourrions résumer cette politique d'intégration en nous référant au slogan de l'humoriste d'origine sénégalaise Boucar Diouf: «Vive le Québec métissé serré!»

La prédominance du français est au Québec, un facteur majeur d'intégration, la porte d'entrée de la culture québécoise, du travail et du dialogue interculturel.

Et finalement il y a les valeurs fondamentales que les nouveaux arrivants se doivent d'adopter, entre autres l'égalité entre les femmes et les hommes, la primauté de la langue française comme langue commune et de convergence, la séparation de la religion et de l'État, la recherche d'une meilleure justice sociale et la culture québécoise, partie intégrante de cette volonté d'affirmation de notre modernité.

Voilà, il me semble, une vision d'avenir valable pour le Québec: un pays francophone, métissé serré, dont les citoyens partagent les valeurs fondamentales.

Ainsi, pour s'attaquer aux obstacles de l'intégration, notamment en abrogeant l'approche multiculturaliste qui institutionnalise les personnes issues de l'immigration en «communautés culturelles» sur le plan gouvernemental, je cautionne l'idée d'abolir le vocable «communautés culturelles», car il renforce les stéréotypes et nuit au «vivre-ensemble». Vivement une approche citoyenne qui définisse clairement chaque personne ayant fait le choix du Québec comme citoyen à part entière de la communauté québécoise!

Par ailleurs, je joins ma voix à celles qui soutiennent l'idée qu'il est grandement temps d'adopter une charte québécoise de la laïcité qui définisse les balises qui nous permettront de vivre ensemble harmonieusement et de construire, au-delà de nos différences, une société égalitaire et inclusive.

Les répercussions concrètes

Il y a donc une ligne de fracture très nette entre la vision canadienne de la citoyenneté et celle du Québec. Et cela a des conséquences très concrètes. D'abord, toutes ces brèches à la loi 101 au nom de la Constitution canadienne et le laxisme du gouvernement libéral à Québec ont des effets très évidents sur l'île de Montréal, où le français recule.

Il devient de plus en plus pressant de renverser la vapeur pour redonner au français son statut de seule langue publique commune au Québec.

En matière de valeurs communes, les tenants du communautarisme, ceux par exemple qui militent contre la laïcité, fondent leur argumentation sur la Charte et la Constitution canadienne, où le multiculturalisme est inscrit comme doctrine d'État.

Nous devrons donc envoyer un signal fort, et le projet de Charte de la laïcité du Parti québécois prend là tout son sens. Et si celle-ci est contestée au nom de la Charte ou de la Constitution canadienne, les Québécois devront en prendre acte.

D'autres exemples des effets néfastes du multiculturalisme canadien sont facilement identifiables: le profilage racial, entre autres, ne peut prospérer qu'à partir du moment où les gens ne se perçoivent pas comme faisant partie de la même nation, qu'ils ont l'impression de ne pas partager les mêmes valeurs ou la même culture. L'idéologie du multiculturalisme contribue au profilage racial en matière de sécurité, d'emploi, d'habitation.

Tout ça est très malsain pour notre tissu social et je ne crois pas que ce soit cet avenir-là que nous souhaitions pour Montréal et pour le Québec.

Nous avons par conséquent d'importants chantiers devant nous pour réussir l'intégration harmonieuse des immigrants au Québec: la prédominance du français, l'adhésion aux valeurs communes et la mise en place d'une politique de citoyenneté fondée sur le vivre-ensemble. [...]
36 commentaires
  • Caroline Moreno - Inscrit 26 janvier 2011 07 h 00

    LIBRE CHOIX

    En temps normal, l'intégration des immigrants passe par l'apprentissage de la langue officielle d'un État. Or, au Québec, cet apprentissage est facultatif. Après des années de lutte, de gains, c'est le retour du libre choix, c'est-à-dire de l'anglais. Les écoles passerelles et les coupures dans la francisation, l'usage de l'anglais par les employés de la fonction publique, n'incitent en rien les nouveaux arrivants à s'intéresser au français.

    Si le Québec ne déclare pas bientôt son indépendance, il deviendra une province canadienne comme les autres avec un bilinguisme de façade.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 26 janvier 2011 08 h 20

    Analyse pertinente mais...

    Il y a pas de doute que l'analyse du député du P.Q en ce qui concerne la nécessité d'atteindre l'excellence dans le concept de l'interculturalisme est assez complète. Et il identifie très bien le facteur principal pour y arriver: l'intégration par la langue commune. C'est que qui explique bien que le gouvernement actuel, comme le précédent du P.Q ont bien compris que cette classe d'immigrantEs se retrouvent actuellement au Maghreb d'abord et ont pris les moyens nécessaires pour en augmenter le ratio depuis les 10-15 dernières années. Cela s'applique autant pour l,avenir.

    Par contre, M. Kotto est en porte à faux avec son souhait d'atteindre la société égalitaire et inclusive en mettant de l'avant cette proposition de Charte de la laicité «fermée» qui aurait pour effet de limoger des milliers de travailleuses de l'État portant leurs symboles reliés à leur Foi. Il n'y a rien d'égalitaire et rien d'inclusif à violer les droits de certaines communautés dans une société pluraliste et démocratique.

    Si vous souhaitez qu'on puisse atteindre et perfectionner notre modèle de l'interculturalisme qui est de danser ensemble plutôt que danser dos à dos comme le multiculturalisme, alors M. Kotto, laissez tomber votre laicité fermée. Vous n'y arriverez pas. Il faut d'abord proposer d'inclure les gens différents et non de les exclure du marché de l'emploi. La laicité ouverte me semble être la première condition pour la réussite de cet interculturalisme.

  • Michel Page - Inscrit 26 janvier 2011 08 h 48

    Bonne analyse imagée. Très bien mais vous introduisez en fait l'idée d'une Charte de l'Identité et de l'intégration citoyenne, pas de laïcité

    Monsieur,
    Bonne analyse imagée.
    Très bien mais vous introduisez en fait l'idée d'une Charte de l'Identité et de l'intégration citoyenne, pas de laïcité quand vous dites: "réussir l'intégration harmonieuse des immigrants au Québec: la prédominance du français, l'adhésion aux valeurs communes et la mise en place d'une politique de citoyenneté fondée sur le vivre-ensemble. "
    La laïcité, c'est autre chose, une potentielle valeur commune, si on n'oublie pas que le patrimoine de ce pays relève d'une tradition judé0-chrétienne..
    vir chap Intro et annexe ! du petit livre :
    http://www.renaud-bray.com/Livres_Produit.aspx?id=

  • Claude Archambault - Inscrit 26 janvier 2011 09 h 03

    @ M Kotto

    Vous affirmez : Il y a donc une ligne de fracture très nette entre la vision canadienne de la citoyenneté et celle du Québec

    Mais vous quand vous avez été accueilli par le Canada, quelle nouvelle citoyenneté avez vous acquis? Je vais vous aider, regardez votre passeport, et oui vous avez la citoyenneté canadienne. La citoyenneté québécois ne peu exister et si elle a une forme locale, la citoyenneté nationale, la canadienne et tout ce qui ci rattache doit primer.
    Je comprend que la citoyenneté canadienne entre en conflit avec le projet de pays des séparatiste, mais le Canada n'est pas là pour les aider non plus.

    Mais vous que le Canada a accueilli, et que vous avez choisi comme pays d’accueil, si il n'est pas à votre image je peu vous rappeler et vous le savez très bien en choisir un autre il y a des centaines de pays sur cette terre et il y aura toujours votre pays de naissance. Alors pensez y.

  • Andre Gignac - Inscrit 26 janvier 2011 09 h 46

    INDÉPENDANCE DU QUÉBEC!

    Ceci n'est qu'une politique de cosmétiques pour masquer la réalité et donner le signal aux Québécois que tout est encore possible dans ce système fédéral dominateur et assimilateur. Cessons de jouer à l'autruche une fois pour toute; il n'y a qu'une solution pour sauver la langue française au Québec et ça passe par l'unilinguisme français dans un Québec indépendant et libre. Il faut sortir de cette confusion identitaire qui nous mène au bilinguisme institutionnel et au multiculturalisme. C'est une question D'ÊTRE OU DE NE PAS ÊTRE! Le PQ et le Bloc, à défaut d'avoir un vrai projet de pays, entretiennent cette confusion identitaire chez les Québécois.

    André Gignac, indépendantiste à mort!