Infirmières praticiennes spécialisées - Nous dénonçons la position des médecins

Les auteurs ne comprennent pas que la solution privilégiée par le corps médical pour éviter une perte de salaire consiste en une obstruction à l’implantation des infirmières praticiennes spécialisées.<br />
Photo: Marja Airio Les auteurs ne comprennent pas que la solution privilégiée par le corps médical pour éviter une perte de salaire consiste en une obstruction à l’implantation des infirmières praticiennes spécialisées.

Le 19 novembre dernier, l'émission Enquête présentait un reportage portant sur l'implantation des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) au Québec. Celui-ci décrivait les objections soumises par les représentants du corps médical au développement de cette pratique. Selon les propos du Dr Claude Ménard (Collège des médecins du Québec, CMQ), cette obstruction vise essentiellement à prémunir les médecins de «pertes sur le plan financier» et de «pertes quant à leur image». Cette lettre a pour but d'exprimer nos préoccupations à l'égard de ces arguments, de même qu'à dénoncer la position adoptée par le CMQ et les autres acteurs dans ce dossier.

Dans le reportage, les médecins insistent sur les pertes financières qu'ils prévoient subir à l'arrivée des infirmières praticiennes spécialisées. Par exemple, le Dr Louis Godin, président de la Fédération des omnipraticiens du Québec (FMOQ), explique qu'il ne sera pas rémunéré pour un patient vu par une IPS. Considérant que les médecins québécois sont rémunérés à l'acte, nous comprenons bien que cette situation puisse être préoccupante pour eux. Nous savons également que le Québec est la province canadienne où les salaires des médecins sont les plus bas et sommes d'avis qu'ils méritent un traitement équitable.

Toutefois, nous ne comprenons pas que la solution privilégiée par le corps médical pour éviter une perte de salaire consiste en une obstruction à l'implantation des IPS. En effet, en raison du contexte de pénurie sévère de professionnels et des problèmes majeurs d'accès aux soins de santé, il est difficile de croire que la mise en place des IPS puisse se solder par une diminution réelle des salaires versés aux médecins. Au contraire, il semblerait plus souhaitable que les initiatives visant le mieux-être de la population, comme l'arrivée des IPS, soient encouragées et soutenues par tous.

Par ailleurs, la position du ministre de la Santé, Yves Bolduc, dans ce débat n'est pas rassurante. Dans le reportage, il attribue les négociations ardues avec les médecins au caractère fort de ce groupe: «Ce sont tous des gens avec des caractères forts [avec lesquels] il faut éviter le plus possible la confrontation.» Cette attitude nous permet de mieux comprendre l'autorisation accordée aux médecins de réclamer 60 000 $ (par année) par IPS exerçant dans une clinique.

Précisons simplement que, pour le même montant, il aurait été possible d'embaucher deux fois plus d'IPS et par conséquent, de favoriser l'accessibilité aux soins de santé. Ici encore, l'importance de différents enjeux de nature financière et politique semble primer ceux qui profiteraient réellement à la société.

Lien de qualité

Les propos du Dr Ménard à l'égard des actes réservés des médecins que les IPS pourraient être autorisées à accomplir ne permettent pas davantage de justifier leur obstruction au développement des IPS. En effet, il indique que si ces dernières peuvent convaincre le corps médical de leur pertinence, cela permettra «de soulager le médecin de famille d'un paquet de tâches ingrates et répétitives [...] et de les challenger pour des cas beaucoup plus intéressants». Puisque les soins infirmiers visent à soutenir les individus dans leurs diverses expériences de santé et de maladies, il nous apparaît extrêmement préoccupant que des besoins de santé puissent être considérés de la sorte de la part du corps médical. À cet égard, nous sommes plutôt d'avis que l'accomplissement de ces «tâches» pourrait nous permettre de créer un lien de qualité avec les personnes et contribuer significativement à l'amélioration de leur état de santé.

Par ailleurs, il semble que le Dr Jacques Desroches considère la contribution de l'infirmière au système de santé d'une façon toute particulière. Dans le reportage, il indique: «L'aide dont j'ai besoin [...] ce n'est pas d'une IPS en pratique autonome, c'est d'assistantes, dans mon travail médical, qui vont travailler sous ma supervision.» Cette conception du rôle des infirmières semble inexacte ou du moins, quelque peu dépassée. Un examen approfondi des documents légaux et scientifiques publiés depuis les années 60 entourant la profession infirmière lui permettrait rapidement de constater que les infirmières jouissent déjà d'une pratique autonome. En outre, ces documents ne témoignent pas d'un quelconque rôle «d'assistance médicale» ni ne suggèrent la subordination des infirmières aux médecins.

Rôle infirmier

Étonnamment, sa conception du rôle des IPS semble surestimer l'apport que celles-ci pourront offrir au système de santé. En effet, le Dr Desroches affirme que «d'ici 5 à 10 ans [...], il y aura en première ligne juste des IPS et plus [aucun] médecin de famille». Le Québec compte approximativement 20 000 médecins, tandis que le nombre d'IPS envisagé n'est que de 500. Il est ainsi difficile de croire que ces IPS pourraient parvenir à supplanter la profession médicale, et ce, sans compter que leurs rôles sont fondamentalement différents (le rôle du médecin demeurant le plus étendu du point de vue médical).

La question demeure donc essentiellement la même: compte tenu des problèmes majeurs que vit le système de santé et considérant que la création du rôle des IPS visait justement à réduire les impacts de cette crise, comment est-il possible d'envisager que celles-ci puissent constituer une menace à la pratique médicale traditionnelle? Le but du développement des IPS n'est pas d'amputer les médecins de leur apport à la santé des Québécois, mais plutôt d'y contribuer nous-mêmes, infirmiers et infirmières, davantage.

En conclusion, nous croyons que chaque profession de la santé participe de façon majeure au bien-être des citoyens et encourageons toute initiative fondée sur cet objectif. Conséquemment, nous déplorons le fait que les arguments soutenant les objections à l'élargissement du rôle infirmier proposé par les représentants de la profession médicale aient été de nature financière et politique. En aucun cas ils n'ont évoqué d'arguments solides entourant l'efficacité des IPS. Ceci aurait permis de situer le débat sur son objet réel, c'est-à-dire la santé des Québécois.


12 commentaires
  • S. Hains - Inscrit 17 décembre 2010 08 h 51

    College des medecins vs autres professionnels de la sante

    Essentiellement pour protéger ses acquis financiers et ses privilèges, le Collège des Médecins du Québec empèche le déploiement de solutions à la crise actuelle du système de santé.

    C'est cette attitude du CMQ qui risque de tuer notre système publique en le rendant de plus en plus ingérable et en empêchant l'émergence de solutions tel que le transfert d'actes médicaux aux infirmières praticiennes ainsi qu'aux autres professionnels de la santé autre que médecin.

    On dirait que le CMQ considère tout ce qui n'est pas issu d'une école de médecine Québécoise comme dangereusement impropre à pratiquer le moindre acte médical.

    Cette attitude est vraiment déplorable.

  • François Dugal - Inscrit 17 décembre 2010 09 h 37

    Cas intéressant

    Affligé des spasmes musculaires au dos depuis l'âge de 13 ans, aucun médecin québécois n'a pu traiter mon «cas intéressant»; toute la pharmacopée y est passée: rien à faire. J'ai souffert le martyr pour me faire dire qu'en fin de compte, il n'y avait rien à faire.
    J'ai trouvé ma rédemption chez les chiropraticiens, je suis maintenant guéri.
    Alors, les bollés, sacrez-moi patience.

  • Franfeluche - Abonné 17 décembre 2010 10 h 00

    La rareté est une arme

    La pénurie actuelle de médecins pourrait faire l'affaire du collèges des médecins et de ceux qu'elle représente. En effet, dans un contexte de négociation avec le gouvernement, elle représente un pouvoir supplémentaire pour obtenir ce qu'ils veulent.

  • Bella - Inscrit 17 décembre 2010 10 h 36

    College des medecins vs autres professionnels de la sante

    Est-ce que vous avez dèjà vu quelqu'un d'assis sur le trône démissionné? La reine le pape ...

  • Michel Gaudette - Inscrit 17 décembre 2010 10 h 43

    L'arrogance à son comble...

    Le Collège des médecins se comporte comme le clergé catholique dans son attitude...

    Il se croit tout-puissant!!!

    Il faudra bien un jour casser l'arrogance de ces gens qui se prennent pour Dieu !!!