Écoles privées et publiques - Gare à la publicité trompeuse !

Venez rencontrer les meilleures écoles, de la maternelle au secondaire.» Tel était l'essentiel d'une publicité des écoles privées annonçant, pour le 19 septembre, l'EXPO 2010 des écoles privées de Montréal. Ce n'est pas la première fois qu'on voyait ainsi publicisées les prétentions du privé. Jamais, par ailleurs, n'a-t-on véritablement démontré et prouvé ces allégations. «Les meilleures écoles», ce n'est pas rien! C'est sans doute sur la base des «maudits» palmarès que les chantres du secteur font ainsi leurs vocalises.

Ce qu'ils ignorent ou feignent d'ignorer, c'est que ce qu'on appelle dans le jargon «l'effet école», c'est-à-dire ce que, dans les résultats obtenus par les élèves, on peut attribuer à coup sûr à l'école, à ses enseignants et à sa pédagogie dans une relation de cause à effet, n'a jamais été établi. J'ai eu maintes fois l'occasion de démontrer en public et dans les journaux (Le Devoir, 30 mars 2005) que si ces résultats prouvent quelque chose, ce n'est pas que les écoles privées sont meilleures que les écoles publiques. C'est plutôt que les élèves des écoles privées sont les meilleurs. Ce qui n'est pas du tout pareil et s'établit avant même l'entrée de ces élèves à l'école, au moment de la sélection.

Les meilleurs de la Ligue

Imaginons une équipe de hockey qui ne serait faite que de Gretzky, de Mario Lemieux, d'Ovechkin, de Malkin et compagnie, soigneusement sélectionnés. Point n'est besoin d'être grand clerc pour parier qu'à la fin de l'année, la plupart de ces joueurs seront parmi les meilleurs compteurs de la Ligue. De là à conclure que cette équipe a le meilleur entraîneur et la meilleure organisation, il y a un abîme.

C'est exactement ce qui se produit dans le cas des palmarès. En raison d'une triple sélection, les élèves qui entrent au privé sont toujours et à coup sûr parmi les meilleurs, sinon les meilleurs. Quand on dit triple sélection, on veut dire par là:

-sélection à l'entrée sur le rendement au primaire et la «scholaptitude»;

-sélection/exclusion en cas d'échec, ce que ne peut faire l'école publique, car elle est obligée d'honorer la fréquentation scolaire obligatoire;

-et enfin, sélection selon la fortune, car, on aura beau dire, la majorité des élèves du privé sont des enfants de gens matériellement à l'aise et plus. J'en veux pour preuve le fait que les écoles publiques qui se classent le mieux dans ces palmarès sont précisément les écoles qui font comme les écoles privées: elles sélectionnent!

Publicité mensongère

Dire que les élèves du privé sont meilleurs, c'est ce qu'on appelle dans le jargon scientifique une «self-fulfilling prophecy», c'est-à-dire une prédiction qui se réalise nécessairement d'elle-même étant donné ses prémisses. Bref, une prédiction qui n'en est pas une puisque prédire, c'est annoncer comme devant être ou se produire un événement qui n'a pas une forte probabilité.

Dans le cas qui nous intéresse, les élèves sont meilleurs à la sortie parce qu'ils ont été choisis les meilleurs à l'entrée. Dire de ces écoles que ce sont les meilleures, c'est de la publicité trompeuse. Ou les dirigeants du privé savent que ce qu'ils disent n'a jamais été prouvé, auquel cas il ne s'agit pas moins d'une publicité mensongère. Ou ces dirigeants ne réalisent pas que la preuve de ce qu'ils avancent n'a jamais été faite, auquel cas ils font preuve d'ignorance crasse, et les parents sont trompés tout autant que dans le cas précédent.

Qu'elle vienne des palmarès ou de slogans comme celui qui est évoqué plus haut, cette publicité est une publicité trompeuse en ce sens qu'elle induit les parents en erreur. L'est-elle intentionnellement? Ça reste à voir. Nous y reviendrons plus loin. L'autre après-midi, j'entendais deux jeunes à la radio. Un garçon qui «représentait» l'enseignement privé et une fille qui faisait de même pour l'école publique. Sans prétendre qu'il s'agissait d'un échantillon représentatif, il n'en reste pas moins qu'ils avaient été choisis. S'il avait fallu coter les deux types d'institutions sur la base de leurs interventions respectives, le privé aurait été déclassé. [...]

Défi de la fiabilité

Je crois que la meilleure façon d'en finir avec la prétendue supériorité de l'enseignement privé serait de le soumettre à ce que j'appelle le défi de la fiabilité et de la crédibilité. Dans cette perspective, ne seraient subventionnés que les établissements qui accepteraient de se soumettre aux mêmes contraintes et aux mêmes obligations que les établissements publics.

Tout établissement privé qui voudrait être agréé aux fins des subventions du ministère de l'Éducation devrait donc: cesser de sélectionner à l'admission et accepter tout le monde; assumer au prorata de ses effectifs sa part des catégories d'élèves requérant plus de ressources, ce qu'on appelle dans le jargon les «clientèles lourdes», soit les élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage ou d'adaptation (les fameux EHDAA), les élèves en formation professionnelle et les élèves en milieux défavorisés; et enfin honorer l'obligation de fréquentation scolaire obligatoire comme l'école publique doit le faire. Ce qui signifie, par exemple, ne pas mettre à la porte avant 16 ans un élève au seul motif de l'échec scolaire.

Un pari

Je fais le pari un tantinet machiavélique qu'il n'y aurait plus de différences entre le privé et le public aux palmarès; que conséquemment l'existence même de l'enseignement privé serait remise en question au seul motif que les parents ne voudraient plus payer une fortune pour rien de plus qu'au public. Soumise aux mêmes obligations et charges sociales et aux mêmes con-traintes collectives que l'enseignement public, l'école privée ne verrait plus ses élèves connaître plus de succès que ceux du public.

J'éprouve déjà une jouissance indicible à l'idée de contempler les palmarès suivant de quelques années la mise en oeuvre de telles mesures. Exit la prétendue supériorité. Écrasée sous le poids de sa juste contribution au bien commun, l'école privée aurait assurément perdu de sa superbe. Elle mourrait ainsi de sa belle mort ou ne survivrait que pour ceux et celles qui ont les moyens de se la payer. Du coup, on aurait également réglé la question de son financement.
10 commentaires
  • Michele - Inscrite 12 octobre 2010 08 h 26

    Des enseignants sélectionnés et très impliqués

    Il manque un angle à votre analyse M.Baby. Outre les avantages associés aux dérogations à la loi sur l'instruction publique et le fait que les écoles privées sélectionnent leurs élèves, dans la grande majorité des cas, les enseignants ne sont pas syndiqués. Ils sont sélectionnés par la direction et on s'attend à ce que ces derniers participent aux activités para-scolaires.

  • André Fournier - Inscrit 12 octobre 2010 09 h 03

    Meilleures écoles,l'auteur a raison

    Si ces écoles composées d'élites étaient les meilleures, elles auraient des taux "d'amélioration du rendement" supérieur que les autres. en autres mots, le rendement des élèves démontrerait une nette amélioration d'année en année. Hors, ce n'est pas le cas. Le rendement des élèves est stable, ce qui signifient que non seulement ces écoles sont médiocres, mais que ces écoles se fient à sa clientèle d'élites pour assurer son recrutement. Les écoles publiques avec la variété de clientèle qu'elles doivent accepter sont en bien meilleure position pour améliorer le rendement des élèves comme tels. Pas de favoritisme, des enseignants compétents et qualifiés, et pas d'élitisme lors des périodes de recrutement!

  • Claude Archambault - Inscrit 12 octobre 2010 13 h 11

    Rendons l'école publique autonomes

    Que chaque école publique devienne autonome, qu'ils deviennent chacune indépendante et comme l'école privée n'ont qu'un curriculum commun à suivre. Chaque écoles embauchent, et négocient avec ses professeurs, établissent les règles et le modèle qu'il veut suivre. Le financement se fait en fonction du nombre d'élève qui s'inscrivent. Une saine compétition entre les écoles motiverait les professeurs et la direction.

    Le même principe pourrait se faire au niveau des hôpitaux. Plus de centralisation des négociation, plus de condition uniforme, mais que des négociation local en fonction de l'offre et de la demande locale et des besoin local.
    Le client (élève ou patient) deviendrait la raison d'être et non les conditions de travail.

  • Gennydo - Inscrit 12 octobre 2010 14 h 41

    Meilleure, j'en ai la preuve!

    J'ai un enfant de 9 ans qui est en 3e année du primaire dans une école privée de Laval.

    D'une part, contrairement à ce que vous affirmez, je ne suis pas d'une famille aisée; j'ai simplement fait le choix de me priver de l'abonnement au câble, d'une voiture neuve et d'un voyage dans le sud pour payer 6000$ de frais de scolarité (car son école n'arrive pas à être subventionné - autre mythe!).

    Mon enfant est-il parmi les meilleurs? Oh, que non! Pour résumer, disons qu'au public, elle faisait partie des EHDAA!

    Après lui avoir fait faire sa maternelle à l'école publique (et m'être impliqué dans le conseil d'établissement) j'ai rapidement compris que je n'avais rien à espérer du secteur public. J'ai alors eu l'idée folle que le privé pourrait peut-être faire des miracles.

    Et bien, avec un bon encadrement, des plus petits groupes et beaucoup de travail de sa part (et de la nôtre!), mon enfant avait, après sa 1ère année seulement, rattrapé 2 1/2 ans de retard diagnostiqué. Même parent, même soutien orthophonique et orthopédagogique... la seule variable qui a changé entre sa maternelle et sa première année était l'école. Vous vouliez des preuves...

    Et lorsque vous dites que l'école privée met à la porte ceux qui échouent, encore là vous avez tout faux. À notre école, les élèves ne se font pas montrer la porte, mais on les fait redoubler plutôt.

    Alors quant à moi, l'école privé peut bien dire qu'ils sont "meilleurs", je l'ai constaté par moi-même.

  • Paul Lafrance - Inscrit 12 octobre 2010 15 h 21

    Les écoles privées

    Enlevez les écoles privées et les parents nantis qui ont des enfants plus douées que la moyenne les enverront étudier ailleurs (autres provinces ou autres pays) privant ainsi le Québec de ses meilleurs éléments en plus de favoriser leur intégration dans une culture différente et probablement anglophone.