Une cible de 3 % pour la science

Le Québec est à environ 2 milliards de dollars de la cible des 3 % du produit intérieur brut consacré à la recherche, un objectif sur lequel le premier ministre Jean Charest s’était engagé formellement, il y a quatre ans.
Photo: Agence Reuters Jean-Paul Pelissier Le Québec est à environ 2 milliards de dollars de la cible des 3 % du produit intérieur brut consacré à la recherche, un objectif sur lequel le premier ministre Jean Charest s’était engagé formellement, il y a quatre ans.

Alors que le rideau tombe sur la grande fête de la recherche — 6000 chercheurs francophones au 78e congrès de l'Acfas, un record! —, le milieu scientifique tient à rappeler au gouvernement québécois son engagement de 2006: consacrer 3 % du produit intérieur brut (PIB) à la recherche et au développement.

Trois pour cent, c'est la cible visée par les États-Unis afin de relancer l'économie et tourner celle-ci vers de nouveaux savoirs. Actuellement, le budget dévolu à ce secteur est de 2,6 % chez nos voisins du Sud, un taux comparable à ceux de l'Allemagne, du Danemark et de l'Autriche. Des pays comme le Japon (3,4 %) et Israël (4,7 %) sont résolument engagés dans l'innovation.

Le Canada: un cancre

Selon la Banque mondiale, qui collige ces données, le Canada figure parmi les plus timides des pays occidentaux avec tout juste 2 % de son PIB consacré à la recherche scientifique. L'éditorial de la revue scientifique Nature, le 16 janvier dernier, attaquait directement la stratégie canadienne en matière de science, particulièrement en ce qui concerne les études nordiques. «Call for a bigger vision», titrait l'éditorialiste. Selon lui, le gouvernement canadien peut faire beaucoup plus pour financer la recherche.

«Le Canada est un cancre depuis toujours parmi les pays industrialisés», résume l'historien des sciences Camille Limoges. Il n'a pas été surpris de voir le gouvernement de Stephen Harper houspillé par l'une des revues scientifiques les plus prestigieuses au monde. «Ce n'est pas normal que certains pays émergents se classent mieux que nous dans les classements internationaux», déplore Mona Nemer, vice-rectrice à la recherche à l'Université d'Ottawa.

Loin de la cible

Le Québec là-dedans? Il est à environ 2 milliards de dollars de la cible des 3 %, à laquelle premier ministre Jean Charest s'était pourtant engagé formellement, au moment d'annoncer de nouveaux investissements il y a quatre ans, en compagnie du ministre Raymond Bachand (aujourd'hui aux Finances). Comme le rapportait la Presse canadienne le 12 avril 2006, le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation se donnait quatre ans pour atteindre l'objectif du 3 %. Non seulement la cible n'est pas atteinte, mais on s'en est éloigné...

À 2,63 %, le Québec n'est pas parmi les plus mauvais joueurs de sa catégorie. Mais les sommes consenties à ce secteur sont en baisse constante, proportionnellement au PIB, depuis le début de la décennie: 2,79 % en 2002; 2,67 % en 2005. Les dernières décisions gouvernementales en matière scientifique sont peu encourageantes: abolition du Conseil de la science et de la technologie et fusion des trois fonds québécois de la recherche. Et l'argent frais? Comme le dit Pierre Noreau, président de l'Association francophone pour le savoir, «dans ce domaine-là, si on n'avance pas, on recule».

Le vrai carburant


«La science est plus essentielle qu'elle ne l'a jamais été pour notre prospérité, notre sécurité, notre santé, notre environnement et notre qualité de vie», affirmait il y a quelques mois le président Barack Obama en annonçant que son administration doublera, d'ici 10 ans, le budget des organismes comme le National Science Foundation et le National Institute of Standards and Technology.

Au Québec, le milieu de la recherche attend avec impatience le dévoilement (imminent) de la nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation qui tracera les grandes orientations gouvernementales en la matière. À quoi s'attendre? À des recherches qui servent d'abord et avant tout le «développement économique», ce qui inquiète tous ceux qui pensent que la recherche fondamentale est au moins aussi importante que celle qui «rapporte».

Comme le dit l'historien des sciences Yves Gingras, l'imagination des chercheurs est le véritable moteur du système québécois de la recherche. Mais «l'argent en constitue toujours le carburant, pour ne pas dire l'essence».

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L'Association des communicateurs scientifiques du Québec tient un congrès sur le thème «Science et politique» demain à Radio-Canada (acs.qc.ca).

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Mathieu-Robert Sauvé - Président de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec
4 commentaires
  • Jean-G. Lengellé - Inscrit 19 mai 2010 10 h 56

    Il faudrait peut-être commencer par définir vos termes.

    Voilà en effet ce qui est essentiel quand on parle de science et que l'on veuille être compris.
    Ergoter sur des dixièmes de points de pourcentage reflète plus la "pourcentagite aigue" que l'expression de réels besoins, si l'on omet:
    1) de définir ce que l'on entend par science,
    2) de démontrer là où le bât blesse, c'est à dire ce qui aurait dû être financé
    3) de démontrer les priorités en autant qu'elles puissent être fondées
    4) de faire l'inventaire de tout ce qui se fait de scientifique au Québec sans
    égard à l'origine provinciale exclusive (Institut Maurice Lamontagne, l'Admundsen, la Commission géologique, et les coopérations internationales... )
    5) d'indiquer où le financement prétendument manquant devrait être trouvé, c'est à dire ce qu'il faudrait "couper" pour arriver au prétendu 3%
    6) d'indiquer qu'il ne s'agit pas de prétendu rattrapage salarial

    Par exemple, est-ce que tous les salaires des chargés de cours qui sont censés permettre aux professeurs d'université de faire moins d'enseignement et plus de recherche sont-ils comptabilisés dans votre évaluation?
    Est-ce qu'à l'époque de l'internet et de la transmission instantanée des résultats il est encore bien nécessaire d'avoir des grand-messes coûteuses comme l'ACFAS?
    Autrement dit, à part l'aspect de sensationnalisme politique de votre discours, il n'y a rien de bien solide, et pire encore, de bien savant ou de bien scientifique.

  • France Marcotte - Abonnée 19 mai 2010 15 h 06

    Qui parle?

    Ce qui serait aussi scientifiquement instructif, monsieur Lengellé, c'est de dire ici à quel titre (indépendant?) vous faites une critique aussi sèche de cet article de monsieur Sauvé.

  • Jean-G. Lengellé - Inscrit 19 mai 2010 20 h 47

    À quel titre?

    À titre d'ancien Doyen de la recherche, d'ancien administrateur de recherche (CRSNG et CRSH), et en tant qu'ancien scientifique (MA PhD) etc etc

  • Mathieu-Robert Sauve - Inscrit 20 mai 2010 09 h 59

    Sources

    Bonjour.
    Je réponds avec plaisir à M. Lengellé qui, en bon universitaire, s'interroge autant sur la méthodologie que sur le contenu. Sans entrer dans les détails, la cible de 3% est définie avec précision par les économistes et statisticiens que la question intéresse, tant au Québec qu'à l'étranger. Comme j'ai voulu concentrer mon propos sur le sujet (le texte se voulait court et droit au but), j'ai laissé de côté des mesures de calcul qui n'auraient intéressé personne... ou presque.
    Le calcul du 3% du PIB est très sérieusement estimé. On tient compte, par exemple, des quelque 33% du salaire des professeurs d'université qui consacrent le tiers de leur temps à des activités de recherche; on inclut les fonds fédéraux versés dans des projets provinciaux, les subventions privées pour la recherche et le développement, etc.
    Je ne me serais pas lancé dans cette avenue sans être certain de mes sources. Les comparaisons internationales viennent du site de la Banque mondiale. Du côté national, les estimations proviennent de l'Institut de la statistitique du Québec, elle-même basées sur les analyses de Statistique Canada.
    La vraie question, c'est tout de même que le gouvernement Charest s'était engagé à atteindre cet objectif il y a quatre ans et qu'on constate aujourd'hui qu'il s'en est éloigné.
    Cordialement.