Changements à la loi 104 - La permanence des écoles privées de langue anglaise est menacée

L’école The Study, à Westmount, est une école primaire et secondaire privée bilingue membre de l’Association des écoles privées du Québec.
Photo: Source the Study L’école The Study, à Westmount, est une école primaire et secondaire privée bilingue membre de l’Association des écoles privées du Québec.

Madame la ministre Christine St-Pierre, Au cours des quel-ques dernières semaines, vous avez reçu l'avis de différents groupes sur la meilleure façon de réagir au jugement de la Cour suprême qui a déclaré inconstitutionnels les changements de la loi 104.

L'Association des écoles privées du Québec (QAIS), laquelle représente 25 écoles privées de langue anglaise, dont sept écoles primaires non subventionnées, soutient que les juges, dans leur grande sagesse, ont tracé la voie qui fait droit à la promotion de la langue française, tout en permettant que d'importants établissements de la minorité anglophone continuent à apporter leur contribution au développement de notre province.

Lorsqu'il a présenté le projet de loi 104, le gouvernement du Parti Québécois a indiqué que son intention était d'empêcher les parents allophones ou francophones d'envoyer leur enfant dans une école «passerelle» de langue anglaise pendant un an, dans le but de faire passer cet enfant, ainsi que ses frères et soeurs, dans le système des écoles publiques de langue anglaise. Sur cette question, le gouvernement du Québec a été victorieux: la Cour suprême a clairement statué que les écoles passerelles ne devraient pas exister.

Mais, en fait, la loi 104 a fait beaucoup plus, en retirant le seul moyen, modeste mais tout de même important, pour les écoles de langue anglaise — et, pourrait-on soutenir, pour la collectivité anglophone du Québec — de recruter de nouveaux membres parmi les personnes qui légitimement sont plus acquises à, et associées à, l'éducation en anglais. Si elle n'avait pas été contestée, la loi 104 aurait eu pour effet, au fil de plusieurs générations, de réduire le nombre de personnes se qualifiant pour fréquenter une école de langue anglaise et de faire passer ce nombre sous la barre minimale nécessaire pour conserver des écoles rayonnantes et créatives.

Connaissance du français

On dit que les vieux généraux mènent toujours la dernière guerre. De même, nous disons que les vieux journalistes et les vieux politiciens ont tendance à se complaire dans des débats qui traitent de vieilles idées préconçues et qui ne reflètent plus la réalité d'une société. Dans le cas présent, le débat public n'a pas réussi à prendre la nouvelle réalité du Québec en considération. Bien des choses ont changé depuis que la loi 101 a été adoptée il y a 34 ans.

Aujourd'hui, plus de 6000 élèves qui sont admissibles à fréquenter une école de langue anglaise sont plutôt inscrits dans une école de langue française. Les écoles de langue anglaise ont beaucoup fait pour que leurs diplômés parlent couramment le français. Les parents anglophones veulent que leurs enfants vivent et travaillent au Québec, et qu'ils sachent qu'une connaissance pratique du français est essentielle.

Les écoles de la QAIS reflètent cette réalité. L'ironie, c'est que les changements dans la façon d'appliquer les lois, mis en vigueur lorsque la loi 104 a été adoptée, signifient que les écoles de la QAIS ne sont désormais plus menacées de perdre leur licence d'école anglophone si plus de 50 % des programmes scolaires du primaire sont donnés en français. Donc, l'immersion en français est devenue la norme dans nos écoles.

Nos écoles demeurent d'importants établissements pour la minorité anglophone, mais leur permanence est menacée si nous n'en assurons pas l'accès à un groupe plus large d'élèves potentiels. Le nombre d'inscriptions dans les écoles de langue anglaise a chuté, par un important pourcentage, depuis l'adoption de la loi 101, et plusieurs écoles ont fermé leurs portes. Pour ce qui est de la QAIS, au cours des quelques récentes années, deux de nos écoles ont fermé leurs portes, le nombre d'inscriptions a diminué et la taille des écoles a été réduite en général.

Nombre crucial

Des 1156 élèves dans les écoles primaires non subventionnées de la QAIS, 252 enfants (ou 21,8 %) ne pourraient pas poursuivre leurs études dans l'une de nos écoles secondaires en vertu de la loi 104. Permettez-nous de souligner, comme nous l'avons indiqué depuis le début, que la vaste majorité de ces enfants sont inscrits dans nos écoles depuis le début de leurs études. Le nombre total d'élèves qui pourraient être admissibles à continuer leurs études dans une école anglophone parce qu'ils ont fréquenté une des écoles élémentaires de la QAIS n'est qu'une goutte d'eau dans la mer lorsqu'on le compare à l'ensemble de la population étudiante du Québec, mais ce nombre est crucial à la permanence de nos écoles et de la collectivité de langue anglaise.

La QAIS soutient qu'une réaction appropriée des pouvoirs publics permettrait à nos écoles de demeurer des établissements communautaires rentables, dont les diplômés sont éduqués de manière à leur permettre de participer pleinement à la société du Québec.

Parcours scolaire

La Cour suprême a indiqué que, bien qu'il ait le droit légitime de prendre des mesures pour protéger la langue française, le gouvernement a l'obligation de procéder à une évaluation qualitative globale du parcours scolaire d'un enfant pour déterminer si cet enfant devrait avoir la permission de fréquenter une école de langue anglaise. Cette évaluation devrait reposer sur des facteurs qui incluent le temps passé dans divers programmes d'études, l'étape des études à laquelle le choix de la langue d'instruction a été fait, les programmes offerts et l'existence de problèmes d'apprentissage ou d'autres difficultés.

En résumé, le jugement explique qu'il «[...] est nécessaire d'examiner la situation de chaque institution, ainsi que la nature et le comportement de sa clientèle».

En raison de ces facteurs, la QAIS suggère la démarche suivante:

- Établir un critère de «démarcation de la ligne très nette» pour traiter de plusieurs des applications potentielles, de façon pondérée et compatissante. Un élève devrait recevoir un certificat d'admissibilité après avoir terminé les deux premières années du primaire à l'une de nos écoles. Si cet élève entre dans l'une de nos écoles en troisième année, il devra avoir effectué le reste du primaire dans une école de la QAIS avant de recevoir un certificat d'admissibilité.

- Permettre aux enfants de demander une autorisation, fondée sur d'autres situations vécues par ces enfants, leur fratrie et leurs parents, ainsi que sur leur cheminement scolaire proposé, même s'ils ne répondent pas au critère de «démarcation de la ligne très nette» décrit ci-dessus.

- Définir les écoles de la QAIS comme des écoles privées anglophones reconnues, et non pas comme des écoles passerelles. La plupart de nos écoles primaires existent depuis plus de 100 ans et la plus jeune a été fondée en 1974. Nos écoles ne peuvent en aucun cas être considérées comme des écoles passerelles.

- Du même coup, on devrait permettre à nos écoles primaires et secondaires de maintenir et d'améliorer leur programme éducatif en français, et les encourager à le faire.

Plus d'absolutisme

Le Québec a évolué au cours des quarante dernières années, tout comme la collectivité anglophone. Nous voulons que nos enfants deviennent des membres à part entière de la société québécoise, tout en continuant de respecter leur histoire, leur langue, et leurs traditions. Nous croyons également que le Québec est un bastion de la langue française qui n'a plus à se montrer arbitraire et absolutiste dans sa façon de traiter des accrocs mineurs à la paix linguistique qui a évolué au fil de tant d'années.

Avec un peu de prévoyance, de souplesse et de sagesse législative, nous ne voyons pas pourquoi la société du Québec ne pourrait pas atteindre ses objectifs et continuer de bénéficier d'une collectivité anglophone rayonnante.

***

Jonathan Goldbloom - Président du Comité du QAIS sur la Loi modifiant la Charte de la langue française (loi 104)
15 commentaires
  • ragazzino - Inscrit 29 mars 2010 03 h 26

    Quelques réserves...

    M. Goldbloom,

    Je peux comprendre votre désir de vouloir maintenir une collectivé anglophone dynamique et rayonnante, cela va de soi, et je suis en parfait accord avec vous sur ce point; les Anglo-Québécois ont droit au maintien et au développement social et scolaire de leurs communautés et sont des Québécois à part entière. C'est aussi pourquoi je suis contre l'application de la loi 101 aux CÉGEP, par exemple. Par contre, j'ai du mal à comprendre en quoi la loi 104 représente un obstacle pour vos 25 écoles privées de langue anglaise. Qui sont ces "personnes qui légitimement sont plus acquises à, et associées à, l'éducation en anglais"? Seuls les anglophones du Québec et du Canada ont le droit légitime de fréquenter un établissement scolaire de langue anglaise, ou encore un francophone dont les parents ou grands-parents ont fréquenté l'école anglaise pour la majeure partie de leur cheminement scolaire (souvent le cas des militaires). Or, la grande majorité francophones et allophones n'ont tout simplement pas leur place dans une école primaire ou secondaire de langue anglaise, qu'elle soit publique ou privée. Point.

    Si vos écoles admettent des francophones et des allophones pour une période d'un an afin qu'ils puissent ensuite passer au réseau scolaire public anglophone, alors oui, vous jouez le rôle d'école passerelle, navré. De plus, les Anglo-Québécois jouissent déjà d'un réseau scolaire public de langue anglaise archi-développé qui ferait l'envie de bien des minorités linguistiques à travers le monde. Et aux dernières nouvelles, on devait construire de nouvelles écoles primaires anglophones dans le West Island puisque celles déjà existantes sont pleines....à faire réfléchir.

    Quoiqu'il en soit, le sort démographique que l'on réserve à la communauté anglophone du Québec, M. Goldbloom, est le même que celui des Francophones hors-Québec et à plus grande échelle, que celui des Franco-Québécois dans un pays à forte majorité anglophone. La survie de la langue française au Québec est loin, très, très loin d'être un acquis et affirmer le contraire serait faire preuve d'ignorance.

    Les efforts dont font preuve vos écoles afin que vos élèves aient une maîtrise convenable du français sont plus qu'admirables. Or, il serait intéressant de voir à quel point ces mesures sont efficaces en pratique. J'ai moi-même fréquenté le réseau public anglophone pendant cinq ans (du CÉGEP jusqu'à l'obtention de mon BACC) et plusieurs de mes amis Anglo-Québécois sont loin d'être à l'aise en français, certais admettent n'avoir rien appris dans leurs cours de français langue maternelle et plusieurs s'exilent au Canada anglais pour poursuivre leurs études après le CÉGEP et dans le cas des francophones ayant fréquenté l'école anglaise, il en résulte souvent d'un baragouinage des deux langues, autrement dit d'un bilinguisme raté.

    Le Québec bénéficie déjà d'une collectivité anglophone rayonnante. La communauté anglo-québécoise est la minorité linguistique la plus rayonnante du pays. La loi 104 n'est pas un affront à votre communauté, mais bien qu'une mesure afin d'épingler ces tricheurs francophones et allophones.

  • Claude Archambault - Inscrit 29 mars 2010 09 h 47

    Le français langue commune

    Le français langue commune, langue officielle. Cela veux dire que le français est connu, compris et parlé par l'ensemble de la population et que la langue de communication du gouvernement est le français.

    Ce que la loi 101 fait c'est deux classe de citoyen, ceux qui ont un droit de choix, les anglophones et ceux qui n'ont pas de droits, les francophones et allophones.

    Et quand on a pas de droit il est parfaitement normal de tenter de tricher ou contourner la loi, surtout lorsque le bris d'une loi ne met la santé et la sécurité de personne en danger et que le seul but est d'imposer la volonté de certain.

    Ceci dit si on retourne au but à atteindre: Le français langue commune, langue officielle. Cela veux dire que le français est connu, compris et parlé par l'ensemble de la population et que la langue de communication du gouvernement est le français.

    Ce but pourrait être parfaitement atteint en ouvrant le système scolaire à tous, le choix de la langue l'enseignement serait totalement libre. Mais une condition s'imposerait à tous, il y aurait un examen rigoureux de français uniforme dans toutes les écoles de la province. Le même examen pour tous et la même note de passage pour tous. De cette façon, que l'enfant suive ces cours en français ou en anglais, la qualité du français à la sortie du secondaire sera la même. Pour le CEGEP on pourrait faire la même chose avec un examen de français, ne mesurant pas le français en général, mais le français appliqué au programme.

    Comme çà tous serait satisfait, le français serait maitrisé de façon égal par tous, et chacun aurait le choix du type d'éducation.

    Un coté positif, serait une forme de compétition entre les systèmes publiques qui ne pourrait qu'être bénéfique.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 29 mars 2010 10 h 20

    Statut minoritaire.

    Monsieur Goldbloom,

    Votre inquiétude de voir le nombre d'étudiants et d'écoles de langue anglaise diminuer au Québec est parfaitement légitime. Mais, fondamentalement, cette inquiétude ne devrait-elle pas être d'abord associée à l'évolution démographique même de la minorité anglophone vivant au Québec, comme c'est le cas pour les minorités francophones hors-Québec?

    Je vois, dans l'utilisation par des francophones ou de nouveaux citoyens des écoles privées de langue anglaise comme passerelles vers une connaissance adéquate de votre langue, une réponse également légitime pour compenser l'absence d'un enseignement sérieux de l'anglais dans nos écoles. Mais la réalité minoritaire du Québec francophone en Amérique du Nord lui interdit d'accorder ce genre de passe-droit.

    En revanche, je crois qu'il serait impératif que nos écoles de langue française, autant publiques que privées, offrent à tous leurs étudiants un enseignement de langue anglaise qui soit de très grande qualité, au moins équivalent à celui offert par les écoles d'immersion française de Toronto ou de Vancouver. D'abord parce que nous côtoyons une minorité anglophone épanouie avec laquelle nous partageons l'avenir, ensuite parce que l'anglais est devenue une langue instrumentale essentielle à notre rayonnement outre-frontières. Les "passerelles" perdraient ainsi leur raison d'être.

    Nous partageons avec la minorité anglophone notre histoire, notre culture et nos institutions démocratiques, Le maintien de sa présence ici devrait être vu comme une opportunité et non pas une menace.

  • Guy LeVasseur - Abonné 29 mars 2010 11 h 51

    La fin d'un mythe !!!

    Je crois en tout respect M. Goldbloom que la prémisse de départ de votre intervention est fausse et n'est rien d'autre qu'un mythe.

    Je m'explique

    Au Québec, il n'est pas nécessaire pour un jeune francophone ou allophone d'aller dans des institutions scolaires primaires ou secondaires anglophones pour devenir éventuellement parfaitement bilingue.

    Prenez mon exemple.

    Toute ma scolarisation s'est faite en région, dans le réseau public francais, incluant le primaire, le secondaire, le collégial et l'universitaire.

    Pendant les deux été de mes années au collégial je suis allé en immersion totale et en formation en anglais à l'Université Western de London, Ontario.

    Par la suite pendant mes années universitaires, j'ai ajouté à ma formation des cours privés en anglais. La lecture soutenue de littératute anglaise et l'écoute de la radio et de la télévision anglophone a fait le reste.

    Dans la vingtaine, lors de mon entrée sur le marché du travail après ma formation universitaire, j'avais déjà une maitrise plus que correcte de l'anglais.

    Je suis maintenant retraité, mais pendant mes 30 années de carrière dans une importante entreprise de télécommunications, j'ai eu l'occasion de poursuivre ma formation en anglais, de travailler en anglais et même de participer à des rencontres et à faire des présentations face à des auditoires de 60 à 100 personnes
    unilingues anglophones à Halifax, St-John, Toronto, Calgary, Edmonton, Vancouver, Etc.,., .... sans aucun problème.

    La dernière fonction que j'ai eu pendant ma carrière professionnelle nécessitait pour l'obtenir, un test du CLIC comfirmé requérant le plus haut niveau de connaissance et de maitrise de l'anglais.

    Un test que j'ai évidemment réussi et une fonction que j'ai obtenu.

    Résumons

    1.
    La langue anglaise est probablement la plus facile de toutes les langues à apprendre pour qui s'en donne un tant soit peu la peine et l'effort requis.

    2.
    Au Québec, il n'est pas nécessaire pour un jeune francophone ou allophone d'aller dans des institutions scolaires primaires ou secondaires anglophones pour devenir éventuellement
    parfaitement bilingue.

    C'est ainsi que la prémisse de départ de votre intervention est fausse et est un mythe qu'il est peut être le temps de déboulonner......définitivement.

    Pour cette raison, votre réquisitoire en faveur d'un plus grand nombre francophones et d'allophones dans les écoles primaires et secondaires de la minorité anglophone québecoise ne tiens absolument pas la route.

    Guy LeVasseur
    Rimouski

  • Bruce Farquhar - Inscrit 29 mars 2010 12 h 56

    Deux petits précisions

    J'aimerais faire deux petites précisions. Mr. Goldbloom dit que plus de 6000 élèves qui sont admissibles à fréquenter une école de langue anglaise sont plutôt inscrits dans une école de langue française. Selon des chiffres du MELS il y aurait en 2004 12817. (Voir p.55 a http://www.olf.gouv.qc.ca/etudes/fascicule_04.pdf) Je n'ai pas trouve les chiffres plus récents dans le domaine public mais les chiffres du MELS pour les années précédentes sont même supérieurs. Il faut aussi considérer que MELS peut compter seulement les étudiants qui ont déjà un certificat d'éligibilité pour enseignement donc le vrai chiffre peut être même encore plus grand.

    Deuxième chose - tous les anglophones au Quebec n'ont pas le choix d'école. Seulement ceux qui ont suivi leur éducation en anglais au Canada.