Main basse sur la hausse de l’aide sociale: une décision indigne

Il y a de ces décisions qui apparaissent tellement iniques et qui dénotent une telle insensibilité qu’elles laissent pantois. C’est le cas de la hausse de 73 $ accordée à tous les prestataires d’aide sociale inaptes au travail, mais soutirée aux personnes déficientes intellectuelles ou souffrant de maladie mentale qui sont hébergées dans des résidences appelées ressources intermédiaires.

Annoncé en grande pompe par le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, le plan de lutte contre la pauvreté prévoit une hausse graduelle de la prestation de solidarité sociale (réservée aux personnes avec des contraintes sévères à l’emploi) de 12 750 $ par an (en incluant les crédits d’impôt) à 18 000 $ d’ici 2023. Une première tranche de 73 $ par mois est versée depuis le 1er février. « Nous allons sortir plus de 100 000 personnes de la pauvreté », s’est vanté le ministre.

Mais ça n’inclut pas un certain nombre de personnes touchant des prestations de solidarité sociale, soit quelque 8000 personnes déficientes intellectuelles ou souffrant de maladie mentale hébergées dans des ressources intermédiaires. Ces prestataires ne verront pas la couleur de cette augmentation : leur loyer sera haussé d’autant, à 820 $, la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) passant à la caisse à leur place. Ces personnes devront se contenter de la somme de 215 $ par mois pour leurs dépenses personnelles.

Le ministre fait une exception pour ces personnes parmi les plus démunies : elles ne sortiront pas de la pauvreté, elles n’amélioreront pas leur sort comme les autres. C’est qu’il faut respecter les barèmes de la RAMQ, avance le ministre, comme si cette prétention technocratique justifiait l’injustice.

Le gouvernement a agi en catimini. En décembre, des proches de déficients intellectuels se sont réjouis de la hausse annoncée de l’aide sociale. Mais ils ont déchanté quand ils ont lu l’article du Devoir qui dévoilait le pot aux roses. Ce n’est qu’au début de l’année que la RAMQ informait les principaux intéressés et surtout leur curateur qu’elle faisait main basse sur les 73 $, un avis souvent passé inaperçu. Les exploitants des ressources intermédiaires n’en avaient rien su.

Les personnes déficientes intellectuelles ne votent pas aux élections. Elles ne pèsent pas lourd aux yeux des politiques. L’État peut les traiter comme des citoyens de seconde zone, elles ne se plaindront pas. Il peut même leur extorquer leur dû, elles ne diront rien. Mais pour la moralité, on repassera. Implacable, la raison d’État peut se montrer indigne.

6 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 février 2018 07 h 03

    Un gouvernement sans conscience.

    Une société civilisée prend soin de ses citoyens les plus vulnérables. Ce gouvernement a échoué le test de la compassion et de la décence.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 9 février 2018 13 h 30

      Commentaire très pertinent: ''Une société civilisée prend soin de ses citoyens les plus vulnérables''. Quiconque fait partie d'un gouvernement élu pour gérer l'ensemble des citoyens devrait en tenir compte.

  • François Beaulé - Abonné 9 février 2018 08 h 33

    M. Dutrisac donne dans le sensationnalisme

    Il évite d'examiner la question de l'équité des prestations en fonction de la situation des handicapés. L'État paie pour le logement et les repas des personnes qui retiennent l'attention de l'éditorialiste. Les 820$ mentionnés ne couvrent pas l'ensemble de ces frais. D'autres handicapés doivent assumer eux-mêmes ces coûts à même leur chèque. Alors que leur loyer peut être élevé.

    On peut aussi se demander qu'est-ce que ces handicapés intellectuels pourraient faire avec un montant supérieur aux 215$ restants.

    Beaucoup d'assistés sociaux sont mal nourris et doivent payer des loyers élevés. Les vrais problèmes sont autres que ce qui préoccupe M. Dutrisac.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 9 février 2018 10 h 07

      Effectivement, monsieur Dutrisac semble voir seulement le 'tit arbre qui cache le forêt... du sinistre Blais, sinistre de l'insolidarité et des McEmplois.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 février 2018 11 h 12

      "On peut aussi se demander qu'est-ce que ces handicapés intellectuels pourraient faire avec un montant supérieur aux 215$ restants." (François Beaulé)

      Pas grands choses ? mais avec RIEN, ces mêmes personnes font vivre tout un système, et ce, à coups de milliards de "sous" $$$ !

      Bref ! - 9 fév 2018 -

  • Gilles Roy - Abonné 9 février 2018 09 h 37

    Certes, mais...

    Vous avez tout à fait raison M. Dutrisac, la manoeuvre est indigne, inique, insensible, voire pire encore. N'empêche que je suis loin d'être convaincu que la prestation de solidarité sociale soit, tel que le suppose le plan de lutte contre la pauvreté, un véhicule idoine à bien servir les personnes vivant avec une déficience intellectuelle. Le Gouvernement aurait à mon sens été mieux avisé d'instaurer un mécanisme financier spécifique et dédié à ces personnes, mécanisme qui veillerait à regrouper, à protéger et à rendre «intelligente», visible et accessible l'ensemble des sources de financement (fédéral, provincial) actuellement disponibles.