Valoriser la profession d’enseignant

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) est aux prises avec une sérieuse pénurie de suppléants, tellement qu’elle doit embaucher des enseignants non qualifiés. Or cette pénurie spécifique est la pointe de l’iceberg. La CSDM, mais également d’autres commissions scolaires, a du mal à recruter de nouveaux enseignants. Il faut améliorer le sort des recrues, mais aussi s’atteler à valoriser la profession.

Le Devoir nous apprenait cette semaine que la CSDM recrute des suppléants « non légalement qualifiés » pour des remplacements de moins de cinq jours. Jusqu’ici, elle pouvait compter sur un nombre suffisant d’enseignants brevetés ou encore d’étudiants en éducation pour effectuer ces remplacements. Mais compte tenu de la pénurie qui affecte les enseignants en général, les suppléants se font rares.

 

La CSDM, avec la collaboration de l’Université de Montréal, semble avoir trouvé une solution pour la rentrée scolaire de l’automne. Le Centre de formation des maîtres de l’UdeM aménagera les horaires de ses cours pour permettre à ses finissants de faire de la suppléance le jour sans nuire à leurs études. Et pour la première fois, leur stage final sera rémunéré.

 

Les commissions scolaires s’arrachent les candidats, fait-on valoir à la CSDM. La situation n’est pas tout à fait nouvelle : la baisse des ratios au primaire en 2009 avait créé une certaine rareté. Le mini-baby-boom d’il y a quelques années a contribué à la pénurie actuelle, mais l’afflux des enfants d’immigrants dans les écoles, notamment en raison de l’accueil de réfugiés, l’a aggravée.

 

Pour l’ensemble du Québec, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a annoncé l’engagement de 2000 enseignants et autres professionnels, mais on peut se demander si les commissions scolaires parviendront à en faire l’embauche rapidement.

 

En même temps, un grand nombre d’enseignants, en raison des mauvaises conditions de pratique de leur profession, l’abandonnent. Selon une étude du ministère de l’Éducation, entre 25 % et 30 % des enseignantes quittent le métier après une année en poste. C’est non seulement un gaspillage des fonds publics, mais aussi un gâchis sur le plan des ressources humaines.

 

Il faut dire que les commissions scolaires confient aux nouveaux venus les classes les plus difficiles en raison des règles d’ancienneté ; les tâches les plus exigeantes sont ainsi réservées aux enseignants les moins expérimentés. Nombre d’entre eux doivent se contenter d’un statut précaire et n’obtiennent un poste permanent qu’après plusieurs années : ils sont ballottés d’école en école, n’apprenant qu’en août où ils enseigneront et quelle matière ils enseigneront.

 

Parmi les pistes de solution figurent les mesures pour améliorer l’intégration des finissants en éducation. Le mentorat des jeunes enseignants pourrait donner de bons résultats.

 

Comme de plus en plus d’élèves en difficulté se retrouvent dans les classes normales, les enseignants doivent compter sur le concours de professionnels pour les appuyer. Après les compressions dont il est responsable, le gouvernement Couillard semble avoir compris le message. Encore faut-il dénicher les ressources spécialisées.

 

Si l’éducation doit devenir une priorité nationale — à l’approche des élections, tous les partis rivalisent de promesses à ce sujet —, la valorisation de la profession d’enseignant s’impose. Cela passe peut-être par une meilleure rémunération, mais surtout par un soutien et des conditions de pratique à la hauteur de la vocation. Et c’est toute la société qui est concernée : les enseignantes, car ce sont surtout des femmes, méritent que nous leur accordions un plus grand prestige social.

18 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2018 03 h 44

    Encore de la pleurniche

    Qu'il commence:
    A) Par améliorer les conditions d'accès aux études en Sciences de l'éducation. Actuellement c'est à peu près n'importe qui qui est accepté en faculté. Il y a même des "bordelines", des bipolaires, et autres déficients(es) qui finissent par avoir un bacc...
    B) Que cesse OBLIGATOIREMENT la pratique du corps enseigant de demander sans cesse des travaux d'équipe, de groupe, ou autres du même calibre... Conséquement, que les travaux soient effectués individuellement... Il n'y a qu'un seul nom sur le "diplôme"...
    C) Que la pratique de l'insceste institutionnel soit interdite. Il en va de la crédibité des cours, car actuellement la forte majorité du personnel enseignant (chargé de cours) provient des écoles... Quand aux professeurs, c'est en gros la même situation, sauf qu'ils ont terminé, généralement, un doctorat approuvé par la même gang.
    D) Que l'accès à la profession (enseignant en milieu scolaire) ne puisse s'effectuer avant l'âge de 25 ans. Et oui, il est complèment illogique d'embaucher et d'obtenir un emploi pratiquement "garanti à vie", d'une part, et d'autre part, avoir pratiquement l'âge de ceux qui se trouvent en classe (surtout en secondaire).
    E) Qu'une corporation professionnelle soit OBLIGATOIREMENT mise un place, et que l'adhésion soit obligatoire... Un peu d'ordre dans les effectifs ferait un grand bien à tous: élèves, parents, enseignents, directions...
    F) Que l'incestueuse méthode des promotions aux directions scolaires soit revue pour permettre un certain "mixage" des qualifications. Actuellement, c'est l'inceste le plus complet: bacc en écucation, 5 ans d'expérience, 2 ans comme dir.-adjoint, et directeur. Tous avec le même cursus scolaire et universitaire, issus du même milieu et recommandés par leurs propres supérieurs... Il devrait être obligatoire d'avoir au moins, au niveau des écoles secondaires, une personne qui est issue d'un autre milieu...

    LE RESTANT N'EST QUE DU PLEURNICHAGE ÉPISODIQUE

    • Louise Gallant - Abonnée 25 janvier 2018 08 h 50

      Pleurnichage? Le problème est réel. On peine à trouver des enseignants pour combler les postes. En ce qui a trait à la suppléance, vous comprendrez que c'est criant! Les ingénieurs ont un ordre professionnel et ça ne règle pas tout. Des viaducs sont tombés et quelques-uns ont été pris la main dans le sac... Les chargés de cours devraient provenir d'où? Je n'arrive pas à suivre votre raisonnement. J'ai un fils enseignant qui exerce cette noble tâche en milieu défavorisé et fortement multiethnique. Je suis loin d'envier son travail. Par chance, il adore ce qu'il fait! Je perçois énormément d'agressivité et de frustration dans vos propos. Je serais curieux de connaître votre histoire.

    • Bernard Plante - Abonné 25 janvier 2018 09 h 31

      Merci M. Pelletier pour votre éclairant témoignage qui nous aide à mieux comprendre pourquoi les enseignants démissionnent.

    • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2018 11 h 25

      Madame Gallant, je suis un enseignant, et hautement scolarisé. Les CS font des balounes et de la manipulation de bas étage en affirmant qu'elles manquent de personnel enseignant.

      Il y a confusion des termes... pour mieux manipuler la population. C'est comme la confusion de la pénurie d'infirmières, de médecins, etc. qui est confondue avec l'accès aux soins...

      Je vous rappel, Madame, que quand il y a pénurie, il n'y a pas de personnes au statut précaire, sur appel, etc. (+ de 40% des enseignants sont de ces types de statuts, environ le même pourcentage pour les infirmières, plus de 60% pour les infirmières auxiaires, etc. Ben oui, je suppose que toutes ces personnes aiment cela être des factotum de service sur appel).

    • Yvon Robert - Abonné 25 janvier 2018 20 h 46

      Bravo M. Pelletier, la valorisation des enseignants passe par une réforme de leur formation, de fait une prise en main de leur profession via un ordre professionnel.

      De plus les conventions collectives sont mieux adaptés à faire fonctionner des lignes de montages que pour éduquer des enfants.

      L'ancienne CEQ a voulu en faire des travailleurs de l'éducation, ils ont réussi.

  • Michel Lebel - Abonné 25 janvier 2018 08 h 44

    Une grande valorisation requise


    Pour valoriser cette profession, il faut augmenter substantiellement les salaires et améliorer les conditions de travail, surtout pour les débutants. Il faut absolument en arriver à ce que le programme des sciences de l'éducation soit contingenté comme en droit, voire comme en médecine. Pourquoi ce ne serait pas le cas? Si on prend l'éducation vraiment au sérieux, il faudrait sélectionner les meilleurs candidats pour le poste d'enseignant. Et tout enseignant devrait subir une évaluation sérieuse, à intervalle régulier, durant sa carrière.


    M.L.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 25 janvier 2018 10 h 38

      Et quel sont ces salaires "trop petits" monsieur Lebel ?

    • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2018 11 h 00

      Le contingentement n'a aucune influence sur les qualifications des "futurs" diplômés. Un contingentement ne concerne que le nombre de personnes admises. Croyez-vos que les étudiants en droit - futur avocats - sont tous des "bolés"... Que non.

      Quand à l'admission sur la base unique des notes du collégiales, cela en est d'un ridicule consommé... Les diverses facultés de médecines acceptent uniquement les "bolés"... Ouais, plusieurs ont des notes sur bulletin de 120%... Il faut être bon en titi pour avoir plus que 100%...

      En fait, l'une des solutions serait d'exgiger pour l'acceptation en fac d'éducation, le complètement avec succès d'un programme de certificat en une autre discipline et faculté (exemple: administration, relations de travail, sociologie, psychologie, etc.). Ceci aurait l'avantage de: 1) casser l'inceste institutionnel; 2) un acroissement réel des connaissances; 3) retarder d'une année l'entrer sur le marché du travail; 4) pouvoir avoir un discours critique sur les cours en Sc. de l'éducation.

    • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2018 11 h 14

      Exact M. Arès. Les salaires sont loin d'être "petits", tout comme les conditions de travail ne sont pas de l'esclavagisme.

      Disons, qu'avec un salaire à l'entrée de plus de 40,000$ pour 785 heures/an (moins les journées pédagogiques), ce n'est pas la galère, loin de là. Il ne faut pas omettre que le salaire de débutant, c'est pour la l'entrée, toutes les années comporte une augmentation statutaire par échelon et une augmentation conventonnée... qui peut augmenter significativement avec l'ajout de scolarité (certificat, etc.)

      Au lieu de faire des pleurniches injustifiées sur le salaire... Un regard sur les conventions collectives et accords sectoriaux (les CS) laisse plutôt voir que les salaires sont très avantageux... De même que les différents avantages...

      Le hic, ce sont les périodes (de 1 à 5 ans) où l'enseignant est sur appel, à temps partiel, temporaire, etc. Un factotum de service - En bon canadien français: Bouche trou institutionnel.

    • Jean Gadbois - Abonné 25 janvier 2018 14 h 27

      M. Pelletier,
      11 fautes d'orthographe en 3 paragraphes; nous en faisons tous ...
      Mais vous vous présentez en nous faisant savoir que vous êtes "hautement scolarisé et enseignant". Tâchons ensemble de contribuer à la valorisation de la profession; alors le pleurnichage sera-t-il un peu plus justifié et les subalternes un peu moins la norme.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 25 janvier 2018 17 h 14

      Merci M. Pelletier, enfin un enseignant qui a les pieds sur terre...

      Le salaire de départ pour qui a la formation requise débute au cinquième échelon, qui est présentement de presque $48,000$.
      Le maximum, s'obtient après 12 années, incluant les années d'absence, et même les congés sans solde s'il y en a est de 79,000$ - 8$

      En avril 2019 ce maximum atteint 82,585$,

      Pour 2020, sous réserve que j'interprète bien, on annule l'échelon du bas. Donc tous ceux qui n'était pas a l'échelon maximum augmentent d'un échelon. Pour ensuite appliquer 4.25% de plus a cet échelon supérieur..

      Donc 4,25% d'augmentation pour l'année 2020, mais pas mal plus pour tous ceux qui n'étaient pas au maximum.
      Exemple: l'échelon 16 passera de 79,212$ à 86,811$, soit une augmentation 8.68%.
      Une vraie misère quoi...

      Référence jusqu'en avril 2019 ici, www.goo.gl/DgK2wq

      Pour 2020, référence a la page 366, d'une convention qui en contient 404 !
      www.goo.gl/A3uJ9q

      Extrait de cette convention,
      http://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/2015-2020-Co

    • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2018 17 h 27

      M. Gadbois: 1) j'écris avec un claver Azerty (vertuel) mon clavier Qwerty étant défectueux. 2) le fait d'utiliser le clavier vertuel ne me permet pas de grossir les caractères à l'écran (ils sont de 6 picas - donc très difficiles à lire).

    • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2018 17 h 43

      M. Arès, la progression dans l'échelle salariale peut être accéléré, de plus, avec des "points de scolarité".
      Et surtout SAVOIR que c'est pour 785 heures de travail sur 10 mois (moins une journée payée au trois semaines - journée pédagogique à la présence non oblogatoire; les journées maladies sans certificat médical, les multiples journées fériées-chômées-payées... et les fermetures "acte de Dieu" rémunérées...
      Il faut aussi ajouter le 6,000$ de primes d'éloignement pour ceux qui ne sont pas dans ou près des grands centres... Ce qui est une plaisanterie dans plusieurs cas de villes qui sont jugées "statut éloigné" : Sept-Îles en est l'exemple patent. On comprend pour Blanc Sablon, mais Sept-Îles franchement.

  • Jean Lapointe - Abonné 25 janvier 2018 08 h 46

    Les enseignants sont plus importants que les médecins.

    «Si l’éducation doit devenir une priorité nationale — à l’approche des élections, tous les partis rivalisent de promesses à ce sujet —, la valorisation de la profession d’enseignant s’impose. » (Robert Dutrisac)

    Il est là le problème. A mon avis les enseignants sont aussi sinon plus importants que les médecins. Pourquoi ? Parce que c'est la vie qui doit les intéresser pas les maladies.

    L'enseignement devrait être la profession la plus importante à exercer dans une socété parce que les enseignants doivent agir en fonction de l'avenir. L'éducation c'est un devoir, c'est une nécessité et enseigner ça ne peut pas être considéré comme une simple «job». Enseigner ça devrait être considéré comme une mission essentielle au sein de la société.

    Et la population devrait respecter au plus au point les enseignants en leur consentant les meilleures conditions de travail possible.

    Il serait essentiel que les enseignants sentent qu' ils ont un rôle excessivement important à jouer au sein d'une société. Enseigner ne peut être considéré comme un simple travail pour gagner sa vie. Il faudrait que ce soit pour plus que ça si on veut qu' ils fassent un meilleur travail

    Mais, pour que cela advienne, il faudrait que la société et les gouvernements en particulier le leur fassent sentir et leur donnent les moyens de bien faire leur travail, lequel est des plus exigeants.

    La formation des enseignants devrait être aussi ce que les universités devraient considérer comme étant ce qu'il y a de plus important à faire.

    On en est loin. On préfère les critiquer.

  • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2018 10 h 03

    M. Plante

    M. Plante, ce que je mentionne est l'une des causes de l'abandon des nouveaux enseignants - ceux qui entre après le bacalauréat.
    L'on peut aussi aussi mentionner: 1 - le fait qu'ils se sont bercés d'illusions: gros salaire au début, emploi à temps plein; 2 - immaturité d'une grande proportion des finissants au baccalauréat; doubler d'une autonomie douteuse; 3 - système qui existe et se reproduit en lui-même; 4 - il est complètement anormal que des "débutants" se ramassent - à temps partiel/sur appel/en remplacement - dans les classes les plus problématiques (ailleurs dans les pays occidentaux performants en éducation, se sont les seniors qui ont cette tâche, pas les "p'tits nouveaux".

    En fait, c'est le système au complet - du Ministère à la maternelle, en passant par les programmes de bacc - qui doit être séreusement remis en cause.

    Mais que non... Ici, c'est la structure qu'on regarde... Ici, c'est la convention collective et accords locaux qu'on regarde... Ici, c'est l'obsession de bien paraitre dans les palmarèses portant sur le taux de diplômation... Ici, c'est la faute aux enfants "perturbants" - même si les études indépendantes et non dirigées prouvent qu'il y a carrément exagération sur le nombre réel de cas. Etc.

    • Patrick Trottier - Abonné 25 janvier 2018 14 h 03

      Êtes-vous le Serge Pelletier directeur pédagogique chez Réseau Vision? J'espère bien que non...

  • Clermont Domingue - Abonné 25 janvier 2018 10 h 12

    Prestige social.

    Vous parlez peu des parents dans votre article, monsieur Dutrisac.

    Que pensez-vous du parent qui téléphone à l'enseignante de sa fille pour lui demander pourquoi elle a grondé son enfant? Avant le prestige,il y a la confiance et le respect.

    Il fut un temps où les enfants ne se plaignaient pas de leur enseignante en arrivant à la maison. Ces enfants savaient qu'à la punition de l'école s'ajouterait celle de la maison.

    Il y a quarante ans, les enfants-rois naissaient. Maintenant qu'ils sont devenus adultes, ils donnent la vie à des petits princes et petites princesses. On en retrouvent un,deux et même trois par famille. À la garderie,on veut en mettre six. À l'école, on voudrait en mettre deux douzaines par classe. Croyez-vous qu'il soit possible de tenir compte des particularités de chacun, de répondre à leurs besoins et caprices;et de les instruire en plus.

    Laissons le prestige aux coureurs de balles et de rondelles...