Une commémoration fraternelle et sereine

Après une semaine de réflexion, Philippe Couillard a écarté l’idée de faire de l’anniversaire de l’attentat à la grande mosquée de Québec une journée d’action contre l’islamophobie. Il s’agit d’une sage décision, qui permettra de tenir une commémoration fidèle à l’esprit de fraternité et de compassion qui avait animé les Québécois au lendemain de la tuerie.

Le 30 janvier 2017, plusieurs milliers de citoyens s’étaient réunis spontanément pour une vigile aux abords du Centre culturel islamique — la grande mosquée de Québec — où six musulmans avaient été tués la veille, à la prière, par Alexandre Bissonnette, qui avait aussi blessé 19 personnes. La population avait exprimé sa tristesse et sa compassion envers les victimes et leurs proches ainsi que, plus généralement, sa fraternité envers les Québécois de confession musulmane.

 

Au début du mois, le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), un organisme basé à Toronto, a exigé du gouvernement Trudeau qu’il fasse du 29 janvier une journée non seulement de commémoration, mais aussi d’action contre l’islamophobie.

 

À Québec, la proposition de cette journée contre l’islamophobie n’a pas fait l’unanimité. D’emblée, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec s’y sont opposés. Québec solidaire a cependant appuyé l’initiative. À Ottawa, elle a entraîné des divergences semblables. Seul le Parti vert a fait savoir, mercredi, qu’il la favorisait.

 

Lundi, Philippe Couillard a indiqué qu’il n’était pas question de « différencier une forme de racisme parmi une autre [sic] ». Le Québec souligne déjà la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, a-t-il dit. Son gouvernement a aussi désigné le 15 janvier à titre de Journée du vivre-ensemble, à la mémoire des Québécois qui ont perdu la vie lors des attentats terroristes de Jakarta et de Ouagadougou en 2015.

 

Pour plusieurs, le terme « islamophobie » est un mot-valise que les islamistes utilisent pour fustiger toute critique faite à l’encontre de l’islam et de ses courants extrémistes. Ces anti-islamistes, qui craignent l’instrumentalisation de l’attentat de Québec, n’ont pas tort, bien qu’ils aient tendance à exagérer l’importance actuelle et l’efficacité réelle de ces extrémistes au pays.

 

Signalons en outre que nous ne savons rien encore du véritable mobile du meurtrier. C’est lors du procès, qui doit s’amorcer en mars, que nous connaîtrons ses motifs.

 

La position du premier ministre est d’autant plus avisée que la commémoration de l’attentat de la mosquée ne mérite aucunement d’être entachée par une polémique politique. Après avoir défendu dans les pages du Devoir cette journée anti-islamophobe, l’iman Hassan Guillet en est venu à cette conclusion. Il vaut mieux abandonner cette idée plutôt que d’alimenter la zizanie et la chicane.

 

Paradoxalement, la dénonciation de l’islamophobie — ou des « sentiments antimusulmans », pour reprendre l’expression utilisée par le PQ — peut exacerber l’intolérance. Dès qu’ils abordent la question de l’islam, par exemple, les médias sont inondés de commentaires offensants, voire haineux, tellement qu’ils doivent fermer les sections commentaires de leurs plateformes numériques. On doit le reconnaître : les médias sociaux donnent malheureusement une voix amplifiée à des factions intolérantes. Il y a là un sérieux problème.

 

Il faut donc que cette journée du 29 janvier soit l’occasion, pour cette majorité ouverte et accueillante, de parler plus fort que ces énergumènes bornés et haineux afin de réitérer sereinement ses sentiments fraternels à l’endroit des Québécois de confession musulmane.

  • Jacques Lamarche - Abonné 18 janvier 2018 05 h 26

    Le bon sens demande du temps!

    Qu'il est facile, quand l'émotion est à fleur de peau, d'instrumentaliser un tragédie à des fins qui servent l'intérêt partisan! La poussière a besoin de retomber pour étouffer les braises d'intolérance, surtout celles qui couvent au coeur de nos gouvernements!.

  • Gilles Théberge - Abonné 18 janvier 2018 09 h 58

    WOW...!

    Vous écrivez : « ...parler plus fort que ces énergumènes bornés et haineux afin de réitérer sereinement ses sentiments fraternels à l’endroit des Québécois de confession musulmane. »...!

    C’est exactement ça. Culpabiliser tous les Québécois par association, en en affublant certains du qualificatif de « bornés et haineux ».

    Va donc après ça exprimer quelque réserve sur la commémoration, sur les musulmans, sur leurs pratiques...

    D'autant plus qu’on ne connaît pas les véritables motifs qui ont jutifiés ce carnage. Qu’en est-il au juste? Comment ça se fait que c’est le silence complet sur cette affaire, et sur Bissonnette.

    Qu’en est-il des soupçons de « drame sentimental » qui continuent de planer sur cette affaire, sans que rien, absolument rien n’ait filtré?

    Comment se fait-il que les frères musulmans soient soupçonnés de participer à cette offensive en faveur d’une journée contre « l’Islamophobie ».

    Ce contre quoi à peu de chose près, l’unanimité de la société est acquise. Ce petit frère caché de la fameuse enquête sur le même thème, auquel le gouvernement de Couillard a finalement renoncé?

    Quand on connaîtra le fin fond de l’histoire peut-être pourrons-nous en parler calmement.

    Est-ce que c’est ça que vous appelez des commentaires haineux et bornées...?

    Vous avez la peau sensible....!

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 18 janvier 2018 11 h 29

    Le Québec "Bashing"

    devrait-il etre inclus dans ces deux "Journées" ?

  • Pierre Desautels - Abonné 18 janvier 2018 12 h 59

    L'instrumentalisation.


    "Dès qu’ils abordent la question de l’islam, par exemple, les médias sont inondés de commentaires offensants, voire haineux, tellement qu’ils doivent fermer les sections commentaires de leurs plateformes numériques."

    Très juste. Cette journée de la commémoration de la tuerie de Québec servira malheureusement de prétexte pour ces islamophobes pour instrumentaliser cet événement et les médias sociaux seront inondés de messages antimusulmans. Ces gens ne sont qu'une minorité, mais ils nous font honte.

    Le comble, c'est qu'ils vont jouer à la victime et prétendre que tous les Québécois sont accusés d'islamophobie alors que cela n'a jamais été le cas. La mauvaise foi est leur marque de commerce.

    • Marc Therrien - Abonné 18 janvier 2018 18 h 36

      Parmi cette «majorité ouverte et accueillante», j’entends une minorité penser en silence : qu’est-ce qu’on serait bien s’il n’y avait pas de minorités. La vie serait beaucoup plus simple et harmonieuse.

      Il semble qu’on devra souffrir un bout de temps cet effet secondaire du bien qui fait que la protection des droits des minorités permet à celles qui nous font honte d’exister et de persévérer dans leur être.

      Marc Therrien

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 janvier 2018 14 h 37

    Félicitations !

    « La position du premier ministre est d’autant plus avisée que la commémoration de l’attentat de la mosquée ne mérite aucunement d’être entachée par une polémique politique. » (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    Effectivement !

    De cette position, « lucide », le premier ministre semble redécouvrir que toute cause peut être « politisée », mais la politique, en générale, ne cautionne aucune « cause » particulière comme telle, sauf celle appartenant, d’exemple, au monde de l’Histoire et de la Mémoire !

    Félicitations ! - 18 jan 2018 -