Macron en Chine: prendre ses désirs pour des réalités

Le président français, Emmanuel Macron, est rentré mercredi de sa première visite d’État en Chine. Une visite au cours de laquelle il aura été d’une déférence immodérée, s’agissant de faire l’impasse sur la réalité autoritaire de la Chine de Xi Jinping. Le tout au nom de la promotion d’un « partenariat stratégique » et « équilibré » entre la France et la deuxième puissance économique au monde. Fallait-il qu’il soit si conciliant ?

Emmanuel Macron a fait preuve depuis son arrivée à l’Élysée en mai dernier d’un affairement impressionnant sur la scène internationale. Organisation d’un grand sommet de suivi à l’Accord de Paris, tournée remarquée en Afrique de l’Ouest, fine médiation afin d’arracher Saad Hariri aux griffes de Riyad, qui retenait prisonnier, sans vouloir l’admettre, le premier ministre libanais. Sans oublier l’accueil étrange fait à Donald Trump à l’occasion des célébrations de la Fête nationale. Les Français apprécient cette animation : en décembre, un sondage indiquait que les trois quarts des répondants aimaient M. Macron pour la façon dont il représente la France à l’étranger — ils l’apprécient autrement moins pour les réformes socioéconomiques qu’il impose à la maison. Si la politique est plus que jamais affaire d’image et de vedettes, alors M. Macron est aujourd’hui l’un de ses acteurs dont le jeu est le plus juste.

 

Il ne se gêne pas pour dire qu’il veut d’une France « ambitieuse » à l’échelle internationale. À défaut de percées concrètes, son voyage en Chine aura été pour lui l’occasion de se surpasser à ce chapitre en intelligence grandiloquente. Il a cultivé dans les cinq discours qu’il a prononcés en trois jours une idée sublimée de la « Chine millénaire » et de l’avènement d’une nouvelle ère marquée au sceau du leadership franco-chinois. Est venu, a-t-il déclaré, « un temps où la France et la Chine peuvent se permettre de rêver ensemble ».

 

Soit, il n’est pas totalement irréaliste pour le président français de rêver, tant il a le champ libre en l’occurrence. Il y a évidemment l’isolationnisme décousu de M. Trump, dont l’incohérence se trouve à créer des occasions tant pour la France que pour la Chine. À l’échelle européenne, M. Macron a les coudées franches face à la Grande-Bretagne, tout occupée à son Brexit, ainsi qu’à l’Allemagne, où Angela Merkel peine à former un gouvernement et dont l’influence au-delà de l’Europe est de toute façon limitée. Il se trouve en effet en bonne posture pour prendre le leadership des relations européennes avec Pékin, s’agissant notamment du projet chinois des « nouvelles routes de la soie ».

 

Son volontarisme l’honore, mais il n’empêche qu’il s’expose à des désillusions lorsqu’il plaide pour une « coopération équilibrée ». Le climat commercial pour les entreprises étrangères installées en Chine s’est nettement dégradé depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi en 2012, écrivait cette semaine Libération, alors qu’en six ans les investissements chinois en Europe ont été multipliés par vingt-deux. La Chine est boulimique : elle ne reculera devant rien pour nourrir sa croissance.

 

Au-delà, les ambitions de M. Macron seraient plus méritoires si son silence sur la question des droits de la personne n’avait été si assourdissant. Or, l’État chinois devient de plus en plus répressif sous Xi Jinping. La dégradation des droits au Tibet et dans la région ouïgoure du Xinjiang « est à proprement parler horrible », affirme la sinologue Marie Holzman, citée par Le Monde. À ses détracteurs, M. Macron a répliqué qu’il n’était pas question de « donner des leçons » à la Chine : « Ça s’est beaucoup fait, sans aucun résultat. » Signe que la Chine est devenue si intimidante que même lui, battant entre tous, adopte en la matière une posture défaitiste.

4 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 12 janvier 2018 03 h 55

    Les affaires avant tout!

    Sur l'autel du commerce, les droits humains sont iciencore sacrifiés! Spectacle politique haut en couleurs mais combien désolant sur le plan des valeurs!

    Le président gagne en stature. Sur la scène internationale, il redonne à la France de l'envergure. Si un homme politique aujourd'hui est en mesure de faire entendre une voix qui porte, c'est bien lui! Or il se tait! Les affaires ont encore eu raison de tout!

    Cette démission, qui vient de la présidence de la République, a de quoi rendre toujours plus sceptique en matière de défense des droits humains!

  • Michel Lebel - Abonné 12 janvier 2018 06 h 36

    Macron n'est pas de Gaulle!


    Macron n'est pas de Gaulle, même s'il se donne assez souvent des airs du grand général. Mais ce dernier, malgré son verbe haut, ne pouvait avoir que la politique de ses moyens. Et la France est une puissance réelle, mais moyenne. Les Chinois savent bien cela et ils le font sentir à Macron. Pour eux, l'interlocuteur privilégié, ce sont les États-Unis.
    Quant à la position du président français sur le respect ou plutôt l'irrespect des droits de la personne en Chine, elle est pour le moins timorée pour un État qui se considère toujours comme la patrie des droits de l'homme.


    Michel Lebel

  • Pierre Fortin - Abonné 12 janvier 2018 11 h 08

    Macron espère prendre un train en marche


    Le président Macron avait-il le choix d'être déférent sans paraître quémandeur ? La France n'a plus l'indépendance que Charles de Gaulle lui a donnée, une indépendance que le Général a toujours considérée comme entravée par l’intégration atlantique, une situation incompatible avec l’autonomie de décision inhérente à une puissance nucléaire et à une diplomatie indépendante. Depuis qu'elle a rejoint le commandement intégré de l'OTAN sous Sarkozy, la France a renoncé en bonne partie à son indépendance que Macron tente de restaurer.

    En mettant len garde a Chine que les nouvelles route de la soie « ne peuvent être les routes d'une nouvelle hégémonie qui viendrait mettre en état de vassalité les pays qu'elles traversent », le président Macron réfère implicitement à l'hégémonie US à laquelle la France et l'Europe sont assujetties. Mais il a aussi affirmé l'intérêt de la France de participer à ce projet conçu comme une stratégie de développement pour promouvoir la coopération entre les pays participants. Bref, une véritable géopolitique multipolaire qui s'affirme progressivement.

    En souhaitant « un temps où la France et la Chine peuvent se permettre de rêver ensemble », Macron tente de prendre le train en marche des nouvelles associations eurasiatiques et globales entre la Chine, la Russie et les pays qui y adhèrent. L'Organisation de coopération de Shanghai, la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures et les autres institutions qui concurrencent la Banque mondiale et le FMI assurent pas à pas l'infrastructure essentielle au projet.

    À trop regarder le cirque US s'empêtrer dans ses contradictions et ses menaces, on risque de passer à coté des véritables initiatives de redressement des affaires du monde. Le projet de nouvelles routes de la soie pourrait bien être une planche de salut pour une planète en déshérence et Emmanuel Macron semble en être bien conscient.

    On verra la suite.

  • Claude Gélinas - Abonné 12 janvier 2018 17 h 53

    Le pays des Lumières ?

    Liberté, égalité fraternité de la France selon l'énoncé du philosophe Finelon. Partant delà, comment expliquer que le président Macron n'ait pas jugé opportun de son voyage en Chine pour interpeller le président Chinois sur le muselement de son peuple, son contrôle d'internet et ses emprisonnements abusifs.

    Est-ce à dire que désormais comme les affaires dirigent le monde les démocraties doivent se taire et ne plus s'indigner.