Mainmise d’Airbus sur la CSeries: l’aigle et la proie

Il ne faut pas se leurrer : la cession, à un coût nul, de 50,01 % du programme de la CSeries au géant européen Airbus est un cuisant échec pour Bombardier et le gouvernement Couillard. C’est le geste désespéré d’une société qui doit abandonner son rêve de jouer dans la cour des grands de l’aéronautique. Mais tout n’est pas perdu : les emplois ne sont pas menacés pour l’heure et Airbus peut trouver un intérêt à renforcer, à partir de Montréal, sa présence en Amérique du Nord.

Il y a deux ans, l’injection par Investissement Québec de 1,3 milliard dans le programme de la CSeries de Bombardier devait assurer la pérennité au Québec des activités liées au nouvel avion « pour une période d’au moins 20 ans », avançait le gouvernement Couillard avec un optimisme qui apparaît aujourd’hui tout à fait irréaliste.

Deux ans plus tard, rien ne va plus. Les dernières commandes de la CSeries reçues par Bombardier remontent au printemps 2016 et la commande de Delta Airlines est compromise en raison des droits compensateurs imposés à l’avion par les Américains à la suite d’une plainte de Boeing. Qu’elle soit justifiée ou non ne change rien à l’affaire : les procédures dureront des années.

Bombardier devient partenaire minoritaire, avec une part de 31 %, et Investissement Québec voit sa participation réduite à 19 %. Si les ventes de la CSeries vont bien — on compte accaparer la moitié du marché de 6000 avions de cette catégorie en 20 ans —, il y a fort à parier qu’Airbus rachètera ces participations. En vertu de l’entente, la société peut forcer leur vente à compter de 2023 au prix courant.

Adieu veau, vache, cochon, couvée. Mais pour ce qui est des emplois, l’entente prévoit le maintien de quelque 2000 postes à l’usine d’assemblage et au siège social de Mirabel au moins jusqu’en 2041, selon Bombardier. Airbus construira toutefois une chaîne de montage plus petite à ses installations de Mobile, en Alabama, afin d’approvisionner le marché américain. On évite ainsi les droits compensateurs colossaux : un pied de nez à Boeing.

Avec cette entente, Airbus est certes le grand gagnant. La société acquiert pour rien la moitié de la valeur d’un nouvel avion performant dont la conception est achevée. Mais Bombardier était dans un cul-de-sac. Et plus les doutes sur la viabilité à long terme du programme de la CSeries s’affermissaient, moins les acheteurs se présentaient. Les carottes étaient cuites.

« C’était Boeing, Airbus ou les Chinois », a signalé Philippe Couillard à l’Assemblée nationale. La CSeries ne pouvait survivre sans un partenaire stratégique. Avec Airbus, la CSeries obtient l’accès au marché et la pérennité du programme ne sera plus remise en doute. Même si sa participation est réduite, le gouvernement peut espérer récupérer sa mise. Sans débouché, il perdait tout, de toute façon.

L’entente présente un autre avantage, plus général, celui-là. Le Québec, dont l’économie est beaucoup trop dépendante des États-Unis, a tout intérêt à diversifier ses marchés d’exportation. C’est dans cette optique qu’il s’est fait le promoteur de l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Europe. Cette diversification est d’autant plus souhaitable que les États-Unis, avec la montée d’un protectionnisme irrationnel encouragé par Donald Trump, sont un partenaire de moins en moins fiable. L’entente avec Airbus pourrait permettre au Québec et à l’Europe de tisser des liens étroits en matière d’aéronautique dans la foulée de cet accord de libre-échange.

13 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 octobre 2017 01 h 42

    vive les résistants

    dans la vie n'est-ce pas toujours ainsi, peut être que la vie appartient surtout aux résistants

  • Nadia Alexan - Abonnée 18 octobre 2017 01 h 59

    Le gouvernement Couillard a très mal négocié cette entente!

    Ce sont les contribuables qui ont perdu aujourd'hui, non seulement les 1.3 milliard de dollars qu'ils ont versés en subventions, mais aussi les sommes exorbitants qu'ils ont investis pour soutenir l'entreprise Bombardier à travers les années.
    Après tous ces investissements dans Bombardier, l'argent des contribuables québécois va aller contribuer à la création d'emploi en Alabama! Et à la longue, l'entreprise Airbus pourrait accaparer Bombardier si la vente de CSeries va bien.
    Le gouvernement Couillard a très mal négocié cette entente. Aujourd'hui, les Québécois sont en deuil.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 18 octobre 2017 10 h 44

      Vous dites n'importe quoi. Et mentir sciemment en fabricant de fausses images pour arriver a ses buts cela s'appel une fraude intellectuelle.

      Le 1.3 milliards du gouvernement n'est pas une subvention mais une participation a l'entreprise.

      Une subvention c'est ce que le gouvernement fait avec le secteur vidéo, il ne reverra jamais la couleur de l'argent qu'il y engouffre.

      Une subvention c'est un ''don'', alors qu'une participation rend le gouvernement propriétaire d'une part de l'entreprise, et il récupère son argent si le projet survie. Et peu même faire des gains.

      Dans le cas présent on se retrouve avec le meilleur dénouement en regard des possibiltés de la réalité des choses. Et c'est la direction de l'entreprise qui a piloter ce dénouement, pas le gouvernement dont le rôle s'est restreint a appuyer l'entreprise.

    • Nadia Alexan - Abonnée 18 octobre 2017 11 h 10

      À monsieur Jean-Yves Ares: Vous dites «Le 1,3 milliard du gouvernement n'est pas une subvention, mais une participation a l'entreprise.» Que ce soit «une subvention» ou «une participation» le résultat est le même. Les contribuables ont perdu tous les sommes faramineux qu'ils ont investis dans cette entreprise à travers les années!

    • Claude Bariteau - Abonné 18 octobre 2017 13 h 09

      M. Arès, le PLQ a investi 1,3 milliards dans la firme CSéries en sachant que cet investissement était à haut risque s'il n'y avait pas un autre investisseur de taille.

      À ce moment, le Canada était ciblé. Il n'a pas répondu aux attentes des dirigeants de Bombardier, sauf pour un investissement symbolique.

      Après les carottes, qui cuiaient, furent en surchauffe avec les droits exigés par le gouvernement américain. Bombardier risquait alors de disparaître avec la CSéries.

      Il fallait retirer cette entreprise du feu. Airbus vient de le faire sans rien débourser em en obtenant le contrôle de CSéries après s'être assuré qu'elle devra lui débourser 700 000 000$ s'il y a mévente.

      Sans le 1,3 milliards du Québec, le dédommagement eut pu être 2 milliards, ce qui était connu du gouvernement Couillard, comme l'était aussi qu'Airbus ne se porterait pas acquéreuse de CSéries si ce modèle d'avion n'obtenait pas la certification nécessaire.

      Ce 1,3 milliards a permis à CSéries de finaliser les tests de certification et les actionnaires, Airbus n'en est pas un, de n'avoir qu'à débourser 700 000 000 millions en cas d'échec.

      Pour Airbus, l'aventure était à coût quasi nul avec un investissement aux États-Unis et des salaires moins élevés pour les employés québécois par rapport à ses employés européens. D'où le maintien par Aurbus du siège social de CSÉries au Québec.

      C'est de ça dont on ne parle pas. Airbus tire profit du génie québécois, le sauve même selon le PM Couillard, comme l'ont fait d'autres multinationales avec le Cirque du Soleil, RONA, Saint-Hubert BBQ.

      Autre point. Cette association avec Airbus ne change pas l'articulation du Québec à l'économie américaine. Elle assure seulement à Airbus de percer le marché américain et aux avions CSéries de mieux se positionner sur le marché mondial.

      De tout ça, un constat ressort. Bombardiern'a pas su faire de CSéries une affaire québécoise, car, pour ses dirigeants, c'était leur affaire.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 octobre 2017 17 h 01

      Mme Alexan, les pertes du gouvernement du Québec sont sur papier plus grandes que les gains qu'il aurait pu faire avec des actions de Bombardier car ces actions sont passées de 1,91$ à 2,73$.

      Quant aux risques d'Airbua, ils sont reliés aux contraines des droits américains exigés aux entreprises étrangères en sol américain mais inférieurs aux droits exigés à CSéries, ce que Bombardier aurait pu faire en investissant aux États-Unis pour y monter cet avion.

      Faut croire qu'elle n'en avait pas les moyens. Par contre, elle aurait pu les avoir si cette entreprise familiale qui contrôle des blocs d'actions décisionnelles avait accepté que les gouvernements du Québec et la Caisse de dépôt et de placement, voire le gouvernement du Canada, aient accès à ces actions à la hauteur des montants investis à risque.

      Le Canada s'est retiré, la Caisse et le gouvernement du Québec, non. Après l'ajout de 1,3 milliards, Bonbardier a dû investir plus de 500 millions pour les liquidités de la firme CSéries, ce qui laisse entendre que ce 1,3 milliards n'a couvrt que des pertes accumulées.

      Après l'entente avec Airbus, le montant du Québec, équivalent à 49 % au moment fut évalué à 38 % en 2016, ne vaut maintenant que 19 %, celui de Bombardier est passé de 61 % à 30,9 % et Airbus détient la balance sans rien investir.

      Par ailleurs, Bombardier devra investir 700 000 000 $ d'ici 2023 pour renflouer la liquidité s'il y a mévente.

      Bombardier demeure l'actionnaire principal de Bombardier et, pour CSéries, il perd le contrôle et devra assumer des frais de liquidités si nécessaire.

      Quant au gouvernement du Québec, il ne peut qu'espérer que CSéries prenne une part importante du marché de 6 000 avions de ce type pour voir des revenus sur son investissement.

      Quant aux pertes découlant des subventions à Bombardier, vous avez raison. Elles sont réelles et montrent que les appuis par subventions à des projets doivent être associés à des actions. C'est ce que vient de faire Airbus

  • Sylvain Bolduc - Abonné 18 octobre 2017 06 h 45

    Amateurisme

    Les droits compensateurs imposés à l’avion par les Américains à la suite d’une plainte de Boeing sont directement liés à l'amateurisme du placement de 1 milliard US du gouvernement.

    Tout ce fiasco est directement lié au PLQ.

  • Serge Beauchemin - Abonné 18 octobre 2017 07 h 14

    Verre à moitié plein...

    La cession à Airbus est peut-être un échec de ne pas pouvoir vendre la CSeries aux Américains, à cause de leur protectionnisme effréné, mais c’est avant tout une victoire de la technologie québécoise, qui de ce fait entre dans la cour des grands.

  • Michel Lebel - Abonné 18 octobre 2017 07 h 53

    Mieux vaut cela!


    Tout compte fait, mieux vaut cette transaction avec Airbus que de rien faire ou de laisser aller les choses. La faillite était alors garantie. Le petit s'est fait manger par le gros: un classique, mais la CSeries est toujours là et pour plusieurs années. À Airbus de maintenant vendre ces oiseaux volants! Elle connaît, je crois, tous les trucs de la vente.

    M.L.