Uber peut aller se faire voir ailleurs

Le naturel est revenu au galop. Uber a repris son ton agressif en brandissant, mardi, la menace de quitter le Québec après que le gouvernement québécois eut exigé de la multinationale de transport de personnes qu’elle demande à ses chauffeurs de suivre une formation de 35 heures, comme le font tous les chauffeurs de taxi. Prenons Uber au mot : qu’elle parte.

Bon débarras ! s’exclameront certains. Uber est un « citoyen corporatif » détestable qui, fort d’une avancée technologique et sous le couvert de l’économie de partage, exploite une main-d’oeuvre précaire à bon marché, du « cheap labor », disait-on à une certaine époque.

 

Mais c’est aussi un service novateur qui a stimulé la concurrence dans une industrie sclérosée dont bien des usagers se plaignaient. Uber a proposé un modèle qui a comblé des consommateurs. Armés de leur cellulaire qui ne les quittent jamais, ils parviennent à obtenir un meilleur service, souvent à meilleur coût. Sous la pression de ce concurrent, l’industrie du taxi s’est remise en question et s’est en partie modernisée en se dotant, notamment, de plateformes technologiques semblables à celle d’Uber.

 

En annonçant le renouvellement pour une autre année du projet pilote, le ministre des Transports, Laurent Lessard, a imposé à Uber des conditions qu’on peut qualifier de minimales et qui ne règlent en rien les problèmes causés par l’arrivée d’Uber au Québec.

 

Après la première année du projet pilote, Uber accapare 20 % du marché — 30 % aux heures de pointe les plus lucratives, selon des représentants de l’industrie du taxi. On estime qu’Uber a encaissé des revenus annuels de plus de 100 millions de dollars au Québec.

 

L’essor d’Uber a eu des conséquences. À Montréal, par exemple, la valeur des permis de taxi a chuté de moitié pour s’établir à quelque 80 000 $ pièce. On rapporte que les chauffeurs de taxi doivent faire davantage d’heures pour récolter le même revenu.

 

À l’Assemblée nationale, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a pris le parti d’Uber en accusant le gouvernement d’imposer des conditions « incompatibles avec [le] modèle d’affaires » de la multinationale. Quelle inanité. Depuis quand l’État doit-il servilement se plier à un modèle d’affaires d’un seul acteur quand il est question d’assurer le bon fonctionnement de l’ensemble d’une industrie ? Au début du siècle dernier, le gouvernement américain, avec sa loi antitrust, a aussi nui au modèle d’affaires de la Standard Oil, qui reposait sur la constitution d’un indécent monopole.

 

Pressé par l’aile jeunesse du Parti libéral, le gouvernement Couillard a permis à Uber de s’implanter grâce à un projet pilote d’une durée d’un an — pas vraiment un projet pilote, puisqu’il s’applique à la presque totalité du marché. Si Uber demeure au Québec, le gouvernement devra décider s’il maintient un système de gestion de l’offre, donc un système de permis, en y intégrant Uber ou s’il s’en remet aux seules forces du marché, dont on peut prévoir qu’elles s’exerceraient au détriment des chauffeurs.

 

Si les jeunes hipsters sans conscience sociale sont trop heureux de recourir à Uber en se foutant éperdument du sort des chauffeurs aux conditions précaires, le gouvernement Couillard, de son côté, doit réaliser qu’il a un sérieux problème social à régler, une situation injuste qui affecte des gagne-petit qui sont souvent des immigrants de première génération et qui entraînera, s’il ne fait rien, son lot de faillites et de drames.

 

Le Québec peut évidemment se passer d’Uber. Il ne s’agit pas d’un service essentiel. De fait, le gouvernement Couillard devrait une fière chandelle à la multinationale si elle mettait sa menace à exécution et prenait ses cliques et ses claques.

20 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 28 septembre 2017 02 h 17

    la liberté ne peut aller a l'encontre de l'équité sans se trahir

    la liberté ne peut aller a l'encontre de l'équité sans se trahir

  • Denis Paquette - Abonné 28 septembre 2017 02 h 17

    la liberté ne peut aller a l'encontre de l'équité sans se trahir

    la liberté ne peut aller a l'encontre de l'équité sans se trahir

  • Marie Nobert - Abonnée 28 septembre 2017 03 h 07

    Uber peut aller se faire voir ailleurs. (titre de l'édito) (!)

    Quand je lis le pénultième, je ... Désolé! Je pense que je vais aller voir ailleurs «itou».

    JHS Baril

  • Serge Pelletier - Abonné 28 septembre 2017 05 h 30

    M. Dutrisac, s'il-vous-plait, un peu de sérieux dans vos affirmations

    Vous mentionnez qu' "À Montréal, par exemple, la valeur des permis de taxi a chuté de moitié pour s’établir à quelque 80 000 $ pièce. On rapporte que les chauffeurs de taxi doivent faire davantage d’heures pour récolter le même revenu".

    Or, depuis l'implantation d'UBER plusieurs associations de chauffeurs de taxis, dont le Regroupement sous les Métallos, font état que les permis de taxis se transigent aux 2/3 du prix d'achat qui atteignait, semble-t-il, les 250,000$ (pour la région de Montréal).

    Quant à la croissance du nombre d'heures de conduite pour arriver à un revenu similaire, il est loin d'être certain que ce soit l'arrivée d'UBER qui en soit la réelle cause, et encore moins l'unique cause. À titre d'exemple, la STM mentionne une importante augmentation du nombre de passagers qui sont transportés, d'une part, et d'autre part, les coûts du transport en "taxi régulier" sont rendus prohibitifs (uniquement a regardé le tarif de départ on s'en rend compte), sans parler de la très mauvaise qualité des services de plusieurs de ceux-ci.

    De plus, si Téo Taxi paie un salaire de 15$ de l'heure à ses chauffeurs salariés, cela signifie que la firme doit débourser environ le double de l'heure pour couvrir salaire et frais sur la masse salariale. Or, il semble, selon son actionnaire principal, que Téo Taxi et son achalandage soit en croissance...

    Or, qu'elle est la marque de commerce de ce "Téo Taxi". Facile, facile: marque d'automobile standardisée, couleur standardisée pour les véhicules, propreté exemplaire des véhicules, chauffeurs avec un code vestimentaire standardisé, chauffeurs courtois et "stylisés", etc.

    Pendant ce temps, la mise aux normes des taxis dits "réguliers" n'en finit plus d'arguties de tous genres et types... "on veut avoir le char qu'on veut , on ne veut pas de code vestimentaire", on ne veut pas... on ne veut pas... Sans parler du manque flagrant de courtoisie de certains chauffeurs, de pratiquement "un poubelle intérieure" pour certain

    • Gilles Théberge - Abonné 28 septembre 2017 09 h 56

      Les chauffeurs de taxi traditionnels, se tirent eux même dans le pied.

      Il faut dire que la plupart proviennent de pays où l'organisation n'est pas la caractéristique principale.

      Ils auraient besoin d'une révolution culturelle!

    • Serge Pelletier - Abonné 28 septembre 2017 13 h 55

      Il en manquait un bout:
      Pendant ce temps, la mise aux normes des taxis dits "réguliers" n'en finit plus
      d'arguties de tous genres et types... "on veut avoir le char qu'on veut , on ne veut pas de code vestimentaire", on ne veut pas... on ne veut pas... Sans parler du manque flagrant de courtoisie de certains chauffeurs, de pratiquement "une poubelle intérieure" pour certains véhicules, de discothèques mobiles diffusant des musiques à tue tête des pays d'origine, de conversations sur cellulaire des chauffeurs en n'en plus finir avec on ne sait trop qui, d'allongements indus de la course qui sont effectués par certains, etc.

      Que la multinationale UBER parte, me laisse complètement indifférent. Mais, UBER ou pas UBER, qu'attendent les différents paliers de gouvernements qui sont impliqués dans les "affaires" de taxi dit « régulier» pour mettre un pied à terre et disent "ça suffit vous autres". Ce n’est certainement pas en maintenant un quasi-monopole (le pocket) loin de toute concurrence et contrainte que ce type d’industrie va évoluer.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 28 septembre 2017 06 h 53

    Bien d'accord avec votre éditorial

    Et je pense que plusieurs Québécois abondent également dans le même sens, à part un certain nombre de jeunes hipsters sans conscience sociale et autres individus dans le même style. Nous verrons éventuellement à qui le PM Couillard voudra faire plaisir. En attendant, Uber pourrait bien aller se faire voir ailleurs, quoique plusieurs "ailleurs" ne veulent plus le voir.