De l’utilité d’une opposition forte à Montréal

Le lancement de la campagne électorale marque l’occasion de réfléchir aux défis qui attendent les principales villes du Québec. Aujourd’hui : Montréal.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, cherche une majorité absolue au conseil municipal, et c’est précisément le problème. La démocratie montréalaise est à son summum lorsque les décisions prises par les élus résultent de débats et de compromis visant à assurer la primauté des intérêts citoyens sur ceux des partisans.

 

Denis Coderre donnait le meilleur de lui-même, dans la première partie de son mandat, lorsqu’il était minoritaire au conseil. Il a dû se montrer sous ses plus beaux atours : ceux du politicien rassembleur, en « mode solution », et désireux de rendre sa fierté à Montréal. Il a réussi à rallier des pointures importantes, dont l’ancien chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, et deux anciens piliers de Vision Montréal, Réal Ménard et Chantal Rouleau. Et la tendance se maintient. Cet été, Denis Coderre a consolidé ses appuis en attirant notamment Elsie Lefebvre et Lorraine Pagé.

 

Si Denis Coderre tient autant à sa majorité absolue, c’est pour imposer son programme sans la moindre contestation. À deux tiers des voix au conseil, il pourrait mener à terme sa réforme du partage des pouvoirs entre les arrondissements et la ville-centre. La réforme vise à mettre les arrondissements que le maire ne contrôle pas à sa botte. Les arrondissements de Rosemont–La Petite-Patrie et du Plateau-Mont-Royal (deux bastions de Projet Montréal), pour ne nommer que ceux-là, seraient alors forcés de renoncer à leur façon singulière de dispenser les services publics, en privilégiant d’abord et avant tout les besoins de la population locale.

 

Depuis l’épisode pénible des fusions et des défusions, les arrondissements montréalais sont perçus comme de petits royaumes. S’il est vrai que cette structure a entraîné des dédoublements de coûts, elle a cependant permis l’essor du principe de la décentralisation. La vie de quartier s’en est trouvée améliorée. Ce n’est pas un hasard si centralisation rime avec bureaucratisation. Au terme du règne de Jean Drapeau, Montréal était devenue une technocratie coupée de ses citoyens. Il faut reconnaître à Jean Doré et au Rassemblement des citoyens de Montréal le mérite d’avoir doté la métropole d’institutions axées sur la démocratie participative qui sont aux antipodes de la philosophie politique de l’actuel « omnimaire ».

 

Denis Coderre est l’homme des grands projets, pour ne pas dire l’homme des promoteurs. Dans le dossier du réaménagement du parc Jean-Drapeau, il a fait passer les intérêts d’Evenko avant ceux des citoyens attachés à ce paradis perdu de verdure. C’est dans le dossier du grand prix de Formule E qu’il a manifesté les signes les plus inquiétants de son penchant autocratique. Les citoyens et les commerçants de Ville-Marie ont été pris en otage par une course dont ils ne voulaient pas, sans avoir l’impression que leurs doléances ont été entendues. Pire, le montant de la facture qui devra être assumée par les Montréalais pour la tenue de l’événement est encore inconnu. Par un drôle de hasard, le promoteur de la course, Montréal c’est électrique, ne dévoilera aucun chiffre avant les élections du 5 novembre. Il y a une expression pour qualifier un tel procédé : prendre les citoyens pour de parfaits imbéciles.

 

Il est beaucoup trop tôt dans la course pour octroyer un appui à Denis Coderre ou l’en priver. La chef de Projet Montréal, Valérie Plante, est une femme pugnace, vive et intelligente. Elle donnera du fil à retordre au maire, qui le sait trop bien.

 

La principale faiblesse de Mme Plante reste son manque de notoriété. Elle affronte un adversaire pour qui la politique est un concours de popularité permanent. La pente sera abrupte.

 

D’entrée de jeu, M. Coderre a accusé Mme Plante de mener une campagne négative, comme si son irrépressible besoin d’amour populaire l’exemptait de toute critique. Ce n’est ni du dogmatisme ni de l’autoflagellation que de mettre en relief les échecs de son administration. Gestion chaotique des chantiers majeurs, intérêt limité et tardif pour les transports collectifs et la mobilité durable, proximité malsaine entre le cabinet du maire et la haute direction du SPVM et difficultés à contrôler la bête budgétaire font partie de la liste des insuccès du maire, ce qui n’enlève rien à ses qualités.

 

Sa proximité avec les citoyens, sa vigilance en matière de lutte contre la corruption et la collusion et sa disponibilité sans limites ont grandement contribué à faire oublier le marasme des années Tremblay-Zampino. Par contre, son penchant pour la centralisation et la gestion de style autocratique inspirent de grandes réserves. S’il est réélu, il aura besoin d’une opposition forte, pour mettre en boîte ses instincts les moins nobles, et ce, dans l’intérêt des Montréalais.

 

13 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 25 septembre 2017 07 h 47

    Les maires "dictateurs" ne devraient plus avoir la cote !

    Le citoyen devrait être la priorité essentielle de tout maire respectueux, compétent et
    visionnaire. Ce n'est pourtant pas ce que l'on voit aujourd'hui. Les promoteurs sont très habiles à leur faire voir des intérêts, soi-disant bénéfiques pour une ville alors qu'en réalité les projets sont plutôt payants pour les promoteurs eux-mêmes! Le citoyen est la plupart du temps complètement oublié dans leur délire de grandeur. Montréal aurait besoin d'un maire qui a une vision élargie, rassembleuse, intelligente et respectueuse de ses citoyens. Les projets proposés devraient être en harmonie avec la vision de ce que les citoyens veulent voir se réaliser pour leur ville. Ce ne semble pas le cas présentement. Quand le maire a une écoute plus attentive à des promoteurs plutôt qu'aux citoyens, ce n'est pas gagnant pour une ville! Réfléchissons avant de voter pour un maire! Est-il celui qui peut amener la ville à évoluer positivement? Répond-il vraiment à mes attentes comme citoyen ou citoyenne? Et le plus important, prenons le temps d'aller voter!

  • Michèle Lévesque - Abonnée 25 septembre 2017 08 h 20

    Systémique

    Cet article fait état d'enjeux de fond, comme les limites de la centralisation (le paragraphe d'intro est un bijou) et la prise d'otages citoyens. Je pense ici au dossier "Le silence est-il un luxe ?" de L'Actualité, 8 août 2017, avec l'exemple du festival Osheaga. Comment ne pas déplorer cette obsession des quantité$ au détriment de la qualité et de l'équilibre, et qui, à terme, fait que les villes et le monde sont de plus en plus régis par la loi de la jungle où qui parle et tasse le plus fort ramasse la proie et contrôle le pack?

    La gestion publique se radicalise. On le voit au Fédéral, dans les dossiers des frontières et du cannabis - avec ces délais imposés sans logique pendant que le Fédéral ne fait pas ses devoirs préalables d'approbation des appareils de contrôle pour la sécurité routière. Le dossier provincial est encore pire - et je manque de place pour l'énumération - car les voix toujours aussi mielleuses cachent bien mal l'anti-démocratisme qui se répand par le secret et des bâillons de moins en moins subtils. C'est l'ère néolibérale, "qui ne se cache même plus" comme disait un de mes anciens profs déjà en 1997, et dont le maire Coderre est un allié et un promoteur exemplaire. La ruse remplace l'intelligence profonde et le velours du gant sur la main de fer s'use quand, aux trois paliers, on ne se force même plus pour sauver les apparences, mais sans pour autant cultiver l'humilité essentielle pour promouvoir des valeurs de gestion saine et efficace - et des valeurs tout court. La phrase, superbe, sur la liste des insuccès du maire qui n’enlève pourtant rien à ses qualités rappelle F. Blais et sa correction honnête du processus de distribution des chèques aux demandeurs d'asile - une transparence qui fut pourtant critiquée pour avoir terni l'image de marque de la fausse efficacité p.l.quiste.

    Il y a quelque chose d'assez tordu dans cette culture de l'image qui en même temps fait de plus en plus fi de l'opinion. Et c'est systémique.

  • Claude Gélinas - Abonné 25 septembre 2017 08 h 35

    Ces politiciens avec trop de pouvoirs !

    Ces politiciens narcissiques à l'ego démesuré avec de la graine de dictateur rêvant de mettre la Police à leur botte oublient trop souvent de mettre les citoyens au coeur de leurs préoccupations.

    À l'instar du maire Jean Drapeau, ils n'en ont que pour les grands projets avec comme conséquence que les contribuables sont surtaxés.

    Friand d'égos portraits le maire de Montréal ne manque aucune occassion de revêtir le costume de l'artiste.

    Quant au maire de Montréal, s'il en avait la possibilité il ferait de Montréal une province canadienne détachée du Québec, un sanctuaire pour les réfugiés illégaux avec à la clé le multiculturalisme à la Trudeau.

    Curieusement il est rarement question de réduire le nombre de conseillers de la ville de Montréal, une réflexion qui pourtant s'avère une évidence.

  • Pierre Robineault - Abonné 25 septembre 2017 09 h 04

    Asi es!

    Il en est ainsi, les citoyens de Montréal ont le maire qu'ils méritent ... et qui m'irrite!
    Ainsi en est-il également au provincial autant qu'au fédéral ... depuis toujours. Ce Coderre n'est que la réincarnation du défunt Patof, et ce n'est pas drôle du tout. Que les Montréalais se réveillent avant que cette ville ne dépérisse encore plus.

  • Pierre Samuel - Abonné 25 septembre 2017 11 h 54

    Vive la vaillante Valérie !

    A la base, il est parfaitement anormal que Montréal nécessite plus d'élus (103) que dans les villes d'Ottawa (24), Toronto (45) et Vancouver (11) réunies ! Même New-York n'en possède que 51. Sans compter près de 30 000 employés et d'une quinzaine de syndicats et associations professionnelles pour une municipalité de 2 millions d'habitants engorgée autant dans sa bureaucratie que dans ses travaux d'infrastructures interminables...

    Et ce n'est certes pas Denis Coderre et ses "p'tits amis" des niveaux supérieurs de gouvernement qui ont intérêt à ce qu'il en soit autrement...

    La vaillante Valérie Plante mérite beaucoup d'appuis et d'estime pour avoir eu le courage d'affronter ce politicard de carrière à l'ego démesuré et prêt à tous les stratagèmes en plus d'être pourvu d'une ruse incommensurable pour arriver à ses fins.

    A défaut de pouvoir s'emparer de la mairie, il est absolument primordial qu'une opposition forte et structurée puisse contrer celui qui se considère comme étant l'héritier putatif de Jean Drapeau !

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 septembre 2017 14 h 54

      Vous me faites rire! La ville de Saint-Lambert compte neuf élus, alors qu'elle a moins d'habitants que le district de Côte-des-Neiges ou j'habitais jusqu'à récemment! Allez-vous vous plaindre du nombre d'élus à Baie-d'Urfé? À Ristigouche-Sud-Est (sept élus pour 171 personnes)?

    • Pierre Samuel - Abonné 25 septembre 2017 16 h 44

      Si vous trouvez que c'est comparable à la pléthore de pousse-crayons d'une métropole surexploitée au profit des "p'tits copains", libre à vous de vous bidonner...