Pour un Canada plurinational

Philippe Couillard avait rêvé d’un accord constitutionnel menant à la signature de la Constitution canadienne par le Québec pour le 150e anniversaire de la fédération. Il a dû se contenter du dévoilement d’une politique d’affirmation nationale que n’auraient pas reniée ses prédécesseurs Jean Lesage, Claude Ryan ou Robert Bourassa.

Il faut saluer l’initiative de Philippe Couillard, qui en rendant publique la « Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes » de son gouvernement sort les fédéralistes québécois du simple attentisme, de cette politique du « fruit qui n’est pas mûr » dont Jean Charest s’était fait l’artisan.

 

« Nous sommes Québécois avant tout, et c’est notre façon d’être Canadiens », a déclaré Philippe Couillard. On dit de lui qu’il est le plus fédéraliste des premiers ministres de l’histoire contemporaine du Québec. Il est certes celui qui manifeste l’affection la plus forte à l’endroit du Canada. On est loin d’un Robert Bourassa qui ne voyait dans la fédération canadienne que les avantages économiques. « L’allégeance québécoise » s’additionne à « l’appartenance canadienne », a fait valoir Philippe Couillard.

 

La nation québécoise n’est pas définie comme une nation ethnique au sens de la motion, votée à la Chambre des communes sous le gouvernement Harper, où il est question des « Québécois », en français dans le texte anglais. La nation québécoise est politique, libre de ses choix, composée d’une majorité de francophones, mais également d’une communauté de langue anglaise, qui reconnaît onze nations autochtones, une nation pluraliste « forte d’une grande diversité culturelle » qui s’intègre à la trame historique commune, à un « tronc commun » dans le cadre de l’interculturalisme.

 

La fédération canadienne est un « modèle plurinational », un « pacte » entre deux peuples fondateurs qui aurait dû inclure à l’origine les Premières Nations, a soutenu Philippe Couillard. Ce pacte fondateur a été rompu en 1982.

 

Certains ne verront rien de neuf dans cette politique d’affirmation nationale. Or c’est justement là son mérite, celui d’être orthodoxe, de correspondre aux principes qui ont été élaborés par les tenants du fédéralisme renouvelé, mais qui servent aussi de fondement aux aspirations souverainistes.

 

Quant aux revendications concrètes, Philippe Couillard s’en tient aux cinq conditions de l’accord du lac Meech, soit la reconnaissance de la nation québécoise (on parlait pudiquement de société distincte à l’époque), la participation à la nomination des trois juges québécois à la Cour suprême, un droit de veto sur les modifications constitutionnelles, un statut constitutionnel pour l’entente sur l’immigration et l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser. Ici, le premier ministre aurait pu faire preuve d’un peu plus d’inventivité. Ces cinq conditions étaient perçues comme un minimum par le gouvernement Bourassa et devaient d’ailleurs évoluer. Nous nous étonnons que le champ de la culture et des communications, par exemple, ne fasse pas partie des revendications, alors que le gouvernement Charest avait réclamé l’exclusivité de cette compétence.

 

Les négociations constitutionnelles ne sont que l’aboutissement de la démarche du gouvernement Couillard. D’ici là, le ministre Jean-Marc Fournier entamera un « dialogue » au Canada non seulement avec les responsables politiques, mais avec la société civile et les peuples autochtones. Il défendra cette idée d’un Canada plurinational.

 

« Dans le reste du Canada, il est fréquent de penser que le pays ne peut être formé que d’une seule nation », une « vision univoque » qui a triomphé en 1982, reconnaît toutefois son gouvernement dans la politique.

 

Justin Trudeau, de façon cavalière et avant même d’avoir lu le document, rejetait toute possibilité de rouvrir la Constitution. Ni pour le Québec ni pour les autochtones, doit-on conclure. Le premier ministre canadien a fait preuve d’une pitoyable légèreté.

 

En conférence de presse, Philippe Couillard a évoqué des sondages qui montrent un renforcement de l’attachement identitaire des jeunes Québécois à l’endroit du Canada, des jeunes qui ne sont d’ailleurs pas marqués par les stigmates du rejet de l’accord du lac Meech. Il en a conclu à l’échec historique du mouvement souverainiste. Or, paradoxalement, la faiblesse actuelle du mouvement souverainiste ne contribuera pas à ce que son message soit pris au sérieux au Canada anglais, pour lequel la question du Québec est réglée une fois pour toutes.

 

Il ne faut certes pas s’attendre à des résultats immédiats de cette politique ; il n’y a d’ailleurs aucune garantie de résultat. Mais au moins, Philippe Couillard envoie le signal que la nation québécoise, dans toute l’acception du terme, le concerne.

29 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 2 juin 2017 02 h 31

    Ineptie...

    « Nous sommes Québécois avant tout, et c’est notre façon d’être Canadiens »...
    Donc, en entretenant ce qui est devenu archaïque par 20 ans d'acharnement canadien post- référendaire, le clan fédérailliste est prêt à n'importe quelle ineptie pour mieux nous caler.
    Selon l'évangile du saint-père Couillard, nous pouvons maintenant dire :
    - nous sommes autres avant tout, c’est notre façon d’être identiques;
    - nous sommes francophiles avant tout, c’est notre façon d’être anglophiles;
    - nous sommes indépendantistes avant tout, c’est notre façon d’être fédéralistes;
    - nous sommes dehors avant tout, c’est notre façon d’être dedans;
    - nous sommes contre avant tout, c’est notre façon d’être pour;
    - nous sommes riches avant tout, c’est notre façon d’être pauvres
    et continuez les contre-sens évidents jusqu'à plus soif.

    Rappelons donc que les mots ont un sens.
    Que déjà, sans ne rien en voir venir alors des détournements de sens, nous nous sommes fait voler les symboles identitaires collectifs de l'érable, du castor, des mots Canada et Canadiens, etc.
    Et qu'être Québécois, s'identifier au Québec, malgré la facilité du manque de caractère dans laquelle Monsieur Couillard nous invite à tomber, n'est pas la même chose qu'être Canadien.
    Parce qu'être Québécois, c'est de revendiquer que la langue française est la langue historique déterminante du Québec et qu'elle reste la langue commune au Québec. Alors qu'être Canadien, c'est au mieux d'ignorer et au pire d'effacer l'importance de l'histoire propre du Québec et de son peuple en acceptant, ou revendiquant, comme légitime non seulement que l'anglais soit égal en usage et en droit au français au Québec mais de plus en plus ouvertement, que la langue anglaise devienne la langue d'usage normal au Québec.
    Mots qui ne sont quand même pas des synonymes !!!

    Ne soyons donc pas de nouveau les complices indolents d'une nouvelle tentative canadienne de nous faire passer un Québec...
    Partageons notre expérience du Canada britan

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 4 juin 2017 23 h 16

      Québécois : c'est notre façon d'être canadien.

      Elvis Gratton n'est pas mort. Il s'est réincarné en Philippe Couillard.

      Yo man!!!

  • Jean Lapointe - Abonné 2 juin 2017 07 h 17

    Ce n'est pas une question d'attitude cavalière.

    «Justin Trudeau, de façon cavalière et avant même d’avoir lu le document, rejetait toute possibilité de rouvrir la Constitution. Ni pour le Québec ni pour les autochtones, doit-on conclure. Le premier ministre canadien a fait preuve d’une pitoyable légèreté.» (Robert Dutrisac)

    Pour comprendre il faut voir ce qu'il y a derrière les paroles de Justin Trudeau. Il ne fait sûrement pas preuve d' une pitoyable légèreté. Au contraire il sait très bien ce qu'il veut et il est douteux qu'il change d'idée, même quand il aura lu le document au complet.

    Pour Justin Trudeau il ne doit y avoir qu'une seule nation au Canada et deux langues officielles et les Québécois doivent en faire partie étant donné que les francophones du Canada ne sont qu'une minorité parmi d'autres conformément à la politique dite du multiculturalisme qui est inscrite dans la constitution.

    Et pour Justin Trudeau il n'est pas question d'en changer quoi que ce soit.

    Donc Philippe Couillard, s'il est sérieux, s'illusionne. Et s' il compte sur la venue au pouvoir à Ottawa d'un gouvernement plus compréhensif, il risque d'attendre longtemps.

    Nous Québécois devrions nous déclarer indépendants. Ça prendrait moins de temps por y arriver. Ça pourrait se faire plus vite.

    Avec Couillard, si jamais il est sérieux, ce qui est loin d'être sûr, il pourrait peut-être se produire quelques changements après deux ou trois générations. Et ce serait loin d'être satisfaisant pour nous Québécois.

    Donc oublions donc le plan de Couillard et pousuivons le combat vers l'indépendance. En plus c'est plus stimulant. On ne peut quand même pas se taper encore des années de discussions constitutionnelles.

  • Ginette Cartier - Abonnée 2 juin 2017 07 h 19

    Il faut beaucoup de naïveté (ou d'ignorance...) pour croire que Justin Trudeau, héritier de la pensée de son père, "Lord Protecteur" d'un Canada post-national et lumière politique et civilisatrice du monde par sa Charte des droits et libertés, allait rouvrir le débat constitutionnel afin de reconnaître une nation distincte en son sein.
    Ce qui reste et restera toujours légitime pour le Québec ne l'est plus depuis 1982 dans le Canada trudeauiste.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 juin 2017 07 h 22

    … Vive le Québec libre ?!?

    « Nous sommes Québécois avant tout, et c’est notre façon d’être Canadiens » (Philippe Couillard. pm, PLQ)

    De cette « étonnante » confession, cette douceur :

    « Nous sommes, aussi, Québécois avant, pendant et après « tout », et c’est notre action-façon d’être nationalistes », et de fierté-saveur pro-Québec, toujours !

    Si, de cette douceur, l’option du pm se maintient, qu’adviendra-t-il du rôle-place d’un « premier ministre » qui, de compétence / obédience québécoise, chercherait à vendre, sans mandat, l’identité-culture-mentalité du Québec pour une peau de chagrin, et de vouloir faire du Québec une Louisiane canadienne ?

    De ce qui précède ou …

    … Vive le Québec libre ?!? - 2 juin 2017 -

    • Jean-François Trottier - Abonné 3 juin 2017 10 h 10

      La lecture de votre mot me permet de penser un peu...
      Il est de notoriété publique que le Canada ne veut plus rien savoir de la Constitution... sauf pour s'y endormir.

      Personne de sensé de commencerait une négociation à ce sujet sans avoir auparavant préparé le terrain, créé des circonstances favorables, apporté des argumets nets qui démontrent qu'il y a un problème réel au système actuel.

      Sinon... sinon rien.

      C'est précisément ce que souhaite ce fieffé menteur qu'est Couillard.

      Quel culot... et quelle belle équipe de marketeux, hein!

  • Jean-François Trottier - Abonné 2 juin 2017 07 h 26

    Couillard est premier ministre ou pas

    Le premier ministre vient d'ouvrir un boîte qu'il risque de regretter éventuellement, mais pour le moment ne nous y trompons pas : il a agi un 1er juin, à 16 mois des prochaines élections. Il suit son agenda à la lettre et à la minute. Rien n'est laissé au hasard par le conseil privé, lisez équipe de marketing, du bonhomme.

    C'est manipulateur bien sûr, mais le geste est posé.

    Dans son document, Couillkard a utilisé le mot interculturalisme. Ce n'est pas rien.

    S'il considère que l'interculturalisme est "bonne" voie pour le Québec, il a le devoir immédiat de le mettre en pratique partout, là où s'étend sa juridiction, ses devoirs et même ses "prérogatives".

    En même temps, qu'il explique par le détail ce que ça signifie. En effet, pour le moment l'interculturalisme a autant de définitions qu'il y a de fromages au Québec.

    Pour un fois, Couillard est réellement pris pour être clair à défaut d'être transparent.

    S'il est politicien, s'il est ministre, s'il est chef du gouvernement, il n'a pas le droit de rester dans le flou. Le multiculturalisme est dessiné nettement dans le Charte des Droits non-signée de 1982, il doit en faire tout autant et étaler sa si belle vision. Petit aparté : on va rire.

    Le choix des mots n'est jamais innocent chez Couillard. Jamais.

    Ici il n'a pas droit à la moindre imprécision. Le pire serait qu'il dise "Voyez nos réalisations..." ou autre voltige tordue.

    Ce n'est même pas un défi que je lance : il lance un projet qui devrait rejoindre tous les Québécois, il doit expliquer.

    Quelles sont les mesures qu'il entend prendre ? Quelles sont les mesures qu'il n'entend PAS prendre ? Que veut-il laisser passer, et comment va-t-il faire passer le courant vers ce qu'il souhaite ?

    Pas besoin de négociations pour ça. Jouer à attendre les autres ne l'aidera en rien.

    Il le fait (ou pas s'il est lâche), et comme il est censé y avoir pensé un peu... c'est tout de suite. Sans agenda.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 juin 2017 11 h 27

      Monsieur Trottier,

      il y a trosi erreurs majeures dans l'énoncé du PM Couillard.

      La première est la notion de « nation québécoise ». Une nation, au sens de Marcel Mauss (1920) comprend des indivius qui s'associent pour se doter d'un « vivre ensemble ». Il s'agit d'un concept rétrospectif qui s'applique lorsque ces individus se dotent d'un pays indépendant.

      L'associer à un fait d'observation socioculturel ne crée par une nation politique. Ça signale seulement d'éventuels promoteurs d'une nation d'un pays réel, celle des habitants d'un pays reconnus. En ce sens, ce concept de « nation québécoise » est prospectif.

      La deuxième erreur est l'idée, répandue par les conservateurs et l'univers religieux omniprésents en 1865-1865, qu'il y aurait deux «peuples » fondateurs. C'est archi-faux.

      Le Dominion of Canada est un projet brtiannique visant à fusionner ses colononies du nord-est des États-Unis. Dans ce projet, les colonies qui acceptaient, dont les ex-colonies des Bas et Haut Canada, devenaient des provinces.

      Ce sont d'ailleurs les élus du Canada-Uni, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse qui ont donné leur aval au projet de George Brown soutenu pas le gouverneur Monck, qui se transforma en 72 résolutions approuvées par des délégués de ces colonies et transformées en loi en par Gradne-Bretagne appliquée le 1er juillet 1867. L'entente fut entre ces entités coloniales et non entre deux « peuples ».

      Au sein du Canada-Uni, il y eut décompte des élus favorables de l'ex-Bas-Canada sur base raciale, aucunement selon la notion de peuple, qui n'avaient pas de mandat pour approuver ce projet.

      La troisième erreur est le multiculturalisme. En 1982, le PM trudeau a remis à jour le concept de nation canadienne en décrétant que celle-ci regroupait des individus d'origines variées, question d'associer la nation du pays le Canada au nouvel univers ethnoculturel issu de l'immigration. Or, le multicultiralisme ne définit pas la nation canadienne, car il a ét

    • Jacques Patenaude - Abonné 2 juin 2017 19 h 42

      Question à Claude Bariteau.
      LesTchèques et les slovaques étaient reliés dans un état fédéré appelé Tchécoslovaquie, Ils ont créer deux États distinct. Est-ce que les tchèques et les slovaques sont devenus des nations uniquement après leur séparation?

    • Claude Bariteau - Abonné 3 juin 2017 06 h 32

      Monsieur Patenaude, pour faire simple, car le processus qui mène à la création de ces deux pays renvoie à une longue histoire.

      L'affirmation d'une nation tchèque et d'une nation slovaque découle de la séparation dite de velours entérinée par chacune unité de la « République socialiste tchécoslovaque », sous le président Václav Havel.

      Cette séparation fut ratifiée à la suite d'une déclaration d'indépendance du parlement slovaque qui donne lieu à un accord en 1992 sur la séparation du pays.

      Antérieurement, ces entités furent unies après la dissolution de l'empire austro-hongrois en 1919 en fédération intégrant trois sous-entités dont l'une fut extraite pour être intégrée à l'Allemagne en 1938.

      Les deux sous-unités restantes formèrent une fédération démocratique transformée en fédération communiste en 1948 sous l'égide de laquelle fut revendiquée un socialisme à visage humain qui suscita les incidents militaires de 1968.

      Par la sutie, la fédération communiste continua d'être questionnée sous l'angle de l'organisation du pouvoir central et des pouvoirs locaux, l'unité composée en majortié de slovaques demandant plus d'autonomie, celles en majorité de tchèques plus de concentration au niveau fédéral.

      La séparation de velours ne suscita pas d'interventions militaires.

      La fédération communiste, comme les structures politiques antérieures, fut un cadre imposée avec plus ou moins l'aval des sous-unités et sa dissolution procéda de la même façon de sorte que les unités devenues pays purent mettre en branle le processus de la création de la nation slovaque et de la nation tchèque.

      De cette histoire récente, la création d'États distincts permit l'affirmation rétrospective d'une nation politique. Antérieurement, existait dans les deux unités un modèle de nation prospective avec des entités dites nationales dont une majoritaire.

      Ces nations sont donc devenues des nations politiques après leur séparation.

    • Jean-François Trottier - Abonné 3 juin 2017 10 h 06

      M. Bariteau, vous confondez nation au sens général et nation au sens politique. Vous n'êtes pas le seul, le nom de l'ONU vient de la même confusion.

      Il est admis depuis longtemps au Canada de désigner collectivement les autochtones "Premières Nation", et le terme a aussi un sens officiel puisqu'utilisé par les gouvernements, et peut-être légal.

      Il serait difficile de dire que la notion de nation a commencé au Moyen-Âge, au moment où s'est répandu l'idée de propriété terrienne selon une vision mondiale, ce qui a permis par la suite la ligne de partage du traité de Tordesillas qui séparait le possession du Nouveau Monde entre le Portugal et l'Espagne. Les Mayas n'existaient pas?
      Confondre la possession de la terre et la nation est un sophisme dangereux, qui mène par exemple à nier le génocide arménien.

      Il y a trop d'exemple de nations sans terre pour toutes les relever. Mais rappelons qu'une nation se définit la plupart du temps (pas toujours, loin de là) de façon externe.
      Par exemple, une bonne partie des Juifs exterminés il y a trois-quarts de siècle ne savaient même pas qu'ils avaient des aïeux Juifs. Ce sont des fonctionnaires qui les ont "débusqués" dans les registres et ont, quelques années avant la création d'Israël, suscité la nation Judéenne.

      On peut en dire autant, encore partiellement, des Palestiniens qui auparavant étaient... des personnes!

      Circonscrire la définition de nation à "posséder un lopin de terre", ou encore "y être parqué", est réducteur et absolument inacceptable.

      Au surplus, ici la vision historique vous dessert gravement. Au sujet des Tchèques et Slovaques votre discours démontre parfaitement que ces deux nations préexistaient "en puissance" avant leur conformation en des territoires.
      En "puissance" ? Oh non! Les faits n'existent jamais "en puissance". Ils sont, ou ne sont pas.

      À moins de plaider en cours sur des arguments spécieux, ce que vous dites ne tient pas la route.
      En ceci vous rejoignez PE Trudeau et consort

    • Jacques Patenaude - Abonné 3 juin 2017 11 h 50

      monsieur Bariteau,
      Merci pour le rappel détaillé de l'histoire de la Tchécoslovaquie, comme toujours très bien documentée. Ce que je comprend de votre point de vue C'est que plusieurs nations ne peuvent exister dans un état fédéral. Dans la situation canadienne, les Québécois et les Premières nations ne peuvent revendiquer le statut de nation car ils vivent dans un état fédéré.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 juin 2017 17 h 43

      Monsieur Trottier, selon vous, je confonds deux significations du concept de « nation », que vous amalgamez. Puis vous me dites qu'il y a trop d'exemples de nations sur terre définies de façon externe et celles-ci ne peuvent pas l'être uniquement sur la base de la possession d'un lopin de terre.

      Or, ce concept, objet d'analyse de milliers de chercheurs en sciences sociales, dont en anthropologie, mon champ de spécialisation, a conduit à la distinction que je fais, identique à celle de Marcel Mauss aussi Renan, Gellner, Hobsbawm et d'autres, que j'identifie dans mon livre Québec, 18 septembre 2001 (1998).

      Cette distinction établit une différence entre a) ce concept pour distinguer des regroupements de personnes sur des bases d'appartenance socio-culturelles avec des ancêtres communs ou des pratiques culturelles communes (de 2000 à 2500 à l'échelle mondiale actuelle), mais aussi des regroupements antérieurs qui ont marqué l'histoire de l'humanité et b) ce concept en écho à des nations définies comme les individus d'un pays territorialement circonscrit et reconnu par d'autres pays dont le nombre n'a cessé de croître depuis le traité de Westphalie de 1648.

      Vous pouvez refuser cette distinction, m’accoler les vues de Pierre Elliott Trudea, me faire un procès historique et dire que les Nations-unies errent, il n'en demeure pas moins les recherches en sciences sociales, à moins de les discréditer, révèlent cette distinction et, le faisant, font ressortir que les nations du premier sens sont enclavées au sein de pays reconnus dans lesquels elles revendiquent, lorsque leurs membres n’ont pas été exterminés, une certaine autonomie.

      Par ailleurs, je n'ai pas dit que les nations du premier groupe existaient en puissance, une thèse de Smith, mais plutôt signalé qu'elles ne constituaient pas une nation au sens du deuxième groupe. Et ça, c'est un fait. Vous pouvez le nier. Le faisant vous banalisez l'histoire au nom d'un amalgame qui ne tient pas la route.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 juin 2017 18 h 10

      Monsieur Patenaude, un État fédéral fèdère alors qu'un État confédéral regroupe des entités dites nationales au sens politique du terme.

      Les États-Unis sont un État fédéral, le Canad aussi. L'UE est plutôt d'ordre confédéral au sens le proposait les Sudistes avant la guerre de sécession.

      Vous avez raison de signaler que plusieurs nations, au sens politique, ne peuvent pas exister dans un État fédéral. De fait, seules les nations définies sur base ethnoculturelles peuvent y être reconnues en tant que regroupements de portion de la population de la fédération.

      C'est pour ces raisons que les fédérations et les confédérations peuvent imploser.

      S'agissant des nations autochtones au Canada, elles peuvent revendiquer le statut de nations ethnoculturelles, mais pas celui de nation au sens de pays. Quant à la province de Québec, qui est une entité politique subalterne au sein du Canada, revendiquer le statut de nation politique, comme le fait le PM Couillard, implique une refonte de la fédération canadienne en confédération, ce que récusent les autres provinces et le Canada.

      Aussi, seuls des aménagements au sein de la fédération canadienne pourraient être faits, ce qui exigera l'aval du Canada et des autres provinces selon les règles de la constitution de 1982.

      Cela étant, pour le Québec, revendiquer le statut de nation politique implique une démarche analogue à celle de l'État slovaque au sein de la République tchéco-slovaque. Pour obtenir ce statut, elle doit se déclarer indépendante et quitter la fédération canadienne non pas pour revendiquer le statut de nation politique, mais d'affirmer ce statut, qui ne se revendique pas.

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 juin 2017 07 h 48

      M. Bariteau, je fais la distinction et vous pas : vous n'accordez qu'un seul sens au mot nation alors que je fais la nuance.

      D'autre part, le Canada est une confédération, pas une fédération contrairement aux États-Unis.
      Personne au Canada ne demande le statut de nation au sens de pays. Les indépendantistes québécois, justement, veulent avoir leur propre pays à cette fin mais jamais ne le demanderaient-ils à l'intérieur du Canada!
      Par contre, plusieurs nations réclament ce statut sous l'autre définition dans la cadre de la confédération. C'est ce qu'Ottawa a reconnu pour les Québécois sans pourtant y apporter le moindre poids légal sous Harper.
      En clair je n'ai jamais parlé d'état-nation et vous ramenez cette idée continuellement. Il me semble même que personne ne parle d'état-nation sauf vous.

      Je ne voulais vous associer à PE Trudeau que dans les prémisses de pensée. Vous n'êtes pas le premier à suivre cette vois : tout en se prétendant indépendantiste, Québec Solidaire adhère à la vision panfédérale de Trudeau, qu'il accolle au Québec sans plus d'analyse. Cette généralisation indue est si répandue qu'elle forme presque une base du mythe fondateur Canadian.

      Je ne dis pas que l'ONU erre du tout, je dis qu'ils ont utilisé une seule définition du terme nation sans tenir compte de l'autre, socio-culturelle, comme vous le faites. Ce n'est pas un tort dans un contexte international mais ça porte à faux dans le débat constitutionnel que Couillard fait semblant de souhaiter.

      Le Québec n'a pas à revendiquer un statut quelconque, en effet. La décision en revient uniquement à sa population, loi sur la clarté (sur l'intervention prévue de l'armée ?) ou pas.

      Quant à vos idées politiques, je ne les connais pas et si je vous ai blessé je m'en excuse.... sauf si vous êtes fédéraliste :) :) :)

    • Jacques Patenaude - Abonné 4 juin 2017 08 h 35

      Quand j'était jeune, les adultes parlaient de la confédération. Ce n'est qu'avec l'arrivée de Trudeau qu'on a bannit ce terme.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 juin 2017 16 h 57

      Monsieur Trottier, contrairement à ce que vous écrivez, j'accole le mot nation à des groupes qui se définissent sur une base ethno-culturelle (ancêtre commun, culture de référence et cetera). Il s'agit des nations dons vous signalez la présence au Canada. Elles sont, ai-je clairement écrit au nombre de 2 000 à 2 500 à l'échelle mondiale.

      Cette appellation de « nation », ai-je aussi clairement écrit diffère de celle utilisée pour parler de la nation française, italienne, américaine, mexicaine et canadienne, car ce deuxième sens renvoie aux nations que sont les pays reconnus, 193 de mémoire, la majorité étant membres des Nations-unies. Aussi ai-je écrit que ces entités diffèrent des nations précédentes car elles renvoient à un regroupement politique et une délimitation territoriale où s'exprime un « vouloir-vivre » commun ou défini tel.

      Cela, je n'accorde pas un seul sens au mot « nation ». Je distingue plutôt les deux sens, car ils sont différents. Aussi les Nations-Unies qui reconnaissent deux types de droits. Un premier, qualifié autodétermination interne, s'applique aux « nations » du premier groupe; le second, autodétermination externe, s'est appliqué et s'applique encore aux peuples colonisés reconnus ayant droit créer un État indépendant, droit qui n'est pas accordé aux populations qui entendent se doter d'un État indépendant, ce qui ne les empêche pas de procéder selon les règles reconnues par les autres États indépendants pour accéder à ce statut.

      Alors, je trouve que vous transformez sans fondement mes propos. S'agissant d"État-nation, un concept que je n'ai pas utilisé, son recours, associé à une période de l'histoire, celle de l'industrialisation et de l'homogénisation des habitants, est abandonné, ce qui n'abolit pas l'appellation de « nation » aux États indépendants, ceux-ci dfinissant la nation sur d'autres bases, ce que fait le président Macron pour la France,


      Sur la confédération, voir mon commentaire à monsieur Patenaude.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 juin 2017 17 h 39

      M. Patenaude, si le concept de confédération était véhiculé, concept qui définit le Canada selon M. Trottier, ça ne change rien au fait que le Dominion of Canada ait été institué en fédération avant de devenir le Canada en 1931.

      Le promoteur du Dominion of Canada fut George Brown. À l'aide du gouverneur Monck, il convainquit les élus du Canada-Uni d'instituter uun gouvernement central détenant les pouvoirs généraux, y compris les résiduels, sur les affaires internes, les affaires externes relevant de Londres.

      Au sein de ce Dominion, les gouvernements provinciaux eurent des responsabilités associées aux questions d'éducation, de santé, de de municipalités, de voirie et de richesses naturelles.

      Ce modèle, auquel Georges-Étienne Cartier, les conservateurs et les communautés religieuses s'associèrent, se voulut différent du modèle américain avant la Guerre de sécessions, ce qui les incitèrent les Sudistes à se battre pour instiuter une confédération. La défaite fut celle des confédéralistes. Or, pour Brown et les promoteurs du Dominion of Canada, il fallait éviter qu'une telle guerre se produise, ce qui explique qu'ils voulurent que le Dominion soit conçue sur le modèle d'une fédération et non d'une confédération.

      Dans l'ex-Bas-Canada, les élites locales, revendiquant plus de pouvoir, ont fait valoir que ce Dominion était une confédération, d'où la thèse des deux nations fondatrices, devenue l'assise d'un mythe au Québec.

      Avec ce Dominion, il n'y eut pas deux nations fondatrices comme en Belgique. Celui-ci est un produit de Londres avec l'aval des parlements coloniaux du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Canada-Uni. Qui plus est, la consultation des habitants de l'ex-Bas-Canada fut refusée, seul l'aval sur base « raciale » d'élus sans mandat de cette section ayant répondu aux attentes de Londres.

      Ce n'est pas le PM Trudeau-pére qui fit du Canada une fédération, mais ses concepteurs initiaux.

    • Jacques Patenaude - Abonné 4 juin 2017 18 h 30

      On ne peut cependant pas s'empêcher de penser que cela soit le grand quiproquo canadien qui perdure aujourd'hui jusqu'auprès du premier ministre québécois et de son parti.