Où est le scandale?

Il est tout de même curieux d’entendre ceux qui défendent le professeur Andrew Potter — qui a démissionné dans la disgrâce de son poste de directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill, en raison d’un texte plutôt grossier sur le soi-disant manque de solidarité et l’aliénation sociale des Québécois mis en relief par la tempête du 14 mars dernier.

Le magazine Maclean’s publie à l’occasion des histoires mal ficelées sur les tares du Québec, qualifié en 2010 de province la plus corrompue du Canada. Jusqu’ici, rien pour fouetter un chat. La liberté d’expression englobe aussi la liberté de critiquer, de caricaturer, de grossir le trait jusqu’à l’exagération et même de verser dans les stéréotypes les plus désolants. Des commentateurs un peu bouffons le font tous les jours, au Québec ou ailleurs. Sauf que le professeur Potter ne s’exprimait pas à titre personnel, mais bien comme directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill. Ce faisant, il engageait la réputation de l’Institut avec son propos délirant.

Il s’en trouve malgré tout pour pleurer sur le sort du pauvre professeur Potter, alors que celui-ci a concédé indirectement, en démissionnant, qu’il avait gaspillé trop de «capital de sympathie» dans cette controverse pour continuer à présider aux destinées de l’Institut. Il restera rattaché à McGill comme professeur, pour un contrat de trois ans.

Désolé de crever la bulle des professeurs et des commentateurs qui crient à la censure, au crime de lèse-liberté académique et même au réflexe tribal d’un Québec encore trop tissé serré, mais leurs arguments ne font pas très sérieux. Parmi les objectifs fixés par l’Institut figurent la promotion d’une meilleure compréhension de l’avenir social, politique et économique du Canada, de même que l’exploration des bienfaits d’une société pluraliste.

Les critiques ont vite évacué la question centrale dans cette affaire, à savoir : Andrew Potter avait-il encore le jugement, la crédibilité et le recul nécessaires pour diriger un institut voué à une meilleure compréhension du Canada ? Bien sûr que non, à moins de considérer que les généralisations grossières sur le Québec aident à la connaissance du Canada moderne. La rectrice de McGill, Suzanne Fortier, s’est faite bien rare dans les médias francophones. Dans le Globe and Mail, elle a rappelé à juste titre que le rôle de l’Institut n’est pas de provoquer mais de faire la promotion de bonnes conversations.

Andrew Potter a payé cher pour son erreur de jugement, mais il y a des limites à la condamnation de son propos. Il a droit à une deuxième chance dans son rôle de professeur à McGill avec le plein respect de sa liberté académique. Si ce rôle lui paraît trop étroit, il y aura toujours une tribune pour lui dans les médias en manque de polémistes.

31 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 28 mars 2017 01 h 07

    Andrew Potter a succombé aux sirènes canadiennes du Québec bashing!

    Vous avez bien raison, Monsieur Myles. Andrew Potter a manqué de rigueur dans sa profession comme chercheur. Il a gaspillé sa chance de faire une constatation valide de la belle province. Il a succombé aux sirènes canadiennes du Québec bashing. Il mérite de perdre sa position à la tête de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill.

    • Francois Cossette - Inscrit 28 mars 2017 11 h 39

      Bof ....
      Nos politiciens, a tous les niveaux mais particulièrement a Québec, disent des aneries bien pires que ca et JAMAIS on en voit un démissionner. Au contraire on leur donne des promotions et une bonne tape dans le dos.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 28 mars 2017 01 h 21

    Liberté académique n'est pas synonyme de laisser-aller.

    Les professeurs ne peuvent pas dire n'importe quoi sous le prétexte d'un certain droit de liberté académique. Ce qu'ils enseignent doit être le fruit d'une démarche exprimant un certain consensus dans le domaine visé. Si ce sont ses propres hypothèses que le professeur veut mettre de l'avant dans son enseignement il doit d'abord adopter une démarche rigoureuse de validation de ses hypothèses. C'est ainsi que l'astronomie est enseignée comme une science dans nos universités mais pas l'astrologie. L'utilisation de son titre de directeur de l'institut d'études canadiennes pour appuyer ses impressions sur la société québécoise est dans le contexte plus qu'une simple erreur de jugement: c'est un signe démontrant que les faits alternatifs peuvent remplacer la rigueur scientifique au gré des émotions. Une telle attitude est-elle compatible avec l'enseignement universitaire? Un pharmacien peut-il prétendre guérir un cancéreux avec des médicaments homéopathiques même s'il en vend et ne pas avoir de compte à rendre à son malade et éventuellement à sa corporation professionnelle? Un universitaire de haut calibre ne peut pas publiquement discréditer sa propre démarche scientifique en publiant n'importe quoi sur un sujet central à son enseignement sans perdre sa crédibilité si fondamentale à son travail.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

    • Chantale Desjardins - Abonnée 28 mars 2017 09 h 56

      Le désaccord avec votre texte vise les remèdes homéopathiques qui jouissent de la faveur en France et sont même payés par l'Etat. Est-ce que les remèdes pharmaceutiques guérissent le cancer?

    • Jacques Tremblay - Inscrit 28 mars 2017 15 h 01

      Mme Desjardins, j'espère que vous avez compris de mon propos que M. Potter, par son discours odieux, s'est aussi auto disqualifié comme professeur universitaire. J'estime donc que M. Potter devrait aussi être remercié pour ses services comme professeur universitaire.
      Pour ce qui est de l'homéopathie, son principe de dilution repose mathématiquement sur rien de valable. Sinon il faudrait craindre qu'un simple verre d'eau provenant d'un robinet risquerait d'être contaminé par du pipi de dinosaures disparus il y a plus de 65 millions d'années! Les probabilités mathématiques de contamination de mon verre d'eau devraient être équivalentes à la "mémoire" moléculaire des "traitements" homéopathiques: rassurez-vous, à moins d'être un peu parano, aucun maux de ventre préhistorique n'est à prévoir.
      Jacques Tremblay
      Enseignant retraité en mathématiques

    • Gabriel Meunier - Inscrit 28 mars 2017 15 h 21

      Les remèdes pharmaceutiques ont l'avantage d'avoir des effets mesurables et mesurés sur les maladies qu'ils tentent de soigner, que ce soit en les guérissant, en diminuant leurs effets indésirables, ou simplement en retardant leur progression. Monsieur Tremblay à raison de souligner qu'il est souhaitable, dans le cadre d'une réflexion dans une institution sérieuse, d'utiliser comme argument des faits avérés, vérifiables, quantifiables. Dans ce contexte, l'homéopathie est un excellent exemple. Pour ce qui est des français, qui nous trouvent cruels de tuer des phoques mais n'ont aucun problème à gaver des oies, je ne les considère pas comme des parangons de connaissance ou de logique...

  • Michel Lebel - Abonné 28 mars 2017 06 h 25

    La procrastination!

    Une question qu'il faut se poser: pourquoi médias et politiciens font un tel un plat avec l'écrit d'Andrew Potter. Il me semble qu'il y a là exagération! Comme s'ils ne pouvaient parler d'autre chose. C'est comme le cafouillage de l'autoroute 13, on en a parlé jusqu'à la lie! Les ''délires'' ne sont pas seulement du côté d'Andrew Potter!


    Michel Lebel

    • Claude Gélinas - Abonné 28 mars 2017 10 h 47

      Curieusement, lorsqu'il est question du Québec, je constate avec respect que vous avez une forte tendance à banaliser.

    • Pierre Cousineau - Abonné 28 mars 2017 11 h 18

      M. Lebel, pourquoi parler constamment des effets nocifs du tabagisme sur la santé? Parce que des enfants naissent, grandissent et deviennent dépendants. Le problème se perpétue.

      Le cafouillage sur l'autoroute 13? La Presse de ce matin nous apprenait que l'officier de la SQ responsable de la surveillance de l'autoroute était chez le notaire, qu'il faisait double emploi, un pied dans l'immobilier, pendant ses heures de travail. On continue d'en parler, il y a beaucoup de redites, mais on apprend ça aujourd'hui.

      C'est un peu le même problème avec le traitement de la question québécoise par la presse et le monde anglophone canadien. Ce traitement n'est pas anodin et mérite les plus sévères dénonciations.

      Là où je me rapproche de vous, c'est quand vous dites qu'ils (les médias) pourraient parler d'autres choses. En présentant plus d'enquêtes pour révéler la mécanique interne de cette campagne anti- Québec qui bat son plein au Canada anglais depuis le référendum de 1995. Nous parler des mécaniciens derrière le capot canadien qui fabrique cette mécanique et veille fidèlement à son entretien.

      Cette campagne anti-Québec s'est accompagnée d'un affaiblissement continu de l'économie québécoise, soutenu par des politiques fédérales (tout pétrole, portes d'entrée et corridors commerciaux stratégiques dessinés pour avantager les ports de l'Ouest et la productivité (chiffre d'affaire) du CN et du CP au détriment du Québec, octroi de contrats multi-milliardaires à l'Ouest et à l'Atlantique (rien pour le Québec), politique de subventions discriminées ( $$$ autos-Ontario, $$$ électricité-Terre-Neuve), toute la campagne pour centraliser les valeurs mobilières à Toronto et affaiblir Montréal, etc.

      Vous avez certainement reçu le sondage que Le Devoir a commandé à Léger la semaine dernière. À savoir ce que je voudrais voir développer dans le journal, j'ai coché : Plus d'enquêtes. De la lumière pour révéler les personnages qui manufacturent le grand jeu.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 28 mars 2017 11 h 25

      M. Lebel,

      Pour répondre à votre question, à savoir «Pourquoi les médias et les politiciens font un tel plat avec l'écrit d'Andrew Potter»: c'est pour le Mépris, M. Lebel.

      Parce l'«écrit» de Potter est une copie conforme du mépris primal, mais déguisé, plus civilisée, un faux semblant intellectualisé avec sauce alla Mclean's/McGill University. Il se distingue du mépris primal des années 50 du «Speak white» et du «Wanna fight?».

      Je me rappelle un slogan quand j'étais plus jeune de la CSN, je crois : «Le mépris n'aura qu'un temps.»

      J'espère que oui.

      Mais quand, vindieu de bondieu?

      J'ai hâte.

    • Michel Lebel - Abonné 28 mars 2017 11 h 43

      @ Claude Gélinas,

      Parce que je n'aime pas voir les Québécois gratter leurs bobos ou, en d'autres termes, excusez l'anglicisme, l'ethnocentrisme n'est pas ma tasse de thé. Chacun sa tasse! Enfin je n'accorde guère d'importance à la stupidité, quelle qu'elle soit.

      M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 28 mars 2017 11 h 43

      @ Claude Gélinas,

      Parce que je n'aime pas voir les Québécois gratter leurs bobos ou, en d'autres termes, excusez l'anglicisme, l'ethnocentrisme n'est pas ma tasse de thé. Chacun sa tasse! Enfin je n'accorde guère d'importance à la stupidité, quelle qu'elle soit.

      M.L.

  • Pierre R. Gascon - Abonné 28 mars 2017 07 h 14

    Aucun droit à offenser

    Il n'existe aucun droit à offenser qui ou quoi que ce soit, même pour le sacré.

    Chacun doit dire de manière responsable ce qu'il pense du bien commun avec respect d'autrui.

  • Bernard Terreault - Abonné 28 mars 2017 08 h 13

    De plus

    Imaginez qu'il aurait proféré de pareilles insanités à propos des Noirs, ou des Juifs, ou des autochtones, ou des musulmans, ou des Italiens, ou des Pakistanais, ou des ... il aurait perdu non seulement son poste de directeur de centre mais aussi son job immérité de trois ans comme professeur -- j'écris immérité car il n'a aucun diplôme pertinent et n'a jamais fait de travaux sérieux publiés dans des revues savantes, comme il est exigé de tout professeur d'université.

    • Marc Therrien - Abonné 28 mars 2017 22 h 54

      Suggestion de lecture : "Révolte consommée- Le mythe de la contre-culture"- Joseph Heath et Andrew Potter.

      Je me présente à vous de façon à vous témoigner qu’il y a plus d’une façon de faire des études supérieures et de la science à l’Université pour faire avancer le savoir surtout quand on parle des sciences humaines et sociales dites « molles ». Je ne suis pas un scientifique des sciences pures comme vous l'êtes. Je suis plutôt un psychologue formé « à l’américaine » selon la tradition des écoles professionnelles ayant développé un savoir expérientiel issu d’une pratique réflexive tirée de situations concrètes et réelles d’apprentissage « in vivo » (réf : John Dewey, David A. Kolb, Chris Argyris & Edgar Schein, etc.), qu’on appelle ici au Québec la praxéologie, la science de l’action (réf : Yves St-Arnaud).

      Une fois, ces présentations faites, il me fait plaisir de vous informer qu’un confrère d’études m’a suggéré la lecture du livre la « Révolte consommée- Le mythe de la contre-culture » par Joseph Heath et Andrew Potter dans lequel ils défendent l’idée que les solutions avancées par des gens qui, comme Michael Moore ou Naomi Klein, prétendent s'opposer au système, ont plutôt tendance à le renforcer. Ce confrère m’a dit qu’après avoir lu ce livre, j’écouterais les discours de GND et d’Aurélie Lanctôt, des intellectuels tout récemment inscrits au tout chaud "Dictionnaire des intellectuel.les du Québec", avec un sourire en coin.

      Marc Therrien