De faux engagements

À la faveur des deux dernières mises à jour automnales, le ministre des Finances, Carlos Leitão, tout sourire, annonçait qu’il dénouait ses goussets et engageait des dépenses supplémentaires en éducation pour boucler l’année. Or les élèves et les étudiants à qui ces sommes étaient destinées n’en ont jamais vu la couleur en raison des délais engendrés par les contrôles administratifs.

 

En novembre 2015, Carlos Leitão dégageait 20 millions d’ici la fin de l’année financière, le 31 mars 2016. L’année suivante, le ministre annonçait l’ajout de 35 millions de plus pour finir l’exercice 2016-2017. Dans les écoles secondaires, ces sommes devaient servir spécifiquement à pallier les difficultés de certains élèves en lecture, en écriture et en mathématiques, et à soutenir les élèves handicapés ou qui éprouvent de sérieuses difficultés d’apprentissage. Une partie de la manne était réservée aux cégeps pour combler des besoins semblables.

 

Le hic, c’est que les règles budgétaires, que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) définit mais que le Conseil du trésor doit approuver, ne sont pas divulguées en temps utile pour que les dépenses soient engagées dans l’année en cours. Autrement dit, les commissions scolaires et les cégeps, qui ne savent pas comment ces dépenses supplémentaires doivent être réparties, ne les font tout simplement pas.

 

En clair, cela signifie que les 20 millions qui devaient être dépensés dans l’année scolaire 2015-2016 n’ont pu l’être. De même, les commissions scolaires attendent toujours les règles budgétaires pour les millions promis l’automne dernier et destinés à l’année en cours.

 

Ces délais n’influent pas seulement sur ces sommes ponctuelles, mais sur l’ensemble des règles budgétaires de l’année scolaire. Depuis quelques années, commissions scolaires et cégeps se plaignent de ces délais qui nuisent à leur planification. Ainsi, le Conseil du trésor n’a approuvé qu’à la fin décembre les règles budgétaires imposées aux cégeps alors que leur année débute le 1er juillet. Résultat : dans l’incertitude, les cégeps n’ont pas mis en place certaines mesures spécifiques.

 

Depuis deux ans, le gouvernement Couillard sabre les dépenses publiques dans son effort pour atteindre l’équilibre budgétaire. Pour dorer la pilule, il annonce des réinvestissements en cours d’année. Mais, en définitive, c’est de la poudre aux yeux puisque aucun élève ou étudiant ne profite de cette opération de relations publiques.

  • Nadia Alexan - Abonnée 21 mars 2017 01 h 24

    L'éducation fait partie des vraies affaires, M. Couillard!

    Ce gouvernement n'a pas honte de sabrer dans les dépenses scolaires en sachant que l'éducation est le socle d'un pays civilisé. Nous avons un bilan désastreux quand il s'agit de l'éducation. Ce sont 53 % des Québécois qui ont des difficultés à lire et à écrire.
    Plus l'écart entre les riches et les pauvres est grand, plus il y a une concentration des richesses et plus le taux d'analphabétisme est élevé. C'est clair que la valeur de l'éducation n'est pas une priorité pour ce gouvernement. Voici les vraies affaires dont ce gouvernement ne s'occupe pas du tout!

    • Jean Bertrand - Abonné 21 mars 2017 09 h 11

      Je vous lis madame depuis plusieurs semaines et c'est un plaisir renouvelé à chaque fois. La pertinence et la justesse de vos positions sont toujours au rendez-vous.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 mars 2017 06 h 56

      Fiou ! Pour une fois, ils n'ont que des « difficultés » à lire, un diagnostic qui témoigne lui-même d'une certaine « difficulté » à lire les résultats des enquêtes PEICA mais, pour une fois, ces 53% ne sont pas taxés d' «analphabétisme fonctionnel ». Il ne resterait plus à madame Alexan qu'à consulter les données détaillées de l'ISQ pour constater que les résultats des 25-44 sont supérieurs à ceux de leurs aînés. Elle pourrait aussi jeter un coup d'oeil aux chiffres du dernier PISA, même si les résulsats ne sont pas totalement fiables étant donné le boycott des directions d'école dans le cadre de leurs moyens de pressions.

      À moins, bien entendu, que le but premier soit d'ajouter une pièce au procès partisan. Auquel cas, elle pourrait s'inquiéter que ce « sabrage » n'ait pas empêché les enseignants du primaire secondaire et des cégeps de briser les belles chaînes de solidarité sociale, auxquelles ils s'étaient contenté de se joindre, pour aller signer de nouvelles ententes collectives avec le gouvernement dit des vraies affaires.

      Cynique ? Non, mais des fois, quand le jupon dépasse un peu trop... Et je suis sûr qu'on viendra me railler sur les couleurs de l'ourlet du mien. Bé oui bé oui !

    • Francois Cossette - Inscrit 22 mars 2017 15 h 44

      Que voulez-vous il protege sa base electorale

  • Jean-François Trottier - Abonné 21 mars 2017 07 h 19

    Oui, et.....

    ...et on n'en finit plus de voir comment ce gouvernement est totalement incompétent.

    Exemples :
    - Après avoir coupé partout sous prétexte que les finances sont vides, le prochain budget contiendra... des réductions d'impôt!!
    - Les finances seraient balancées après "seulement" deux ans d'effort ? Alors pourquoi ne pas avoir étalé sur quatre ans ces efforts et laisser une chance aux organismes d'entraide, à l'éducation, à l'aide régionale aux entreprises... (j'en passe beaucoup,. beaucoup trop)?
    - La structure-même de ministères comme les Transport n'ont même plus le personnel nécessaire au roulement quotidien. ALors que faire quand il y a des imprévus ? Et surtout, quelle surveillance de chantier peut s'exercer dans ces conditions ? C'est la porte grande ouverte à la collusion, un enfant le saurait.

    Quant à l'Éducation, c'est la catastrophe depuis longtemps. Aucune étude sérieuse n'a été faite sur le décrochage, nous en sommes encore aux "belles initiatives".. gratuites.

    Gouvernement de démissionnaires.

  • Jean-François Laferté - Abonné 21 mars 2017 08 h 00

    Une priorité:non!

    De tous les gouvernements élus que j'ai connus aucun a fait de l'éducation une priorité.
    Ce n'est pas payant politiquement et électoralement.
    Les sociétés qui ont fait de l'éducation une priorité sont rares et se retrouvent en tête dans ce palmarès du bonheur évoqué au cours des derniers jours.

    Jean-François Laferté
    retraité de l'éducation

  • Jean Antonelli - Abonné 21 mars 2017 09 h 37

    Une suite ininterrompue de fourberies!

    N’est-il pas scandalisant de constater à quel point c’est avec un sans-gêne, une effronterie inqualifiable que ce gouvernement, dont le seul objectif néo-libéral est de sabrer dans les programmes qui «pèsent sur la compétitivité» du Québec, peut mentir à la population? Évidemment, comme Trump l’a compris, on peut dire absolument tout et son contraire, il n’y a que les vigiles qui vont relever, les autres continueront de «dormir au gaz», et le cycle ininterrompu de prédation de nos richesses collectives au profit d’une minorité se poursuivra.

    La privatisation de la SAQ revient périodiquement sur le tapis. Pourquoi? Parce que le privé aimerait mettre la main sur une entreprise très rentable, qui verse plus d'un milliard au gouvernement. Les capitalistes n’ont que faire des canards boiteux. Ajoutez à cela ce que verse Hydro et Loto-Québec, et vous arrivez à près de 5 milliards, alors que l’impôt des sociétés (toutes les sociétés) totalise 6,6 milliards! Comment pensez-vous que le bon gouvernement remplacera ces revenus? Deux façons: couper dans les services (but ultime, inavouable et inavoué) ou augmenter les impôts! Vendre son poêle et son frigo pour payer la carte de crédit!

    À l’approche des élections de 2018, la saison des nananes est amorcée: le saupoudrage reprendra de plus belle, ébahissant le bon peuple comme les feux d’artifice les enfants. Et la population n’y verra que du feu! Comme la morale de la fable de Lafontaine le disait si bien: «Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute». Et comme l’a écrit Péloquin et que Jordi Bonet a immortalisé au Grand Théatre de Québec: VOUS ÊTES PAS TANNÉS DE MOURIR BANDE DE CAVES?

  • Lucien Cimon - Abonné 21 mars 2017 09 h 41

    Ce gouvernement n'a qu'un seul intérêt: gagner les prochaines élections, et, pour cela, jouer cyniquement avec la crédulité des électeurs.