Le libre-échange pour les nuls

Il est de bon ton pour la gauche la plus à gauche de s’élever contre le libre-échange. Pour la droite la plus à droite, aussi. Lors des primaires démocrates, Bernie Sanders a décrié les traités de libre-échange signés par les États-Unis, notamment l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), tout comme Donald Trump, d’ailleurs.

Lors de la conférence de presse dans laquelle il annonçait qu’il se joignait à Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois a cité à quelques reprises le nom du sénateur qui se dit socialiste, un modèle à ses yeux, sans aucun doute. Le candidat à l’investiture de QS dans la circonscription de Gouin et candidat au poste de coporte-parole du parti a dénoncé le libre-échange.

Devant les journalistes, Gabriel Nadeau-Dubois a précisé qu’il ne prônait pas un « effondrement » du libre-échange, mais qu’il militait pour que des modifications y soient apportées. Comme tout changement à l’ALENA impliquerait une nouvelle ronde de négociations, ce qu’il propose, c’est que le Canada renégocie l’accord avec les États-Unis. Ça tombe bien : Donald Trump a exprimé son intention de rouvrir l’entente. Québec solidaire aurait donc de quoi se réjouir.

L’ALENA fait partie des gestes posés par cette « classe politique » qui a « trahi » le Québec au cours des 30 dernières années, « cette classe politique qui a choisi le libre-échange au lieu de s’assurer que les gens en région aient un emploi et qu’ils puissent en vivre », a affirmé le candidat.

Or, c’est un fait indéniable : le Québec a grandement profité de l’ALENA. Les exportations québécoises vers les États-Unis ont triplé depuis 1992 et, selon l’économiste Pierre Fortin, au-delà des fluctuations économiques, la majeure partie de cette croissance est attribuable à ce traité. Et au fait que les entreprises québécoises, plus productives que jamais, se sont adaptées au nouveau contexte. Il s’est créé des centaines de milliers d’emplois au Québec grâce à la croissance des exportations.

Avec ses 325 millions d’habitants, les États-Unis pourraient en théorie vivre l’autarcie rêvée par Bernie Sanders. Ses exportations ne comptent que pour 13 % de son économie et ses importations pareillement.

En revanche, le Québec est grand exportateur. Ses exportations s’élèvent à 48 % de son économie, le même niveau que l’Allemagne. Petite nation de 8 millions d’habitants, le Québec ne peut aspirer à l’autarcie solidaire. Comme les pays scandinaves. Comme les Écossais qui tiennent à rester au sein de l’Union européenne. QS et son prochain porte-parole devraient refaire leurs classes.

13 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 mars 2017 01 h 13

    Avec le libre échange, nous ne sommes plus maîtres chez nous!

    Je ne suis pas d'accord avec vous du tout, M. Dutrisac. Effectivement, le Québec a gagné beaucoup avec le libre échange, mais les profits ont fini dans les poches de quelques propriétaires d'entreprises. Le Québec a perdu des milliers d'emplois, bien rémunérés, dans le secteur manufacturier. Et depuis, les salaires stagnent et la sous-traitance se propage partout, avec la précarisation des emplois à temps partiel, ce dont les femmes sont particulièrement touchées, et les inégalités augmentent.
    Vous oubliez aussi un aspect très néfaste de ces ententes de libre-échange. Le fait que les multinationales puissent contester nos lois et notre règlementation de l'environnement en particulier, si cela pose une entrave à leur capacité de faire des profits. Déjà le Canada a versé des milliers de dollars en compensation à ces grandes sociétés sans conscience sociale. À titre d'exemple, en 2010, une pétrolière américaine, Lone Pine Resources, a poursuivi le gouvernement du Québec en réclamant 250 millions de dollars à cause d'un moratoire sur l'exploration du pétrole et du gaz dans le fleuve Saint-Laurent. Les accords de libre-échange constituent une Charte de droits pour les grandes sociétés et empêchent les gouvernements de légiférer pour le bien commun.
    Dans ce contexte, nos gouvernements sont devenus des marionnettes dans les mains des grandes sociétés, et au diable la souveraineté de l'État. Avec le libre échange, nous ne sommes plus maîtres chez nous.

    • Serge Morin - Inscrit 14 mars 2017 09 h 06

      Mme Alexan
      Vos commentaires sont souvent bien appréciés.
      Ma question est:
      Avons nous déjà été maîtres chez nous ?

    • Jean-François Trottier - Abonné 14 mars 2017 10 h 40

      Les profits auraient pu être mieux distribués, mais ça n'a rien à voir avec le libre-échange en soi. Le problème ne vient pas du libre-échange mais du fait que des centaines de lois depuis 1867 font du Canada l'un des "bons" paradis fiscaux du monde et un lien important dans cette immense chaîne... qui a été inventée et développée ici dès le 19ème siècle.

      D'autre part, en effet la finance est extrêmement favorisée par le libre-échange, au point que maintenant il n'est pas un pays au monde qui ne soit à genoux devant ces messieurs les banquiers.
      Entendons-nous: en général les politiciens sont à genoux devant les banques. Les pays, pas forcément.

      Le fait que n'importe quelle corporation puisse attaquer un gouvernement en justice sur la base d'un traité de libre-échange est encore pire puisque c'est un déni de démocratie et un contrepoids inacceptable à toute décision concernant l'écologie : la perte de contrôle régionale est en soi une catastrophe comparable au SIDA puisque c'est le système d'auto-régulation naturel qui est directement attaqué.

      Comme quoi je suis d'accord avec vous au sujet de l'ALENA, avec cette nuance qu'il est nécessaire de viser très juste quand on critique un monstre aussi énorme.

      En résumé, la grrrrande catastrophe, c'est la confédération. L'ALENA n'est qu'un gentillet ajout à cet Empire créé par et pour la finance.

  • Normand Perreault - Abonné 14 mars 2017 04 h 22

    Mauvais chiffres

    Il est vrai, comme le dit M. Dutrisac, qu’un petit pays (ou petite nation) se doit d’être plus ouvert sur le plan économique puisqu’il ne peut avoir une économie aussi diversifiée qu’un grand pays comme les États-Unis. Il faudrait ajouter également que tout retour majeur en arrière serait difficile, voire impossible, puisque la restructuration industrielle qu’il impliquerait serait très lourde et très coûteuse. Cependant, rien n’empêche un blocage dans l’expansion du libre-échange. Rien n’empêche également une renégociation de certaines clauses des traités de libre-échange. Et GND n'y est pas allé plus loin...

    Comme argument, M. Dutrisac avance les chiffres suivants concernant le Québec : « Ses exportations s’élèvent à 48 % de son économie… ». Oh là là ! Les exportations internationales du Québec s’élèvent à 82 milliards de $ et le PIB du Québec est de 344 milliards de $ (Source : Institut de la Statistique du Québec). Le rapport exportations sur PIB est donc de 24 %. Autrement dit, 24 % de tout ce qui est produit au Québec est exporté (et non 48 %).

  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 14 mars 2017 07 h 46

    Étrange....

    Des milliers d'emplois créé découlant de l'ALENA ? Voilà quelques années, un panel d'économistes réunis par SRC, et pas des gauchistes, affirmaient qu'aucun emploi n'avait été créé par cet accord. Au mieux, on en avait perdu moins... Faits alternatifs ?

  • Bernard Terreault - Abonné 14 mars 2017 08 h 33

    Démagogie

    Tous les politiciens, même ceux pour qui j'ai voté et milité, ont un jour ou l'autre fait de la démagogie, ont dit des faussetés pour gagner des votes basés sur le ressentiment plutôt que la raison. Mais certains sont pires que d'autres et Nadeau-Dubois, à l'occasion Khadir, Legault et quelques autres caquistes sont les pires.

  • Pierre Bernier - Abonné 14 mars 2017 08 h 58

    Eh oui !

    QS et son (ses) prochain porte-parole devraient refaire leurs classes.

    D’autant que « s’instruire c’est s’enrichir » !

    • Marc Therrien - Abonné 14 mars 2017 17 h 35

      Mais dans le monde des classes universitaires et du combat à coup d'études et de statistiques, il y en a beaucoup pour affirmer la chose et son contraire. Et s'il y a un domaine dont le haut niveau de complexité accentue le degré d'imprécision, c'est bien celui de l'économie.

      On écoute Léo-Paul Lauzon ou Pierre Fortin?

      Marc Therrien