Couper les ponts

L’Arabie saoudite ne facilite pas la vie à Philippe Couillard. Au sommet de la Francophonie, il a semblé dans un premier temps hésitant quant à l’opportunité d’accueillir ou non la monarchie dans les rangs de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il s’y est clairement opposé par la suite. Il devrait à l’égard de ce pays adopter une doctrine s’apparentant à celle de Mulroney face à l’Afrique du Sud des années 1980.

L'Arabie saoudite colle aux semelles de Philippe Couillard comme une vieille gomme. Chaque fois que la monarchie wahhabite surgit dans l’actualité et s’impose, il se montre malhabile.

 

En fin de semaine, c’est la controverse au sujet de la candidature de la monarchie saoudienne pour intégrer l’Organisation internationale de la Francophonie qui l’a embarrassé. Il a dans un premier temps refusé de prendre position publiquement pour ou contre l’admission de Riyad dans l’OIF. Le lendemain, M. Couillard prenait fermement et ouvertement position contre l’adhésion de l’Arabie saoudite.

 

On peut comprendre, comme l’ont expliqué depuis des membres de son entourage, que son hésitation apparente, au départ, relevait d’une simple prudence à l’égard de discussions diplomatiques confidentielles ; il voulait éviter de tout faire déraper.

 

Il reste que M. Couillard a hésité et, même s’il a d’emblée parlé du triste sort de Raïf Badawi — blogueur incarcéré dans la monarchie, condamné à un millier de coups de fouet pour ses critiques du régime et dont la famille vit à Sherbrooke —, il avait tout de même formulé cette idée, dans ses interventions initiales : « Il est bon que ces pays s’intègrent aussi. »

 

Ce n’est pas la première fois que M. Couillard expose cette philosophie d’« ouverture » à l’égard de la pétromonarchie. Et c’est là qu’il erre. Comment un homme si intransigeant, en politique interne, lorsqu’il est question des droits de la personne, qui, au moindre doute, accuse tout un chacun de « souffler sur les braises de l’intolérance » contre les minorités peut-il, sur la scène internationale, défendre une telle politique d’ouverture à l’égard d’un si mauvais élève en ces mêmes matières ? La chose est plutôt paradoxale.

 

En fait, lorsqu’il prône ainsi « l’intégration » de pays aux moeurs aussi condamnables, il prête flanc à ceux qui lui attribuent des intentions. M. Couillard déteste cela, avec raison. Il ne peut toutefois nier qu’il a fait plus que pratiquer la médecine pendant cinq ans dans cette théocratie. Il a aussi, dans les quelques années qui ont précédé son retour en politique québécoise en 2013, été conseiller du ministre saoudien responsable de la Santé, Abdullah bin Abdulaziz Al-Rabeeah. On n’a jamais vraiment su ce que M. Couillard avait eu comme mandat auprès de ce chirurgien qui, du reste, n’est plus ministre aujourd’hui. Le chef libéral a souvent expliqué qu’il avait seulement à se rendre environ trois jours par année dans le royaume du golfe afin de participer à des rencontres s’apparentant à des colloques. Néanmoins, M. Couillard a été plus qu’un simple expatrié dans ce pays, il a été rémunéré par son gouvernement. Celui-ci est-il d’ailleurs intervenu, en fin de semaine, pour qu’il appuie sa candidature au sein de l’OIF ? « Absolument pas ! », répond son entourage.

 

Face à l’Afrique du Sud de l’apartheid, l’ancien premier ministre canadien Brian Mulroney, dans les années 1980, avait, le premier dans le Commonwealth, adopté une politique non pas d’inclusion, mais de sanctions économiques à l’égard du pays et du gouvernement de Pieter Botha. Contre l’avis de la première ministre britannique de l’époque, Margaret Thatcher, entre autres. On connaît la suite. Face à l’Arabie saoudite, M. Couillard devrait s’inspirer de cette doctrine sans ambiguïté. La position qu’il a finalement prise samedi va dans ce sens et il faut s’en réjouir.

19 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 novembre 2016 02 h 03

    Il faut sanctionner l’Arabie saoudite.

    Merci, M. Robitaille, pour un éditorial exceptionnel. Vous avez raison de nous rappeler la fermeté de Brian Mulroney face au régime d'apartheid de l'Afrique du Sud. Il me semble que les dirigeants d'antan qui se tenaient debout devant l’injustice n’existent plus. Aujourd’hui, on assiste à des élus machiavéliques qui s’enfichent carrément des droits de l’homme.
    Comment expliquer la mollesse du premier ministre auprès de cet État voyou qui voudrait s’acheter la respectabilité?

  • René Bourgouin - Inscrit 29 novembre 2016 05 h 16

    Trop généreux...

    Votre propos est trop généreux.

    La réalité est que, tout comme Trudeau avec Castro, Couillard a dit le fond de sa pensée dans un premier temps pour ensuite se rendre compte qu'il avait merdé politiquement. Il a donc modifié son discours. Comme Trudeau.

    Il n'est pas malhabile, il est hypocrite. Que les éditorialistes des journaux sérieux cessent donc de fabriquer une légitimité à ces individus qui n'en méritent pas.

    Si l'éthique avait passé avant l'argent chez ce personnage, il n'aurait jamais mis les pieds en Arabie Saoudite. Et je ne parle pas de Porter...

    • Michel Blondin - Abonné 29 novembre 2016 09 h 07

      Bien dit!

      Le journal ne lui donnerait pas l'aval pour dire que le Premier ministre est de mauvaise foi ou hypocrite.

      Le pouvoir a ses entrées et la réprobation a aussi ses effets pervers.

      Il serait temps qu'un coup de barre soit donné pour dénoncer des ligitimités bidons.
      Il faut du courage pour cela.

    • Gilles Théberge - Abonné 29 novembre 2016 11 h 00

      Tout à fait d'accord. Couillard est un hypocrite, et il n'est que juste de le décrire comme tel.

      Il est temps que cessent les entourloupettes et les euphémismes quand vient le temps de décrire leurs comportement inacceptables.

  • François Dugal - Inscrit 29 novembre 2016 07 h 41

    Danser avec les loups

    Comment diantre se nomme cette danse ou l'on fait un pas vers l'avant, suivi d'un sur le côté, puis de deux vers l'arrière?

  • Hermel Cyr - Abonné 29 novembre 2016 07 h 47

    Les zones d’ombre

    Quand on évoque la partie saoudienne de la carrière médicale, M. Couillard reste toujours évasif. C’est comme si il ne tenait pas à ce que cette épisode soit inscrit à son CV. Et le pas de cha-cha qu'il a fait en fin de semaine ne fait qu'ajouter aux questionnements. On suppose, qu’en tant que neurochirurgien, il a surtout opéré les cerveaux, mais il reste toujours une quelque chose de vaporeux entourant ses relations avec cette monarchie.

    Il n’est jamais juste de prêter des intentions ou de « spéculer sur des suppositions », mais le flou-mou apparait spontanément chez lui quand il est question de ses relations officielles avec les autorités saoudiennes. Car relations officielle il y a quand on reste conseiller auprès d’un ministre. Un jour on y verra plus clair sur cet aspect un peu intriguant du personnage.

  • Denis Paquette - Abonné 29 novembre 2016 08 h 09

    quel naif

    Comment se fait-il que monsieur Couillard ne sache pas que les salafistes sont les plus intolétents, qu'ils sont ce que l'on appelle des ultra orthodoxes, qu'ils n'auront jamais de cesse d'exiger de nouveau droits,quel naif et pendant ce temps il se passe des horreurs dans l'arriere pays,, que meme des régions pensent devenir des territoires autonomes pour défendre leurs droits