Ça ne s’améliore pas

Le rappel n’est pas funeste, mais il a quand même créé toute une frousse : le déraillement de train survenu jeudi à Montréal ravivait celui de Lac-Mégantic en 2013, qui avait causé 47 morts. Il ramène aussi l’incident, moins connu mais inquiétant, survenu l’an dernier dans le quartier montréalais de Saint-Henri, alors que deux trains étaient entrés en collision, entraînant un déversement de diesel qui a nécessité un nettoyage de deux mois.

 

À chaque accident, que ce soit au Québec ou dans d’autres provinces, se dégage la constante impression de normes de sécurité lâches, sans souci de les faire appliquer pour de bon.

 

Jeudi, le maire de Montréal, Denis Coderre, dénonçait le fait que les villes ne savent toujours pas si les convois ferroviaires qui les traversent transportent ou non des matières dangereuses. Cette demande élémentaire est faite depuis des années par les municipalités. Elle reste sans réponse, alors même que le trafic ferroviaire, notamment pour faire transiter les produits pétroliers, est en croissance sans limites, qui ne tient compte ni des territoires traversés ni des gens qui les peuplent.

 

Le déraillement de cette semaine n’impliquait pas de ces matières explosives, mais il serait dû à une lacune importante : le nombre insuffisant de freins à main appliqués sur le convoi, ce qui a fait bouger cette masse de 26 wagons stationnés depuis pourtant des mois. N’y a-t-il donc eu aucune inspection durant tout ce temps pour constater une telle lacune ? Il faut rappeler ici que la règle est à l’autosurveillance dans le secteur ferroviaire. Les vérificateurs de Transport Canada ont d’abord pour tâche de valider les systèmes de gestion de la sécurité que les compagnies de chemins de fer sont tenues de mettre en place, selon la réglementation fédérale. On est dans la vérification de procédures sur papier, mais l’étape suivante, elle, est plus floue : qui oeuvre à l’inspection sur le terrain ? Cette responsabilité, qui relève des entreprises, n’est assurée que par une centaine de personnes chez Transport Canada.

 

Autre exemple de flou : il n’y aura pas d’étude spécifique menée par Québec pour évaluer la sécurité du projet de convois pétroliers vers le Nouveau-Brunswick, qui traverseront notamment l’île de Montréal. Tant ce projet que la question du transport seront plutôt examinés de manière générale dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) consacrée aux énergies fossiles. Or les études sur le transport semblent pour le moment non disponibles, voire inexistantes, dans le cadre de cette EES qui débutera sous peu. Ce manque de précision n’a vraiment rien pour rassurer.

5 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 31 octobre 2015 04 h 11

    Réinvestir dans l'État

    Le néo-libéralisme est basé sur une illusion; l’autorèglementation efficace par l’industrie.

    Cela ne se peut pas. C’est impossible.

    Les chefs d’entreprises sont comme nous tous, c’est-à-dire généralement honnêtes. Mais l’autorèglementation favorise ceux qui ne le sont pas, ceux qui violent les règles, ceux qui prennent des risques (comme la MMA) afin de maximiser à court terme leurs profits ou minimiser leurs pertes.

    Tant qu’une frange des leaders d’opinion (les Chambres de commerce, les radios-poubelles, etc.) continuera de leurrer la population en leur disant que les fonctionnaires sont des paresseux, des gens qui empêchent les entrepreneurs de créer de l’emploi, on empêchera le public de réaliser que l’État ne peut pas nous protéger sans avoir les moyens de le faire.

    Or ces moyens, ce sont des bras. Sans les bras des fonctionnaires et de ses inspecteurs, l’État ne peut assurer la sécurité ferroviaire, entre autres.

    Il faut donc cesser de sabrer dans les dépenses des ministères du transport (fédéral comme provinciaux) au nom de phrases creuses comme ‘il faut couper dans le gras’. Cela fait des décennies que les politiciens financent leurs nouvelles promesses en coupant dans le gras.

    Le gras, il n’y en a plus. Cela fait longtemps qu’on est à l’os. Lac-Mégantic en est un exemple.

  • Yvon Bureau - Abonné 31 octobre 2015 09 h 39

    Au train où vont les choses,

    l'espoir n'a pas trouvé ses tracs de roulement significatif et signifiant.
    Triste.

    Merci pour cet article fort en lucidité.

  • Denis Paquette - Abonné 31 octobre 2015 15 h 37

    Quels effrontés

    Pourquoi permettre aux compagnies d'utiliser notre territoire a partir du moment ou elles ne sont pas prètent a prendre toutes les mesures de securité qui s'imposent, nous ne sommes quand meme plus a l'époque de FarWest pour se conduire ainsi, quel gens effrontés et mal éduqués,va-t-il falloir qu'ils leur arrivent ce qui est arrivé a Harper

  • Robert Beauchamp - Abonné 31 octobre 2015 18 h 41

    Qui se soucie des Québécois

    On verra bien maintenant que nous avons 2 paliers de gouvernements libéraux et une administration montréalaise libérale si cette grande famille se soucie de nous où si cette grande famille néo-libérale va laisser les pétro-dollars nous passer sur le corps. On ne devrait pas tarder à le savoir.

  • Sylvain Auclair - Abonné 1 novembre 2015 10 h 58

    Freins à main?

    Il me semble que ce problème de frein était depuis 1872, date de l'invention du frein automatique, dit frein Westinghouse (parce qu'il a été mis au point par George Westinghouse), qui est un système à air comprimé dans lequel l'air desserre les freins. S'il n'y a pas de pression, le frein reste serré et le wagon ne peut pas bouger. Sommes-nous en retard de 140 ans?