Nous voici au terme de la plus longue campagne électorale que le Canada ait connue. Plusieurs indications portent à croire que les Canadiens arrêteront leur choix lundi sur le Parti libéral de Justin Trudeau, mais en se gardant de lui permettre de former un gouvernement majoritaire. La prudence l’exige.
 

Au point de départ de cette campagne, les Canadiens et les Québécois exprimaient une nette volonté de changement. Le souhait était de mettre fin à dix années de régime conservateur. En 2006 et 2008, ils avaient accepté de faire confiance au nouveau Parti conservateur dirigé par Stephen Harper. Ce parti apparaissait être la seule solution de rechange à un Parti libéral éclaboussé par le plus grand scandale politique des 100 dernières années, celui des commandites. Ils ne lui avaient d’abord qu’entrouvert la porte, ne lui accordant une majorité qu’à l’élection de 2011, ce qui aujourd’hui appelle des regrets.

Dix ans plus tard, ce gouvernement conservateur qui s’était engagé à relever la valeur morale des élus s’est lui aussi laissé emporter par ses intérêts partisans, mais d’une autre manière. Comme l’a illustré l’affaire Duffy, les conservateurs de Stephen Harper ne sont pas partis avec des millions. Ils ont plutôt mis l’État au service de leur parti pour asseoir leur pouvoir. Ils l’ont fait avec une arrogance et une mesquinerie inégalées dans l’histoire canadienne, bousculant sans arrêt les institutions parlementaires au risque de les dénaturer, modifiant le régime électoral pour affaiblir les adversaires, contestant l’autorité des institutions judiciaires, concentrant les pouvoirs dans les seules mains du premier ministre, tout cela dans le but de transformer la société canadienne dans ses valeurs et ses référents symboliques.

La transformation de la fibre sociale se constate aujourd’hui. Le changement s’est fait de façon graduelle avec l’adoption de politiques et de lois inspirées par les valeurs conservatrices, telle « la loi et l’ordre ». L’obsession sécuritaire transparaît maintenant dans tout notre système policier, judiciaire et pénitentiaire. Cela vaut pour la lutte contre la criminalité comme pour la lutte contre le terrorisme, où l’on a fait passer au second plan le respect des droits et libertés. Cet esprit sécuritaire a aussi inspiré la politique étrangère de ce gouvernement, qui a abandonné la traditionnelle neutralité canadienne pour s’engager dans le camp des faucons. Les valeurs de partage et de générosité qui inspiraient la « société juste » des années libérales ont été remplacées par des valeurs individuelles.

 

Cette longue campagne électorale a permis d’observer attentivement le Parti libéral de Justin Trudeau et le Nouveau Parti démocratique de Thomas Mulcair, qui seuls pouvaient constituer une solution de rechange au gouvernement conservateur. On a pu évaluer leurs programmes et juger la capacité de leurs chefs à assumer la fonction de premier ministre. La première place aurait dû revenir au NPD puisque à titre d’opposition officielle, il avait eu quatre années pour se préparer et se faire valoir comme « gouvernement en attente ». Il a commencé la campagne électorale en meneur pour se faire doubler peu à peu par le Parti libéral. Son erreur aura été d’avoir refusé d’assumer son identité de parti progressiste, pensant qu’en se déplaçant de la gauche vers le centre de l’échiquier politique, il apparaîtrait plus fréquentable. Il n’avait pas compris que les électeurs étaient prêts à voter à gauche pour marquer une rupture forte avec la droite conservatrice de Stephen Harper. Dommage pour ce parti qui n’avait jamais été aussi proche du pouvoir que cette année.

Ce que le NPD n’a pas compris des attentes des électeurs, le Parti libéral l’avait pour sa part bien saisi. Pour lui, tout s’est joué autour de cette position étonnante sur la question des déficits budgétaires. Contre toute attente, il a mis de l’avant un cadre budgétaire reposant sur de modestes déficits budgétaires permettant de soutenir la relance d’une économie canadienne poussive. De son côté, le chef néodémocrate s’enferrait dans la politique des déficits zéro associée au Parti conservateur. Alors qu’à Ottawa comme à Québec, les gouvernements n’en ont que pour les politiques d’austérité, cette promesse libérale fut reçue avec raison comme un vent de fraîcheur. Dès lors, la campagne libérale prit son envol, nous révélant un jeune chef beaucoup plus mature que d’aucuns ne le croyaient et un parti apparemment renouvelé après son purgatoire de dix ans dans l’opposition.

Le vote stratégique se portera vraisemblablement vers le Parti libéral lundi. Il pourrait être appelé à former le prochain gouvernement. Mieux vaut un gouvernement libéral qu’un gouvernement conservateur dont on pourra effacer les errements. Prenons garde toutefois. La campagne libérale a été scriptée dans ses moindres détails. Justin Trudeau a suivi scrupuleusement son texte. Malgré les apparences, il est loin d’avoir l’expérience et la maturité de ses adversaires. Prenons garde aussi à cette idée que le Parti libéral aurait surmonté ses vieux démons. L’affaire Dan Gagnier nous rappelle que ce parti est un parti de pouvoir qui n’est pas porté que par de nobles ambitions. Aussi, il ne faut pas se laisser emporter par une poussée de fièvre du dernier moment qui lui donnerait une majorité. Avant de lui accorder sa permanence, une période de probation s’impose. Minoritaire, il lui faudra cohabiter avec ses partenaires naturels que sont les néodémocrates et les bloquistes. Il sera tenu de chercher des consensus et de mettre de côté l’esprit partisan. Après les années Harper, un retour au calme est plus que souhaitable.

L’idée du vote stratégique a servi en début de campagne d’argument pour écarter le Bloc québécois, amenant certains de ses partenaires sociaux et syndicaux à lui retirer leur appui, voire à contester sa pertinence du fait qu’il n’aspire pas à assumer le pouvoir. Ce parti, comme tout autre, a droit à une représentation à la Chambre des communes. Tous les courants d’opinion ont le droit de s’y faire entendre, y compris ce courant « nationaliste-souverainiste » qui représente un poids important dans la société québécoise.

En cette fin de campagne où prend forme le scénario d’un gouvernement libéral minoritaire, la présence d’un contingent de députés bloquistes devrait être vue comme une nécessité. Les interventions de Justin Trudeau lors des débats des chefs montrent que sur la « question nationale », le Parti libéral n’a pas changé. On peut croire que sa tendance centralisatrice se manifestera à nouveau. Encore ici, il faut prendre garde. Ce n’est pas parce qu’il y aurait des libéraux au gouvernement à Québec comme à Ottawa que les revendications du Québec seraient mieux accueillies dans la capitale fédérale. Le Bloc québécois a montré par le passé qu’il est une voix forte lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts du Québec. On a cru en 2011 que les députés néodémocrates du Québec pourraient jouer ce rôle, mais étant intégrés à un parti national, ils n’ont pas eu la liberté de parole qu’avaient les bloquistes. Le Bloc doit retrouver une place dans le prochain Parlement.

35 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 octobre 2015 06 h 31

    Texte

    Voilà un texte sensé (selon ma lecture des évènements à venir). Enlever le pouvoir à l’Ouest ne le fera se rapprocher de l’Est que jusqu’à Toronto. Et Dieu sait que ce qui se passe à l’est de Toronto ne pèse pas lourd pour les canadians de la province centre. La «Ford nation» aura ses aspirations remplies bien avant la «nation québécoise», ces bébés gâtés insatisfaits et braillards qui ne comprennent pas encore qu’ils ont été «conquis» (Sauf… leur chef provincial actuel).

    Il est tellement évident, à les voir saliver à CBC, qu’ils n’attendent que le support massif du Québec à un gouvernement central fort (ou faible) pour qu’ils ferment enfin les livres sur le combat qui perdure depuis 150 ans. Ils en sont tout excité. Eux le perçoivent, pas vous ? Ils vont pouvoir ajouter un «to coast» à leur litanie de «to coast», la «nôtre» que notre «chef très provincial» est prêt à leur abandonner bras dessus bras dessous avec sa copine Kathleen.

    C’est à croire que j’ai une dent contre Toronto. Ça doit venir du fait que je suis originaire de Montréal, c’est inné (et Toronto me le rend bien).

    J’ai vu un panel de trois maires hier à CBC, celui de Montréal, celui d’Halifax et celui de Vancouver pour discuter du poids politique des villes. Où était celui de Toronto ? Il faisait la circulation du trafic des votes qui rentent pour «le fils de Superman». Tiens... comme par hasard, il y a maintenant une pièce toute neuve de 20$ à son effigie (pour les férus de symbolique).
    Il est dont joli garçon le nouveau Capitaine Canada, il ne manque que la cape rouge ! Il est presque sans tache... presque; oups... lui aussi à son Kriptonite.

    PL

    • Claude Bariteau - Abonné 17 octobre 2015 09 h 46

      Le combat, le vrai, a commencé avec les Patriotes et s'est conclu en 1840 par l'Acte d'Union, il y a 175 ans. C'est 25 ans de plus que 150 notés.

      Depuis, le peuple québécois, qui revendiquait le contrôle des élus à l'Assemblée législative sur les conseils législatifs et exécutifs, fut transformé en groupes ethnoculturels construits par les dirigeants du gouvernement d'Union à l'aide d'associés locaux.

      Sans leur association, ils ne seraient rien et le savent. Aussi s'acharnent-ils à servir le Canada et son peuple au détriment du peuple québécois.

      Pour ces serviteurs canadiens, il importe de préserver une base locale nationaliste au sens culturel du terme. Elle leur sert de tremplin, car, sans elle, ils deviendraient insignifiants.

      Aussi s'activent-ils à la recréer avec des fonds canadiens et font-ils tout pour combattre et discréditer le projet d'indépendance, question de se rendre signifiants aux yeux des dirigeants de ce pays.

      Renverser l'ordre instauré en 1840 ne consiste pas à protéger la culture et la langue. Ça implique plutôt de reprendre la lutte politique laissée en plan pour le contrôle du peuple québécois de son territoire et de son avenir.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 octobre 2015 11 h 54

      «Renverser l'ordre instauré en 1840 ne consiste pas à protéger la culture et la langue.»
      Entièrement d'accord avec vous. Et la preuve en est que chez les Patriotes, il y avait des anglophones.

      Vous excuserez mon écart de 25 ans, on n'en est plus à quelques années près. C'est déjà trop long.

      PL

  • Guy Lafond - Inscrit 17 octobre 2015 06 h 53

    Déconnectés


    Encore une fois, aucune référence au Parti Vert et à Mme May dans un article écrit cette fois-ci par le Directeur du Devoir, M. Bernard Descôteaux.

    Les vrais enjeux de cette élections sont encore une fois écartés, ignorés. Bien sûr un clin d'oeil timide est fait en rapport avec l'affaire Dan Gagnier et son chef libéral, Justin Trudeau. Mais rien pour émouvoir la galerie.

    Tirez-en vos conclusions.

    Des Canadiens désirent rester parmi les plus grands consommateurs d'énergies fossiles et de surcroît les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre sur la Terre.

    Les deux seuls partis fédéralistes (et mondialistes) prêts à changer cela sont le Parti Vert et le NPD.

    Des Canadiens, Canadiennes, seraient-ils à ce point narcissiques?

    Où est passé votre esprit sportif, messieurs, pour ignorer ainsi le Parti Vert et Mme May? Retrouvez-vous cet esprit et vos sens seulement dans les sports professionnels à la télé, ou dans les débats électoraux du Globe and Mail ou de TVA?

    Si tel est vraiment le cas, alors puis-je suggérer à ces "boys" de regarder le Canal des sports ce lundi plutôt que d'aller voter? Ils n'auront alors pas à faire l'effort d'embarquer dans leur 4x4 ou dans leur seconde voiture (de luxe?) pour aller voter à trois coins de rue de leur résidence.

    Et nous! Nous irons voter dans un lavabo d'air frais, la bouteille d'eau cristalline à la main.

    Faisons donc sortir le vote autrement: à pied, à bicyclette, en véhicules hybrides ou électriques,...à cheval.

    Lançons un message clair à ces "paresseux" que l'économie peut se faire autrement qu'avec seulement le pétrole!

    ;-)

    Quand à ceux et celles qui iront voter déguisé(e)s, je leur suggère aussi de lire "Fantasio" de Mussset.

    "[] Quel métier délicieux que celui de bouffon! J'étais gris, je crois, hier soir, lorsque j'ai pris ce costume et que je me suis présenté au palais, mais en vérité, jamais la saine raison ne m'a rien inspiré qui valût cet acte de folie.."

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 octobre 2015 12 h 02

      «Des Canadiens, Canadiennes, seraient-ils à ce point narcissiques ?»
      Je ne sais trop, attendons les résultats de lundi soir et nous verrons.

      M'étirer jusqu'à l'autre bord des Rocheuses pour faire valoir un point mondial, c'est oublier le marasme qui se passe à mes pieds et dans ma cours. Je vais forcer fort pour que le pipeline ne passe pas chez-moi, les Colombien s'occupent très bien du leur.

      PL

    • Raymond Labelle - Abonné 18 octobre 2015 20 h 24

      La pire stratégie pour se débarrasser des Conservateurs, à part voter conservateur, c'est de voter Bloc. Voici pourquoi.

      Si les conservateurs ont le plus de sièges, ils réclameront de nouvelles élections. Si le NPD et le PLC avaient ensemble la majorité des sièges et défaisaient le gouvernement au discours du Trône, le gouverneur-général demanderait plutôt au premier parti d’opposition de former le gouvernement. Le gouverneur-général voudrait une certaine assurance d’un minimum de stabilité de ce gouvernement, ce qui serait possible avec une certaine collaboration de ces deux partis, même sans coalition formelle.

      S’il y a trop de députés du Bloc, le NPD et le PLC n’auront pas, à eux deux, une majorité de sièges. Le Bloc serait donc nécessaire pour former une majorité contre les Conservateurs. Or, il est difficile politiquement pour le NPD et le PLC de s’associer avec le Bloc, honni dans le ROC (on ne soupçonne pas toujours à quel point au Québec). Le Bloc ne voudrait peut-être pas non plus garantir un appui. Le gouverneur-général n’aurait donc pas suffisamment d’assurance de stabilité d’un gouvernement du premier parti d’opposition et devrait obtempérer à la demande des conservateurs de déclencher de nouvelles élections. Et qui sait ce qui adviendrait alors.

      Voilà où on en serait si le Bloc atteignait son objectif de « balance du pouvoir » : beaucoup d’obstacles et d’embûches supplémentaires pour se débarrasser des conservateurs, et de nouvelles élections à court terme peut-être.

      Pour une explication plus générale de ce qu’il faut savoir en cas d’un tel scénario, je ne saurais trop vous recommander de lire ces deux articles de Louis Massicotte :

      http://www.ledevoir.com/politique/canada/452627/le

      http://www.ledevoir.com/politique/canada/452819/le

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 octobre 2015 05 h 32

      Louis Massicotte peut bien penser ce qu'il veut, M. Labelle, mais je n'ai qu'un seul vote, le miens et je vais l'apposer sur le nom de celui qui «me» représentera, Je n'ai aucun autre pouvoir et pas plus d'influence, même si je pèse très fort avec le crayon sur le bulletin.

      Il n'y a aucune combinaison imaginable dans laquelle je voterais pour quelqu'un que je ne supporte pas. Faire le contraire de ce que je pense n'est pas dans mes habitudes.

      PL

    • Cyr Guillaume - Inscrit 19 octobre 2015 16 h 52

      D'accord avec M.Lefebvre ici, j'ai voté Bloc, et j'en suis très fier.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 octobre 2015 16 h 56

      Il faut toujours faire comme on pense, mais il n'est pas interdit de changer d'idée ;)

  • Normand Carrier - Abonné 17 octobre 2015 07 h 18

    Il faut un grand ralliement souverainiste au BLOC .....

    Il ne faut surtout pas faire l'erreur d'élire le fils de son père a la tête d'un gouvernement majoritaire car ce serait une erreur stratégique majeure .... Justin est justifié de remplacer les conservateurs mais avec une minorité pour lui permettre de diriger avec l'aide d'autres partis .... Ce gouvernement minoritaire devra être sous haute surveillance et faire son apprentissage ....

    Tous les souveraistes et nationalistes devraient se rallier au BLOC et lui permettrent d'obtenir au moins le tier de la députation Québécoise .... A 27% chez les francophones selon le dernier Léger Marketting , il n'a besoin que de 2-3% de plus pour avoir une forte représentation et se faire l'unique défenseur des intérêts des Québécois .... Depuis le début de la campagne il y a un nombre considérable de souverainistes qui avaient l'intention de voter NPD sont revenus au BLOC et de grâce , ne perder pas vos votes pour le PLC de Trudeau qui doit demeurer minoritaire .... Ne faisons pas l'erreur de donner une majorité au bon vieux parti libéral magouilleur qui est toujours le même comme l'affaire Gagnier le démontre .......

  • Fernand Laberge - Abonné 17 octobre 2015 07 h 52

    Désir de changement... perpétuel

    Depuis 20 ans, à cause de notre système électoral, aucun parti n'a eu besoin de mobiliser plus du quart des électeurs pour gouverner le Canada. Ni les libéraux des commandites, ni les conservateurs du prétexte sécuritaire.

    Les campagnes, d'abord destinées à cibler quelques électeurs stratégiques, frôlent l'insipidité et l'absurde. Le négativisme et le dénigrement tiennent lieu d'idées pour orienter la société.

    Hasardeux d'interpréter les sondages quand tout se joue sur quelques votes dans quelques comtés. Bien sûr qu'ils reflèteront au mieux un «désir de changement», au pire le cynisme quand les trois quarts des électeurs se sentent exclus de l'évolution du pays.

    Il est illusoire d'attendre un changement démocratique fondamental. Mais peut-on au moins espérer que les prochains élus seront conscients de l'humilité dont ils devraient faire preuve avant de prononcer ces sempiternels : « Les Canadiens veulent que...»

  • Jean Lapointe - Abonné 17 octobre 2015 08 h 06

    Pourquoi le Bloc à Ottawa

    «Le Bloc québécois a montré par le passé qu’il est une voix forte lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts du Québec. On a cru en 2011 que les députés néodémocrates du Québec pourraient jouer ce rôle, mais étant intégrés à un parti national, ils n’ont pas eu la liberté de parole qu’avaient les bloquistes. Le Bloc doit retrouver une place dans le prochain Parlement» (Bernard Descôteaux)

    Le Bloc doit bien sûr retrouver une place dans le prochain parlement pour qu'il puisse «défendre les intérêts du Québec» mais le Bloc aurait à mon avis un rôle beaucoup plus important encore à jouer et il faudrait qu'il y ait suffisamment de candidats du Bloc élus pour que ce rôle puisse être joué.

    C' est que s' il entend défendre les intérêts du Québec à Ottawa, ce n'est pas parce qu' il tient à ce que le Québec reste dans la confédération canadienne mais bien plutôt pour qu' il puisse voler de ces propres ailes le plus tôt possible.

    Le Bloc serait là pour faire avancer la cause souverainiste, non pas pour améliorer la confédération canadienne.

    S'il appuie éventuellement certaines mesures susceptibles de favoriser le Québec en tant que province et le Canada en tant que pays ce n'est pas parce qu' il espère qu' ainsi la souveraineté ne serait plus considérée comme souhaitable mais bien plutôt parce qu' il entend empêcher que sa situtuation se dégrade encore davantage.

    Le Bloc doit bien sûr jouer le rôle de chien de garde du Québec à Ottawa mais il aurait un rôle encore plus important à jouer s' il réussissait à faire élire au moins une douzaine de députés pour pouvoir être reconnu officiellement.

    Je ne suis pas un porte-parole du Bloc. Je ne fais qu'exprimer mon opinion. C'est que je pense qu'il est important que ce soit clair.

    En tant que souverainiste, j'appuie le Bloc parce que je considère que le Bloc est indispensable pour faire avancer la cause de l'indépendance. Il faut que le reste du Canada sache que nous n'entendons pas abandonner le combat.

    • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 17 octobre 2015 10 h 05

      Peut-être que si le Bloc québécois n'était pas à Ottawa pour défendre les intérêts du Québec, les Québécois se réveilleraient et se décideraient enfin à faire l'indépendance du Québec. Sa présence à Ottawa mêle aussi les cartes, pour plusieurs, une représentation très faible de députés bloquistes démontrerait que l'indépendance est en perte de vitesse. Or, cela est trompeur, tous les souverainistes ne votent pas pour le Bloc pour diverses raisons et expriment un vote stratégique. Cette élection est un véritable casse-tête pour les souverainistes qui visent avant tout à ce que le gouvernement Harper ne soit pas réélu à la tête du gouvernement canadien. Pour que «que le reste du Canada sache que nous n'entendons pas abandonner le combat», il faudra élire un gouvernement souverainiste à Québec en 2018.

    • Pierre Fortin - Abonné 17 octobre 2015 10 h 13

      Monsieur Lapointe, je suis bien d'accord quand vous dites « Le Bloc serait là pour faire avancer la cause souverainiste, non pas pour améliorer la confédération canadienne ». Bien sûr, l'objectif ultime demeure l'indépendance du Québec puisque ce ne sera jamais dans le cadre de la Consitution canadienne que la nation québécoise sera reconnue et qu'elle pourra s'épanouir selon ses aspirations.

      Mais que cela nous plaise ou non, notre statut de minoritaires ne doit pas nous empêcher de nous faire entendre et de gueuler lorsqu'il le faut. Trop de mesures peuvent être votées sans même que notre voix se fasse entendre si le Bloc ne nous représente pas. Les absents ont toujours tort, dit-on, mais si nous ne sommes pas aux Communes, nous n'existons tout simplement pas.

    • Raymond Labelle - Abonné 18 octobre 2015 20 h 06

      Se faire croire sans risques que l'on défend le Québec: envoyer des députés sans pouvoir à Ottawa, mais dont le volume des récriminations soulage.

      Sans risques car ça n'est pas la Chambre des Communes qui va déclencher un référendum sur l'indépendance du Québec.

      Sans pouvoir, car le Bloc est condamné à être minoritaire.

      L'absence de risques explique sans doute en parte le succès passé du Bloc. Se donner l'illusion que l'on fait quelque chose d'utile, mais sachant que ça sera sans conséquence sérieuse.