Le gouvernement du Québec, au premier chef la ministre de la Culture Hélène David, vient d’échouer haut la main au test de la pertinence et de la délicatesse dans sa gestion aveugle de l’austérité.

 

À quelques heures de la Fête nationale, ce gouvernement a annoncé à des organismes qui n’avaient rien vu venir trois coupes directement liées à l’identité d’un peuple : réduction à compter du 1er juillet (demain quoi !) des sessions d’accueil destinées aux immigrants francophones ; abolition de dizaines de postes à Bibliothèque et Archives nationales du Québec ; compressions de 2,5 millions de dollars au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), une première dans l’histoire de l’institution.

 

Ne prenons pas les gens pour des imbéciles : en dépit des justifications officielles, la coïncidence des dates est en soi un message. Mesdames et messieurs, comprenez-le bien, le souci d’être ne vaut pas pipette face à nos problèmes d’avoirs. Mais allez, c’est pas si grave : regardez-nous, présents, souriants, et heureux d’être tous rassemblés au défilé de la Fête nationale… La vie continue, personne ne meurt. D’ailleurs, qu’est-ce qui est coupé ? Un rien, quelques millions.

 

Et c’est ainsi que la déstructuration sociale avance. Le gouvernement dira par exemple que les sessions d’accueil et d’orientation pour les immigrants francophones sont peu utilisées. Mais sont-elles publicisées, valorisées ? L’aide à l’intégration doit pourtant être plus soutenue que jamais au Québec, car elle a bien des faiblesses, et cela compte d’autant plus si le projet gouvernemental est d’accueillir encore plus d’immigrants. Mais cela correspond bien à l’actuelle idéologie libérale, qui est que chacun compte sur ses propres moyens.

 

Quant à la culture, rions un peu. Il faudrait croire qu’en ne coupant pas directement les artistes mais simplement les organismes avec lesquels ils font affaire, la vitalité du milieu ne sera pas touchée. Il est vrai que ce n’est pas une bourse que l’on retire quand on abolit une mesure d’aide à la coproduction, comme on vient de l’annoncer, juste une possibilité que le gouvernement complète un financement obtenu hors Québec par un artiste débrouillard. Son projet s’en trouve menacé ? Allons artiste, encore un effort, trouve toi-même une autre façon de te financer ! Facile à dire alors que les compressions s’additionnent présentement en culture, de l’abolition des Conférences régionales des élus à la coupe de 15 % imposée aux Conseils régionaux de la culture, et maintenant le CALQ.

 

La ministre David était jusqu’ici applaudie pour sa capacité à limiter les dégâts que cause ailleurs l’administration libérale. Elle vient enfin de faire sa part, celle d’affaiblir la collectivité.

24 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 25 juin 2015 02 h 20

    Etre et avoir

    Vous avez raision d'intituler votre article etre et avoir car je ne suis pas sur que nous sommes capable de faire la différence, quel aveuglement, pour abandonner ce qui nous distincguait

  • Josée Duplessis - Abonnée 25 juin 2015 06 h 44

    ????

    Quand on veut que le Québec soit une province comme les autres c'est de cette façon que l'on doit procéder. Bravo!!! Mme David, vous apprenez vite et bien. Vous aurez compris que je suis sarcastique et en même temps désespérée de nous voir écorchés de la sorte. Diminués, ravagés par un gouvernement qui a dilapidé les fonds publics depuis plus de 10ans et qui nous dit à nous qu'il faut arrêter le gaspillage.
    Non mais pour qui nous prenez-vous?
    Oui je sais des colonisés et colons d'accepter.
    À force d'écraser les gens vous aurez de mauvaises surprises sauf qu'en attendant le loup perd des forces.

  • Carol Patch-Neveu - Inscrite 25 juin 2015 07 h 32

    Navrant illogisme !

    En mars dernier, la ministre David annonçait fièrement un investissement de 32,4 millions pour la réfection de l'Esplanade de la Place-des-Arts ! Des travaux amorcés au plus vite et qui s'étaleront jusqu'en 2018. Durant la campagne électorale estivale de 2012, le gouvernement sortant de Charest se targuait d'avoir tant fait en matière de culture, à preuve La Maison symphonique, en partenariat PPP. Les gouvernements libéraux passent, mais la confusion demeure entre culture et infrastructure. Pourvu que le lieu culturel soit édifiant, la mission est accomplie. Qui peut donc croire que nous n'aimions pas nos artistes et artisans au Québec ? Imaginez la future vaste Esplanade avec bassin et fontaines, Las Vegas en plein coeur du centre-ville, passons sous silence en quoi elle prive d'un financement pérenne des organismes culturels dont la mission est encore mise en péril, y compris leur précieux apport en matière d'initiation auprès des jeunes ! Quel navrant illogisme !

    Carol Patch-Neveu.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 25 juin 2015 07 h 50

    La culture...c'est secondaire...

    Il fallait s'y attendre, la culture est un bien secondaire. Madame David vient de commettre l'erreur de sa carrière. La solidarité gouvernementale vient de l'attaquer et le virus de l'austérité sera difficile à guérir. On se rappellera du gouvernement Couillard avec ses alliés économistes qui visent l'argent sans se soucier de la culture et de l'éducation. Il faut à tout prix s'enrichir au détriment des besoins d'une société qui avait une réputation. Le passé était mauvais...il faut redresser la situation. On ne reconnaitra plus notre Québec mais les riches riront des pauvres et eux pourront se payer le luxe. On vient de perdre le Nord...

  • Pierre Bernier - Abonné 25 juin 2015 07 h 58

    En effet !

    En effet !

    " ...c’est ainsi que la déstructuration sociale avance" ! [JB]

    "Gouverner mieux"... n'est pas de « gouverner moins ».

    Seule l'idéologie bêtement "comptable" tombe dans ce piège.