L'ironie à propos de l’affaire de la consultation publique à huis clos (comment dire autrement !) sur l’acceptabilité sociale tenue par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, c’est que ledit huis clos non seulement est une nouveauté, mais il a été décrété parce que des organismes, semble-t-il très très peu nombreux, l’ont demandé. On ne pouvait rêver meilleure manière de mettre le doigt sur le bobo en matière d’acceptabilité sociale : le secret. Et ce ne sont pas les groupes environnementaux ou de citoyens qui tombent dans ce travers !

 

Quand, le 18 novembre dernier, le ministre Pierre Arcand annonce que se tiendra au printemps un chantier portant « sur l’acceptabilité sociale des projets liés à l’exploitation des ressources naturelles », il souligne que le processus « se fera de manière transparente et dynamique ». Nulle part n’est-il fait mention de rencontres privées.

 

Pur hasard, ce 18 novembre-là, on est en pleines révélations du plan de communication de TransCanada, obtenu par Le Devoir, pour vanter son projet Énergie Est. Il y est notamment question de rencontres privées avec des décideurs — comme celle que l’entreprise avait discrètement tenue quelques semaines plus tôt. Tout cela fait grand bruit. En comparaison, le chantier sur l’acceptabilité du ministre Arcand semble donc une belle idée pour, enfin !, ouvrir le jeu.

 

Mandatée pour préparer ledit chantier, la firme Raymond Chabot Grant Thornton va d’ailleurs produire un document de travail qui pose un diagnostic détaillé, où les lacunes du ministère sont dûment identifiées. Par exemple, note le rapport, si une entreprise demande des droits fonciers pour des projets éoliens, elle doit dire si elle a tenu des séances d’information ou de consultation, mais elle n’a pas l’obligation d’en fournir les résultats. Ou encore, pour ce qui touche la Loi sur les mines, « le manque d’acceptabilité sociale n’est pas considéré comme un motif d’intérêt public ». Les exemples de ce genre abondent.

 

Bref, du travail bien fait, qui promet de belles discussions, annoncées dans le document et qui seront suivies, nous dit-on, d’un rapport final. Toujours pas un mot sur un possible huis clos, ou des préconsultations, ou le fait que le « rapport final » sera à son tour suivi de consultations publiques — toutes choses évoquées par le ministre Arcand depuis que Le Devoir a raconté mardi avoir été expulsé de la première rencontre du chantier.

 

Il y a là une véritable incohérence par rapport à la démarche originale. Les conversations privées, les ministres en ont déjà : l’intention, ici, c’était d’échanger publiquement avec tous les acteurs. Mais on apprend maintenant que le débat lui-même, pourtant bien préparé, fait peur… à qui donc au juste ?

  • Gaston Bourdages - Abonné 13 mai 2015 04 h 46

    À elle seule la dernière ligne de votre...

    ...article madame Boileau que je remercie est un bijou.
    Je me permets d'y ajouter. «Pourquoi le débat fait-il peur ?»
    Quelles sont les qualités inhérentes à la transparence ? Puis-je être à moitié transparent ? Si oui, qu'arrive-t-il de l'autre moitié ? Sert-elle des intérêts ? De qui ? Qu'y répondrait monsieur Couillard dans un contexte de «vraies affaires» ?
    Je m'arrête ici...un certain cynisme cogne à ma porte.
    Mercis madame Boileau.
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 13 mai 2015 06 h 51

    Cela vous rappelle les gaz de schiste ........

    Tout s'est fait en catimini pour l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent .... Lorsqu'on l'a su tous les permis d'exploration étaient donnés et les citoyen constatèrent que les puits émergeaient dans leurs cours ...
    Le ministre Arcand est en train d'utiliser le même procédé en agissant en vase clos contrairement a tout ce qu'il avait promis .... Cela augure mal pour la suite des choses .... Nous ne pouvons avoir confiance en ce gouvernement .....

  • François Dugal - Inscrit 13 mai 2015 07 h 52

    Qui est-ce ?

    C'est qui, Raymond, Chabot, Grant, Thornton ?

    • Bernard Plante - Abonné 13 mai 2015 10 h 02

      Ce sont les nouveaux décideurs de ce qui doit se passer au Québec. Avec eux et le livre The Fourth Revolution auquel se réfère Couillard, nous sommes certains de finir en Africains d'Amérique.

      Elvis Gratton pourra ajouter une nouvelle définition à notre identité confuse...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 13 mai 2015 13 h 17

      Décidément mes "concitoyens-commentateurs" ont des traits d'humour que j'aime bien...beaucoup...énormément.

      C'est bon signe...on sent un vent de ...liberté.

      Merci de m'avoir fait sourire...M. B.Plante

  • Robert Beauchamp - Abonné 13 mai 2015 08 h 47

    Le secret en sous-traitance

    Tiens tiens! La même firme Raymond Chabot Grant Thorton qui vient de museler la CSDM avec son rapport qui va maintenant diagnostiquer le ministère des mines. Dis donc des vrais spécialistes dans tous les domaines préconisant la voie du silence et du muselage, voiià le dénominateur commun. Et pour l'image un politicien en situation d'autorité va souvent confier en sous-traitance (malgré l'austérité) des études lui servant de paravent. J'espère que dans ce dossier la classe journalistique va monter aux créneaux devant la porte qu'on vient de leur fermer au nez, quand ce n'est pas carrément l'expulsion.
    Il n'y a pas à dire, tous ces ministres à partir du Premiersemblent maintenant adopter le même profil autoritaire, condescendant, voire même arrogant.

  • Françoise Raymond - Abonnée 13 mai 2015 09 h 19

    Un gouvernement transparent...

    Vraiment, aucune surprise dans cette façon de procéder. Ce gouvernement est peut-étre autorisé à agir comme il le fait depuis son élection l'an dernier, puisqu'il a un nombre suffisant de députés élus. Mais il me reste toujours en tête l'idée que légalité n'est pas toujours légitimité. Ça y ressemble quand on se cache derrière des portes closes pour discuter de la manière de nous faire avaler des décisions inacceptables, alors qu'on ose prétendre à la transparence.