Débuts prometteurs

Faire en sorte que les « meilleures personnes possible » enseignent aux enfants. Voilà l’essence du projet de réforme qui a été esquissé par le ministre de l’Éducation François Blais. C’est presque gênant de le dire, mais… il y a longtemps qu’on aurait dû y penser. Encore heureux que le nouveau ministre ose. Il fait ainsi une entrée en poste remarquée et, à nos yeux, prometteuse.

Les dénonciations sont pourtant anciennes. La didacticienne du français Suzanne-G. Chartrand le rappelait au Soleil, mercredi : « Ça fait 20 ans que je le demande. Et j’attends toujours des mesures concrètes. » Pendant des décennies, donc, certains cancres — osons le mot — ont pu devenir enseignants au Québec. Espérons que, comme il l’a évoqué, le ministre Blais resserrera l’accès à ce métier crucial pour la nation. Il s’agit entre autres de fixer une cote R minimale, partout au Québec, pour accéder au baccalauréat en enseignement primaire et secondaire.

Le dernier révélateur fut le fameux Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFEE), condition d’obtention du brevet d’enseignement. Dans certaines universités, seuls 40 % des étudiants l’ont réussi du premier coup. M. Blais veut ajouter un nouvel examen à l’entrée en faculté. L’idée est excellente. Cela entraînera un écrémage initial. En ces matières, le gouvernement doit agir, car les universités ont du mal à se discipliner : elles sont souvent prêtes à toutes les compromissions pour faire croître la « clientèle ».

Autre motif de réjouissance : questionné par Le Devoir mardi au sujet de la formation des maîtres, M. Blais n’a pas écarté une réforme plus large. Depuis 1994, les enseignants sont d’abord et avant tout formés en pédagogie. Leurs connaissances disciplinaires en français, maths, histoire, etc. correspondent souvent à un certificat faible en la matière. Or M. Blais a clairement exprimé des « préoccupations » à cet égard (même s’il ne compte pas s’y attaquer pour l’instant). À l’heure de l’approche par compétences, il faut renforcer la formation disciplinaire, soulignaient Beauchemin et Fahmy-Eid dans leur rapport de 2014 sur l’enseignement de l’histoire.

Il ne suffit pas d’« aimer les enfants » pour devenir un bon enseignant, comme on l’entend encore trop souvent. Connaître à fond sa matière, en être passionné parce qu’on possède un diplôme dans celle-ci, confère souvent bien plus d’autorité stimulante que des trucs de gestion de classe. Comme l’a dit M. Blais : « Nos enseignants doivent être des modèles sur le plan intellectuel. » Cela, pour plusieurs, est une évidence ; mais il y a longtemps qu’on avait entendu de telles choses sortir de la bouche d’un ministre de l’Éducation.

18 commentaires
  • Jean-François - Abonné 19 mars 2015 02 h 33

    Enfin!

    Un Ministre de l'Éducation qui a fait de de l'Éducation...

    Bravo Mr. Couillard!

    C'est comme un médecin(sans arrières pensées) à la Santé,ou un juriste ou un policier à la Sécurité Publique...

    Dans 4 ans vous aurez surement appris.

    D'ici là vous allez surement nommer d'autres incompétents.

    Avec une députation aussi faible, on ne pourra pas vous en vouloir.

  • André Chevalier - Abonné 19 mars 2015 05 h 36

    Ey si on rendait le métier plus attrayant?

    Si on veut attirer les meilleurs candidats à la profession enseignante, il faudrait commencer par la rendre plus intéressante tant sur le plan salarial que dans les conditions de travail.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 mars 2015 09 h 34

      Ça c'est considéré que le seul point d'intérêt dans le choix d'un travail c'est la hauteur de la paye et le confort de la chaise du poste de travail...

      La hauteur de la paye à un intérêt pour contrebalancer la difficulté de recrutement dans les métiers pénibles, les métiers ou le travail est dure et désagréable. Là le métier d'enseignant, bien qu'il comporte ses difficultés et défis, est loin loin d'être un métier qui rebute la population, c'est un métier de choix qualifié de tous les temps comme étant ''le plus beau métier''.

      Il est simplement aberrant de croire qu'on aura un système d'éducation humaniste et socialement enrichissant en lui demandant de répondre présent à ceux qui se demandent ''c'est où que ça paye le plus''.

    • André Chevalier - Abonné 19 mars 2015 09 h 53

      @ Jean-Yves Arès: « Là le métier d'enseignant, bien qu'il comporte ses difficultés et défis, est loin loin d'être un métier qui rebute la population, c'est un métier de choix qualifié de tous les temps comme étant ''le plus beau métier''.»

      Je pense que vous connaissez très mal le milieux de l'éducation actuel pour sortir ces vieux clichés. Le fait est que les conditions des enseignants rebute un grand nombre de candidats intéressants. J'en connais plusieurs qui ont abandonné le métier de guerre lasse, découragés par le peu de considération qu'on leur accorde.

    • Jean Richard - Abonné 19 mars 2015 10 h 16

      « Ça c'est considéré que le seul point d'intérêt dans le choix d'un travail c'est la hauteur de la paye et le confort de la chaise du poste de travail... »

      Bien dit !

      Il y a un manque de rigueur chez nombre d'enseignants, manque de rigueur résultant à la fois d'une maîtrise insuffisante de la matière enseignée et d'une attitude souvent à la limite du laxisme. Je doute fort qu'on puisse corriger cette lacune en augmentant le salaire de ces enseignants ou en rendant « leur chaise plus confortable ».

      L'argent n'achète pas tout...

    • André Chevalier - Abonné 19 mars 2015 11 h 51

      @Jean Richard

      On dirait que vous regrettez l'époque où l'enseignement était assumé par les communautés religieuses composés d'enseignants qui, eu, avaient la vocation et n'avaient pas l'esprit corrompu par " l'appât du gain".

      Il serait temps d'arriver au XXIe siècle! Un enseignant peut aimer son travail et être efficace même si on le paye convenablement, comme dans n'importe quelle profession.

      Mais il est évident que si on le traite à rabais après ses études universitaires comme c'est actuellement le cas et qu'il a à choisir entre ses obligations familiales et un métier rendu difficile par le manque de considération que la société lui accorde, il va être porté à choisir une autre profession.

      Votre remarque sur le manque de rigueur des enseignants exhale un mépris bourré de préjugés et de généralisations trop répandus dans la population et les dirigeants politiques et qui sert de justification au traitement qu'on réserve aux enseignants.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 mars 2015 07 h 09

    Ce qu'il a dit ou ce qu'il nous plairait d'entendre ?

    L'éditorialiste convoque le nouveau ministre au service de l'administration de remèdes qu'il présume aussi urgents que nécessaires aux maux dont il pense notre système d'éducation affligé. Qui oserait le contredire? Tout le monde est pour la vertu... sauf, semble-t-il, les ministres précédents, les facultés, les enseignants, alouette. Le nouveau ministre, on verra. Au moins, lui, il semble avoir compris.

    Entre autres, que les nouveaux enseignants sont poches en français et que les universités regardent passer le train. Tout le monde sait cela, non? Tout le monde sauf, les gens qui travaillent dans les facultés. Mais ceux-là, n'est-ce pas...

  • Louis Fortin - Abonné 19 mars 2015 07 h 32

    Le beurre et l'argent du beurre

    Le ministre veut les meilleurs candidats? Il n'a qu'à rendre la profession intéressante et à la revaloriser. À cet effet, il pourrait commencer par des signes d'ouvertures avec la prochaine convention collective...

  • Bernard Terreault - Abonné 19 mars 2015 07 h 54

    Attention !

    On n'attirera "les meilleurs" vers l'enseignement si on baisse leur salaire, compte tenu de l'inflation, tout en augmentant leur charge de travail par des classes plus nombreuses et notamment plus d'élèves en difficulté.