L’industrie gazière a reçu cette semaine trois mauvaises nouvelles en autant de jours, le Québec, l’État de New York puis le Nouveau-Brunswick fermant tous trois la porte à l’exploration et à l’exploitation du gaz de schiste. Les opposants à cette activité voient dans ces décisions une « victoire collective immense ». Nuançons. La porte n’est pas fermée à double tour.

Les décisions de ces trois gouvernements sont le fruit, il n’y a aucun doute là-dessus, d’un fort mouvement d’opposition citoyen à l’exploitation de cette énergie fossile susceptible d’affecter directement la vie, la sécurité et la santé de milliers de gens. D’emblée sensibles aux redevances qu’allait leur rapporter cette nouvelle activité, ils durent refréner leur enthousiasme et engager des études et consultations publiques dont les résultats apparaissent aujourd’hui probants.

 

Aux États-Unis, l’exploitation du gaz de schiste a été vue comme un nouveau Klondike. Les premiers puits se répandirent comme traînée de poudre malgré les oppositions, sauf dans l’État de New York où les groupes environnementaux amenèrent dès 2008 le gouverneur de l’État à suspendre la délivrance de permis, le temps de mener des études environnementales et en santé publique. Convaincu que les dangers pour la santé étaient nettement plus grands que les retombées économiques envisagées, le gouverneur Cuomo décréta mercredi leur interdiction.

 

Au Québec, les activités d’exploration dans la vallée du Saint-Laurent commencèrent en 2009 et 2010. Elles soulevèrent un mouvement d’opposition d’une rare intensité qui força le gouvernement de Jean Charest à enclencher une évaluation environnementale stratégique que le gouvernement Marois fit suivre d’une étude du BAPE dont la conclusion, rendue publique mardi, est que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous pour une activité dont les bénéfices ne sont par ailleurs pas démontrés.

 

Le premier ministre Couillard s’est rallié à cette conclusion. Outre le fait d’être rejetée par la population, il a noté que cette activité ne présente pas grand intérêt sur les plans économique et financier. Tous ont compris de son propos que le dossier du gaz de schiste venait enfin d’être clos. Tandis que les porte-parole de l’industrie gazière s’inquiétaient, ceux des groupes environnementaux se réjouissaient. La victoire n’est toutefois pas aussi immense que l’imaginait spontanément un Dominic Champagne qui fut un des porte-étendard de cette bataille. Pour le premier ministre, la porte est fermée, mais pas verrouillée. Il ne veut pas d’un moratoire qui pourrait être un verrou trop difficile à ouvrir.

 

Ne nous méprenons pas. Moratoire ou pas, on ne peut décréter que l’exploitation des gaz de schiste est à tout jamais condamnée. Un gouvernement, quel qu’il soit, pourra toujours revenir en arrière. Pour l’instant, il faut constater que la seule garantie que nous donne Philippe Couillard est sa parole. On veut bien le croire, mais qu’en sera-t-il lorsque le prix du gaz et du pétrole repartira à la hausse ?

 

La démarche adoptée par le Nouveau-Brunswick devrait l’inspirer. Une modification à la Loi sur le pétrole et le gaz naturel permettra à son gouvernement d’imposer un moratoire qui ne pourra être levé qu’à certaines conditions, dont l’acceptabilité sociale, l’adoption d’un régime réglementaire des impacts sur la santé, la mise en place de méthodes de traitement des eaux usées, l’adoption d’un processus de consultation des Premières Nations. Une telle démarche garantit un débat ordonné selon des paramètres connus d’avance par tous les intervenants. S’il y a une chose certaine, c’est que les tenants de l’exploitation du gaz de schiste reviendront à la charge. Ce débat est loin d’être terminé.

22 commentaires
  • Guy Rivest - Abonné 19 décembre 2014 05 h 54

    Reculer pour mieux sauter

    J'ai bien peur que le rejet presque enthousiaste de l'exploitation du gaz de chiste par M. Couillard n'ait pour but que de mieux nous faire accepter plus tard le passage sur notre territoire de l'oléoduc de Trancanada auquel lui et son parti n'ont jamais cessé d'être favorables.

    • Carole Minguy - Abonnée 19 décembre 2014 21 h 42

      D accord avec vos craintes

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 décembre 2014 07 h 05

    Bien

    Ça allait bien votre article... jusqu'à votre conclusion que vous commencez avec «le Nouveau-Brunswick devrait l’inspirer». Sans critiquer le poids politique du Nouveau-Brunswick, n'oubliez-vous pas le poids politique de l'autre joueur, New-York ?

    Je ne connais pas la composition du sol du Nouveau-Brunswick, mais je sais pertinemment que le sous-sol de l'État de NY et le nôtre est le même et dans la même vallée du St-Laurent; donc, le poids politique appuyé du poids géographique de NY devrait peser plus lourd sur notre position que celle du Nouveau-Brunswick; trouvez-pas ? Pourquoi cet évitement ? Parce que ce n’est pas le même pays ? Le sol et le sous-sol de la vallée du St-Laurent y était bien avant les frontières et n’a pas changé depuis. La population de New-York et celle du Québec ont refusés pour les mêmes raisons dans la même situation. Qu’est-ce qui n’est pas assez clair pour faire le lien direct ? Bravo pour le Nouveau-Brunswick, mais mes voisins immédiats demeurent à NY.

    «Ce débat est loin d’être terminé». Quand les gens de New-York changeront d’idée, nous en reparlerons.

    Bonne journée.

    PL

    • Pierre Bernier - Abonné 19 décembre 2014 10 h 39

      Pourquoi cet "évitement" ?

      À cause de l'actualité, parce que ce n’est pas le même pays ... et que la société de chacun de ces États fédérés (NY et Qc)... ne partage pas les mêmes besoins, valeurs et sensibilités.

      Par contre il s'agit d'entités étatiques, géographiquement voisines, effectivement aptes à réguler dans une certaine mesure l'exploitation des ressources naturelles (bien commun collectif, intrafrontalier)..., comme d'ailleurs le Nouveau-Brunswick, le Vermont, le Maine, l'Ontario et Terre-Neuve.

      Généralement partenaires, l'intérêt général de chacune de ces collectivités, et celui de leurs composantes (individus, groupes, et entreprises), reste concurrent.

      Et dans un contexte de globalisation des marchés, des économies et de leur financement... ce dernier facteur n'est pas à négliger dans un essai de prévision pour la suite des choses.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 décembre 2014 12 h 10

      «ces États fédérés (NY et Qc)... ne partage pas les mêmes besoins, valeurs et sensibilités.» Pourtant, cette fois-ci nous pourions conclure qu'elle les partagent. Ma question demeure, pourquoi ne pas le spécifier et s'en servir tout autant que le Nouveau-Brunswick.

      Bonne journée.

      PL

    • Michel Sirois - Abonné 19 décembre 2014 15 h 13

      En effet, il faut considérer que les commentaires du premier ministre, après le dépôt du rapport du BAPE s'apparente plus à une réponse stratégique pour étouffer la grogne, qu'à une volonté ferme et définitive pour respecter la santé, pallier l'impact négatif des eaux usées et le respect dû aux Premières Nations. Comme disait l'autre dans un film, «il sera de retour».

    • Diane Veilleux - Inscrite 20 décembre 2014 09 h 22

      De toute façon il a bien su nous démontrer que faire le contraire de ce qu'il avait dit ne semble pas l'empêcher de dormir.

  • Danielle - Inscrit 19 décembre 2014 07 h 08

    Jamais au grand jamais.

    Il n'y aura JAMAIS d'acceptabilité sociale. La communication n'est pas le problème. Le problème c'est le gouverne-ment. On est informé au max et le gouvernement n'est pas content de ça et les compagnies voleuses de vie non plus. Pauvres petits monde que ce gouvernement.

  • Jean-François Trottier - Inscrit 19 décembre 2014 07 h 41

    Juger sur les actes

    On a pu constater depuis 8 mois que Couillard nous a menti du tout au tout et sur tous les sujets.
    En conséquence, quelles que soient ses paroles, on ne saura vraiment qu'en suivant à la trace chaque projet, principalement minier et pétrolier. Étant donné que lui et son prédécesseur se sont donné les moyens de tout faire loin des yeux du public dans le Grand Nord, ça risque d'être difficile.
    Sa volonté ferme de vendre le Québec au poids ne peut pas tromper mais elle nous réserve des surprises au jour le jour. Rusé, le Très Docte Couillard.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 19 décembre 2014 14 h 07

      En effet. La conversion écolo de Couillard est trop récente et trop «spontanée» pour qu'on y croie. Comme à chaque fois que cet homme se prononce, nous devons nous rappeler la réponse du journaliste Y. F. Stone à qui on demandait «comment savoir quand un politicien ment»: «Quand il ouvre la bouche», a été la réponse.

      Desrosiers
      Val David

    • Marc Brullemans - Abonné 19 décembre 2014 20 h 06

      Comment croire cet homme qui affirmait en pleine campagne électorale de 2013 (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/386005/le que "la fracturation hydraulique était révolutionnaire" et que le gaz qui en est issu "est "beaucoup mieux en termes d’émissions de gaz à effet de serre" ?!! Comment croire que ses perceptions auraient changé une fois au pouvoir, et ce, sans garde-fou au sein du caucus, qu'il soit ministériel ou non.

  • Danielle Houle - Abonnée 19 décembre 2014 09 h 11

    Pauvre industrie

    Pauvre industrie du gaz de schiste. C'est une très mauvaise semaine pour eux. Une chance qu'il y a Couillard pour les soutenir et leur donner une lueur d'espoir. St-Desmarais, aidez-les.