Et les contacts, eux?

On a maintenant bien compris que les amitiés de M. Accurso dans le monde syndical, qui lui mangeait dans la main, et au municipal lui ont été fort profitables. La cour est pleine à ce sujet. Pourquoi la commission Charbonneau ne s’intéresse-t-elle pas davantage à ses «petits contacts» : ceux de Québec et de la mafia ?

On a beau ne pas avoir de sympathie particulière pour Tony Accurso, son exaspération de fin de journée vendredi sonnait juste : oui, bon, il a un bateau, il y invite ses chums, toujours les mêmes, tous ceux auxquels la commission Charbonneau a encore une fois consacré une bonne partie de l’après-midi à décliner la liste de leurs séjours sur le Touch.

 

Mais il n’est pas le seul au Québec à recevoir à grands frais dans ses lieux privés : le Sagard des Desmarais sert exactement aux mêmes fins (et encore, on n’est même pas sûrs que ce soit juste des amis qui y sont reçus!), tout comme le condo en Floride de Marc Bibeau, argentier du Parti libéral du Québec… Les fait-on venir en commission d’enquête pour autant ? a fait valoir M. Accurso devant la commissaire France Charbonneau, qui pinaillait sur ses propos en les interprétant tout de travers.

 

Cette obsession, de fait, surprend, car pendant ce temps, on a à peine effleuré les très troublants « petits contacts » de M. Accurso avec la mafia : comment et à quel prix ces liens étaient-ils gérés ? Quel impact cela a-t-il eu sur ses affaires ?

 

Quant au financement des partis politiques, la commission s’en tient à la surface. M. Accurso n’est pas heureux de se retrouver devant la commission Charbonneau, qui fut nourrie par les révélations d’un Jacques Duchesneau. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y lâche une bombe, comme celle concernant le montant de 250 000 $ qu’il affirme avoir versé à M. Duchesneau pour éponger ses dettes après son humiliante défaite lors des élections municipales montréalaises de 1998. M. Accurso ne pouvait rien prouver, M. Duchesneau a nié avec véhémence. Il y a bien des vérifications à faire dans ce jeu du « qui dit vrai » avant de trancher.

 

Ce qui devient ainsi occulté, c’est le véritable point fort de la journée : celui du financement du PLQ sous Jean Charest. Marc Bibeau, argentier du parti, sollicitait ; Tony Arcuso, grand entrepreneur, donnait. Des centaines de milliers de dollars qui transitaient par des prête-noms (qu’on n’appelait pas ainsi dans ces années fastes, a précisé plaisamment le témoin). Ce fut exposé sans fioritures. Là où, en juin, on a vu l’ancienne députée libérale Violette Trépanier, qui fut directrice du financement du PLQ, tourner autour du pot lorsqu’interrogée par la commission, soutenant contre toute vraisemblance que les dons au parti étaient faits par des individus, non par des firmes de constructeurs ou d’ingénierie, Tony Accurso, lui, a dit les choses brutalement : « Personne ne va donner 3000 $ par conviction, surtout si le gars gagne 35 000, 40 000 ou 50 000 $. » De fait.

 

Alors on se questionne : comment expliquer l’explosion des dons des entreprises de M. Accurso au PLQ à partir de l’élection de M. Charest comme premier ministre en 2003 ? Il achetait la paix ou des contrats ? Et quels étaient au juste ses rapports avec M. Bibeau, si souvent décrit dans les reportages comme l’homme de l’ombre qui a fait la pluie et le beau temps, nominations partisanes incluses, au sein du PLQ de M. Charest ? Ce n’est pas parce qu’il n’est pas allé sur le Touch que la commission Charbonneau doit se sentir dédouanée de creuser cette piste !

 

La commission achève son interrogatoire de M. Accurso en lui laissant toujours une bonne part d’ombre. C’est une curiosité de journaliste qu’il faudrait maintenant voir à l’oeuvre plutôt que ce feu d’artifice qui explose vite, mais ne laisse rien derrière.

34 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 septembre 2014 05 h 31

    Mélange

    J'ai toujours compris que c'est facile de se mélanger dans ses menteries et je remarque qu'Accurco ne se mélange jamais. La seule façon de ne pas se mélanger demeure de dire la vérité. Y a peut-être des choses qui ne se disent pas nécessairement en public (qui n'en a pas ?), mais une fois au pied du mur, la vérité est toujours la meilleure politique, c'est plus simple.

    Difficile d'être dans l'industrie pendant des années et ne pas avoir fait affaire avec personne et de ne pas connaitre tout le monde.

    Se bâtir un empire sans contacts ??? Oubliez-ça !

    Tant qu'à crémer le gâteau pôlitique... L'huile va sur la roue qui grince ! C'est tout une gang de quéteux qui ont le pouvoir de te mettre des bâtons dans les roues et ils sont pire que les mafieux.

    PL

    • philippe ouimet - Inscrit 7 septembre 2014 16 h 31

      Mr Lefebvre.....chapeau!!!!! vous avez tellement raison dans votre description du politique. En passant Accurso y'é trop fort pour se faire pièger par des juristes démontrant un sérieux manque d'expertise dans le domaine de la construction.

  • Normand Carrier - Abonné 6 septembre 2014 07 h 04

    L'ère Charest fut catastrophique .......

    L'arrivée de Jean Charest dans l'opposition et son long séjour au pouvoir fit une manne pour les finances du parti mais une catastrophe sur le plan éthique et légal .... Si l'on ajoute son affiliation avec Marc Bibeau , ce fut le règne des retours d'ascenceur , de récompenses aux petits namis et de nominations partisannes dont la nomination des juges en fut un exemple patent ...... Cet ex-premier ministre se permet d'interférer en politique mais sa place serait devant les enquêteurs de l'UPAC ...

    • Guy Vanier - Inscrit 6 septembre 2014 14 h 18

      devant la commission aussi....

    • yolande laliberte - Inscrit 7 septembre 2014 08 h 57

      Pas nécessairement M.Vanier! La Commission travaille en collaboration avec l'UPAC, si la place de n'importe quel politicien ou argentier ou autre est devant les enquêteurs de l'UPAC, pourquoi leur donner une immunité devant la commission! On voudrait bien savoir tout,tout de suite ! Les enquêtes se poursuivent, et la complaisance alléguée de la Commission à l'égard de certains témoins est une obsession de certains chroniqueurs. La Commission marche sur des oeufs!

  • Fabien Nadeau - Abonné 6 septembre 2014 07 h 09

    Curiosité, travail?

    Je suis moi aussi un peu déçu du travail de la Commission Charbonneau. Mais je suis aussi déçu du travail des journalistes, qui se contentent souvent de rapporter et analyser les travaux de la commission. Si la curiosité du journaliste était suivie d'un travail de journaliste, ça pourrait donner de bons articles!

    Il y a tout plein de bons sujets d'enquête. Quittez votre bureau, misère!

    • Guy Vanier - Inscrit 6 septembre 2014 14 h 21

      ils ne peuvent plus, coupures dans ICI R-C ......

    • Pierre Masse - Abonné 7 septembre 2014 10 h 36

      ... Et coupure au Devoir.

    • Lise St-Laurent - Inscrite 7 septembre 2014 11 h 49

      @Fabien Nadeau : Je suis bien d'accord avec vous. Depuis le début de cette Commission, force est de constater que celle-ci a fait plus de sendationnalisme concernant les menus, combien de fois êtes-vous allés au restaurant et j'en passe de ces questions inutiles puisque celles-ci étaient déjà connues des commissaires grâce aux témoignages et écoutes électroniques, on n'avait pas besoin d'en connaître les détails, on aurait dû partir de là. Tony Accurso, la cible de presque tous les témoins se présente pour rétablir les faits. Il a réussi, il est riche et a fait profité l'économie du Québec, il a un yacht et invite qui il veut, c'est son droit et perso, je m'en fous éperduement. On dirait que faire de l'argent ou réussir en affaires c'est un péché. On ne réussit pas en faisant des prières. Cette Commission fut imposée de force par l'opposition dont on doit payer en double puisque l'UPAC était déjà à l'oeuvre et qu'on ajoute les frais de cette Commission pour arriver à quel résultat, on le voit maintenant.

    • Francis Jeanson - Inscrit 7 septembre 2014 17 h 42

      on est une belle gagne de chialeux au Qc. On n'est même pas capable d'aller voter. Et quand on le fait on prend même pas la peine de s'informer sur nos députés; on se contente de voter pour le parti. On chiale contre les journalistes, mais on n'est pas abonné au seul journal indépendant qui reste.

  • Marino Tremblay - Abonné 6 septembre 2014 07 h 38

    Monsieur Charest avait raison.

    Une commission sur la corruption dans le financement des partis politiques ne donnera rien. Il s'est arrangé pour y mettre tous les pions en ce sens et il a réussi.

    Et monsieur Couillard peut maintenant couper dans les services et continuer de donner des cadeaux aux amis du parti. Et la dette continuera d'augmenter.
    Bravo!

  • Pierre Labelle - Inscrit 6 septembre 2014 07 h 50

    Un flop?

    La fin des audiences à cette commission approche et cette fin ressemble plus à un gros flop qu'à tout autre chose. Vous avez tout à fait raison Mme Boileau de remettre en question certaines attitudes et décisions de la juge Charbonneau. Il me semble qu'encore une fois, certains vrais coupables s'en tireront sans trop de mal.

    • yolande laliberte - Inscrit 7 septembre 2014 09 h 21

      Mme la Juge Charbonneau n'a aucun pouvoir sur l'engorgement des tribunaux! La preuve amassée par l'UPAC ne nous est pas accessible, et, en attendant les procès,on ne peut que spéculer!