Devoirs de Fatima

Enfin, la députée libérale indépendante Fatima Houda-Pepin a déposé son très attendu projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État refusé par le chef libéral Philippe Couillard ! Projet qui a entre autres valu à la députée de La Pinière d’être exclue du caucus libéral.

Des informations au sujet du projet de loi Houda-Pepin circulaient depuis des semaines. Au sein du caucus libéral, les rumeurs laissaient entendre qu’il n’y avait pas, comme tels, que des velléités et des brouillons.

 

Or le projet de loi 491, certes non définitif, contient plusieurs éléments qui pourraient servir à enrichir, voire à débloquer le débat sur la charte des valeurs, lequel s’est mué depuis quelques mois en guerre de tranchées entre « pro-charte » et « anti-charte ».

 

Est-ce parce qu’elle fut longtemps vice-présidente de l’Assemblée nationale ? Mme Houda-Pepin semble avoir gardé l’habitude de porter son regard au-delà des lignes partisanes. Elle a tenu à demander des rencontres avec tous les caucus (sauf le libéral, évidemment). Peut-être s’illusionne-t-elle en espérant que son projet de loi conduira à un effort « transpartisan » en vue d’accoucher d’un véritable compromis en matière de neutralité de l’État. Ces moments de grâce, d’union sacrée, existent pourtant : pensons au projet de loi sur l’aide médicale à mourir. Autre exemple, souligné par Mme Houda-Pepin : l’adoption d’une loi sur l’éthique et la déontologie des parlementaires.

 

« Départisaner » la politique : voilà ce qu’on trouve au coeur de tous les projets visant à « faire de la politique autrement ». C’est ce qu’espèrent les citoyens. Les élus devraient tenter de satisfaire cette « demande », comme la députée de La Pinière s’y emploie ici.

 

C’est prévisible, le compromis que propose Mme Houda-Pepin sur les signes religieux déplaira à plusieurs dans les autres formations politiques : le périmètre d’interdiction des signes religieux pour les agents de l’État sera trop grand pour le PLQ, trop restreint pour le PQ. Au fond, il se limite à la « formule Bouchard-Taylor », soit l’interdiction pour les agents de l’État en situation de coercition. Contrairement au compromis proposé par la CAQ ou QS, celui de Mme Houda-Pepin innove : il bannit explicitement tchador, burka et niqab et, surtout, propose un chapitre sur la lutte contre l’intégrisme religieux, dont elle propose une définition claire.

 

En ces matières, la députée de La Pinière a des connaissances solides et fait preuve de constance, depuis l’époque où elle présidait, dans les années 1980, le Centre maghrébin de recherche et d’information. Ce qu’elle a déposé hier prouve qu’elle a fait ses devoirs.

 

Son projet de loi a la vertu de nommer précisément certaines pratiques qui révulsent une majorité de Québécois : la « ségrégation basée sur l’identité sexuelle », la polygamie, les mutilations génitales féminines, etc. Certaines d’entre elles — les mariages forcés — sont déjà interdites par la loi ou condamnées dans la jurisprudence. Est-il vraiment nécessaire de les réitérer ? La députée semble le croire.

 

En somme, on comprend pourquoi le chef libéral Philippe Couillard, au lendemain de l’expulsion de Mme Houda-Pepin, avait déclaré : « Je demeure convaincu que cette femme, qui a de grandes qualités et une expérience valable, a une contribution majeure à faire au Québec sur la question de lutte sur l’intégrisme. » À écouter mercredi le point de presse assassin (à l’endroit de M. Couillard) de Mme Houda-Pepin, on se dit que ce dernier doit amèrement regretter plusieurs aspects de sa piètre gestion de cette affaire en particulier, et de ce dossier en général.

36 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 13 février 2014 02 h 03

    La neutralité religieuse de l'État I

    Madame Houda-Pépin passe à côté de l’essence même du projet de loi 60. Cette loi se veut un énoncé de principe permettant l’autonomie du politique et la mise en conformité des pratiques religieuses au droit public. Cette laïcité confirme que la loi imposée aux Québécois et aux Québécoises est d’institution humaine et elle atteste du caractère démocratique de notre société. À ce titre, elle confirme que la souveraineté du peuple n’est pas placée sous l’autorité d’une quelconque puissance transcendante.
    Il peut exister une contradiction entre la liberté de conscience et la pression que l’État du Québec pourrait exercer sur les consciences. Cette charte oblitère la possibilité que l’État puisse contraindre un citoyen ou une citoyenne, par la force ou par la loi, à posséder la béatitude. Cette laïcité a aussi une dimension émancipatrice parce qu’elle promeut la liberté critique, affranchie des dogmes et des préjugés.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 février 2014 07 h 53

      D'accord avec vous M. Bernier, un état est laïc ou ne l'est pas. Le projet de loi de Mme Houda-Pépin n'est que la version édulcorée de Bouchard-Taylor et ne va certainement pas assez loin. Quand est-il des signes ostentatoires créationnistes portés par les enseignants à l'école ? Avec le projet de charte proposé par le Parti québécois, c'est le mur de Jefferson en faisant un pied de nez à la prémisse de l'autre charte qui stipule que l'état canadien est basé sur la suprématie d'un dieu.

      Et ce n'est pas en dénaturant la société québécoise avec de fausses prémisses issues de la rectitude politique que le vivre-ensemble va s'épanouir et aboutir en acceptation sociétale. Il faut des balises claires et nettes dans la sphère étatique pour une cohésion sociale sans discrimination religieuse.

      Cette charte doit venir du peuple comme elle doit être pour le peuple québécois et non pas pour une certaine minorité aux valeurs rétrogrades, antiféministes, homophobiques et qui va à l'encontre des valeurs sociétales véhiculées.

  • Marcel Bernier - Inscrit 13 février 2014 02 h 04

    La neutralité religieuse de l'État II

    Dans cette démocratie laïque, qu’instaure le projet de charte de laïcité, chaque citoyen, chaque citoyenne est reconnu-e pleinement dans sa citoyenneté, capable de raisonner par soi-même et publiquement, sujet de droits et de devoirs, sans avoir besoin d’une quelconque caution religieuse.
    Autorité politique et liberté de conscience sont conciliables quand les bornes du politique ne sont pas définies par une loi transcendante mais par la nature de l’autorité politique, celle-là même qui veuille à l’utilité commune et au droit public.
    Madame Houda-Pépin, avec ses préoccupations intégristes et sa centration sur le vestimentaire islamique, vise la société civile : la charte de la laïcité, telle qu’énoncée dans le projet de loi 60, vise la neutralité religieuse de l’État.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 février 2014 05 h 04

      Ne pourrait-on ajouter quelques éléments du projet de Mme Houda-Pepin à la charte actuelle justement parce que ceux-ci visent la vrai vie de tous les jours au lieu que de flotter sur des principes cérébraux désincarnés ?

      Les principes c'est bien; mais l'application c'est mieux, non ?

      PL

    • Guy Vanier - Inscrit 13 février 2014 07 h 10

      Monsieur Bernier,
      Je suis de votre avis. Très clair et facile à comprendre même pour les couillards de ce monde.....

  • Mario Leroux - Inscrit 13 février 2014 04 h 23

    Trop tard

    Trop tard pour regretter M.Couillard;pourtant vous n°étiez pas sans connaître l°expertise de Mme Houda-Pépin sur,entre autres la ségrégation basée sur l°identité sexuelle!

  • Normand Carrier - Abonné 13 février 2014 06 h 48

    Contribution positive de madame Houda-Pépin ......

    Sa contribution est significative dans le combat de l'intégrisme mais elle se limite a Bouchard-Taylor ce qui démontre le blocage de l'équipe Couillard .... Mais lorsque 60% de la population dont 69% de francophones sont d'accord pour l'interdiction de tous signes religieux pour les employés de la fonction publique , il est illusoire de penser a beaucoup de compromis du gouvernement en cette matière ....
    La plus grande contribution de madame Houda-Pépin sera de démolir son ancien chef qui a géré ce cas de piètre facon et qui lui a manqué de respect .....

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 février 2014 07 h 09

    … d’effort ?

    « …. à un effort « transpartisan » en vue d’accoucher » (Antoine Robitaille, Le Devoir)

    Bien qu’il soit honorable et transmissible, ce genre d’effort exige beaucoup de diplomatie, de souplesse et d’abnégation, notamment de la part de ceux-celles, qui le valorisant ou l’écoutant, suscitent, autour, une ou cette « ligne de parti » de type universel et non-conformiste.

    De plus, il est bien d’observer qu’au Québec, et pour des motifs de structure de gouvernance, ce genre d’effort reçoit très peu d’accueil, surtout s’il ose faire de la politique apolitique, neutre ou autrement avisée et partisane.

    Un jour, de cette « transpartisanerie », souhaitable dans des moments nationaux critiques ou urgents et vitaux, Québec usera-t-il …

    … d’effort ? - 13 fév 2014 -