Le Bloc après Daniel Paillé - Existence nécessaire

On dirait que le sort s’acharne sur le Bloc québécois. Déjà fragile après sa dégelée de mai 2011, il a traversé depuis quelques séances de rafting éprouvantes : enquête sur les dépenses de Gilles Duceppe (ce dernier a été blanchi) ; expulsion déchirante de Maria Mourani autour du difficile débat sur la charte des valeurs québécoises. Et maintenant, voilà que son chef Daniel Paillé doit laisser sa place en raison de son état de santé précaire.

 

Plusieurs acteurs politiques ont évidemment mis la partisanerie de côté afin de souhaiter à M. Paillé de juguler la satanée maladie qui l’afflige. Saluons ici l’ardeur avec laquelle, depuis 2011, ce dernier a travaillé (souvent dans l’ombre) à relancer le Bloc. Non sans certains succès : les finances du parti s’améliorent ; début mars un transfuge néodémocrate, Claude Patry, passait au Bloc après un débat essentiel sur la loi sur la clarté.

 

M. Paillé n’était pas un chef charismatique, mais avait eu le leadership nécessaire pour définir un plan de redressement du Bloc. Les sondages n’ont rien des années fastes, mais le Bloc réussit quand même beaucoup mieux que d’autres partis québécois, à d’autres paliers, dont on ne remet pourtant pas constamment l’existence en question : QS et la CAQ, notamment.

 

Plusieurs se réjouissent secrètement : le départ de M. Paillé serait le dernier clou dans le cercueil du Bloc. Le Québécois honteux est prompt à se dire « tanné » de voir les siens « toujours chialer » à Ottawa. Or, no taxation without representation : il y a encore quelque 40 % de souverainistes au Québec. Ceux-là ont le droit d’être représentés dans tous les Parlements où ils ont des élus. À un moment charnière du Canada, le rapatriement de la Constitution, Pierre Elliott Trudeau a pu soutenir qu’avec ses 74 députés québécois, il avait une légitimité égale à l’Assemblée nationale. Ne l’oublions pas.

 

Au surplus, l’affront qui a conduit à la naissance du Bloc (le rejet de Meech) n’a jamais été réparé. Certains rétorqueront que c’est là la preuve que ce parti a failli. Or, si les vingt ans où le Bloc a été un parti reconnu à la Chambre des communes nous apprennent quelque chose, c’est que sa critique inlassable a eu une grande utilité : le déséquilibre fiscal, le scandale des commandites, combien de dossiers où il a agi comme dénonciateur ? Depuis 2011, le NPD — alors que les initiatives fédérales unilatérales se multiplient — démontre qu’il est incapable de jouer pleinement ce rôle. Et il ne faut pas compter sur Justin Trudeau en ces matières… L’existence du Bloc demeure donc nécessaire. Avec un nouveau (disons Pierre Curzi), il pourrait rendre de grands services au Québec.

15 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 17 décembre 2013 05 h 41

    Le bloc québécois et la division du vote de gauche

    Je me demande quelle sera l'influence du Bloc Québécois lors des prochaines élections fédérales ? Au Québec, son existence en temps que parti reconnu permettra-t-elle aux candidats libéraux de devancer les candidats représentant le parti Néodémocrate ?

    • Paul Gagnon - Inscrit 17 décembre 2013 08 h 14

      Islamiste pour islamiste la gauche est foutue...

  • Lorraine Latulippe - Abonnée 17 décembre 2013 07 h 16

    Quel chef ressuscitera le bloc?

    Certainement pas Pierre Curzi! Une personne admirable, certes, à la défense du fait français au Québec, mais trop émotif et prêt à claquer la porte à la première crise. Ce qu'il nous faut: une autre personne charismatique. Gilles Duceppe??? Pas sûr. À moins qu'il réévalue sa position sur la charte.

  • André Nadon - Abonné 17 décembre 2013 09 h 21

    La gauche???

    Que vient faire la gauche dans l'existance du Bloc? À la dernière élection, la population a voté pour Jack à cause de sa maladie et ses passages à Tout le Monde en Parle. Certaines élues n'ont même pas fait de campagne et étaient invisibles. À la prochaine élection, le vote sera plus divisé et nous serons encore dans l'opposition. Aussi bien voter pour un parti qui prend nos intérêts sans compromis. Tous les autres partis sont fédéralistes et sont contre nous à bien des égards.

  • Jean Lapointe - Abonné 17 décembre 2013 09 h 43

    Le Bloc est indispensable

    Avant 1990 je ne votais plus aux élections fédérales depuis le début des années 60 parce qu' il m'était impossible de voter pour un parti fédéraliste.

    Depuis 1990, je vote pour le Bloc.

    Si le Bloc disparaissait, je ne voterais plus au fédéral de nouveau. Il s'agit d'avoir de la suite dans mes idées. Quand on est souverainiste, on doit l'être 24 heures par jour et 365 jours par année. Ce serait me contredire que de voter pour un parti fédéraliste.

    Le Bloc doit continuer d'exister. Et il y a plusieurs raisons de le vouloir.

    Son existence permet entre autres aux souverainistes de pouvoir voter lors des élections fédérales. C'est au moins plus démocratique.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 17 décembre 2013 10 h 12

    Je suis d accord avec vous M.Robitaille

    Comme on ne peut compter sur le NPD et le PLC ,on se doit d envoyer une delegation forte a Ottawa ne serait-ce pour montrer qu on existe ,qu on reste debout contre vents et marees et qu on sera toujours differents .Vivement notre pays. J-P.Grise