Montréal - Le pétrole de Suncor

Il y a quelques années à peine, le gouvernement du Québec envisageait de construire le CHUM sur le site Rosemont sans trop s’inquiéter de la proximité d’un des principaux axes ferroviaires de Montréal. Les questions de sécurité avaient été soulevées, sans être pour autant un obstacle au projet, qui n’a pas été réalisé à cet endroit pour d’autres raisons. C’était avant Lac-Mégantic, qui nous a appris à quel point le train et les produits dangereux, comme le pétrole, pouvaient être un cocktail meurtrier.

 

Les municipalités canadiennes ont entrepris de faire pression sur Ottawa pour forcer les compagnies ferroviaires à les informer des matières dangereuses transitant à travers leurs territoires. En cas de sinistre, les premiers intervenants seront les services municipaux d’urgence, qui doivent connaître la nature du risque auquel ils sont confrontés. Invoquant la concurrence, les transporteurs refusent ce partage d’information, se contentant d’indiquer sur chaque wagon son contenu. Ce serait pourtant facile de partager l’information. Tous les transporteurs disposent de logiciels pour suivre en temps réel le déplacement des produits transportés.

 

Le cas de Montréal est éloquent. Le Centre de sécurité civile, qui regroupe tous les services d’urgence, ne dispose pas d’information précise sur la nature des produits transportés et la fréquence des transports. C’est un non-sens pour une ville de cette taille où le risque est proportionnel à la densité de la population. Ces prochains mois, le Canadien National ou le Canadien Pacifique commenceront à alimenter par rail la raffinerie Suncor de Pointe-aux-Trembles de pétrole brut provenant de l’Ouest. De 10 000 à 15 000 barils de pétrole seront livrés chaque jour, soit l’équivalent d’une vingtaine de wagons par jour. Suncor a confirmé ce projet. Quelles voies emprunteront ces wagons ? Ce sera le transporteur qui choisira, mais il ne sera pas à même d’évaluer seul les risques dans un milieu urbain. On verra bien si Lac-Mégantic a réveillé le sens civique du CN et du CP.

 

Les autorités municipales montréalaises doivent rapidement intervenir avant d’être mises devant un fait accompli. Elles doivent s’assurer que soit choisi le trajet le moins risqué. Elles doivent aussi exiger que les wagons-citernes utilisés soient ceux de dernière génération et sécuritaires. Les candidats à la mairie ont entrepris de poser des questions, voire de s’indigner. Mais cette question doit être résolue par le maire actuel, Laurent Blanchard. On ne peut attendre après l’élection du 3 novembre, car les premières livraisons à la raffinerie de Pointe-aux-Trembles auront lieu avant la fin de l’année.

7 commentaires
  • Daniel Smolla - Abonné 10 août 2013 05 h 13

    Le maire actuel de Montréal ne serait pas plutôt Laurent Blanchard... !

    Daniel Smolla
    Abonné

  • France Marcotte - Abonnée 10 août 2013 07 h 39

    La ville est cernée

    «...Lac-Mégantic nous a appris à quel point le train et les produits dangereux, comme le pétrole, pouvaient être un cocktail meurtrier», dit l'éditorialiste.

    Il manque au moins un ingrédient à votre cocktail meurtrier: la complicité du gouvernement fédéral avec l'industrie en matière de règlementation. Trains et produits dangereux ne s'enflamment pas sans cupidité, sans mépris.

    Et ce projet de la pétrolière pratiquement abouti de balader en catimini ses wagons à travers la grande ville montre bien à quel point en est l'arrogance de ces «money makers» jouant au monopoly sur le territoire (on nous avait annoncé le transport par bateau après la fermeture de Shell, mais du train, pas un mot, comme si cela allait de soi).

    La côte sera difficile à remonter après tant de laxisme.

    Mais au moins les voies ferrées sont proches, on pourra plus spontanément aller se coucher dessus...

    • Simon Pelchat - Abonné 10 août 2013 09 h 02

      Très judicieuse observation Mme Marcotte, je partage votre point de vue.

  • Bernard Terreault - Abonné 10 août 2013 07 h 41

    Ça tombe sous le sens

    J'espère que cette fois tous les médias, tous les éditorialistes, tous les politiciens, quel que soit leur parti, feront campagne dans ce sens.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 10 août 2013 08 h 47

    Compromis sur la sécurité en vue...

    "Elles doivent aussi exiger que les wagons-citernes utilisés soient ceux de dernière génération et sécuritaires."

    Pour ce faire, il faudra construire ces nouveaux wagons, ou blinder ceux existants. Vont-ils accepter de faire ces investissements, alors même qu'on parle de contruire un oléoduc qui rendra ces wagons inutiles dans deux ans?

    Donc, on oublie cela. Mais les pétroleux insisteront quand même pour avoir leur ration journalière de prospérité. Comme on dit, il y a toujours moyen de moyenner!

  • Josette Allard - Inscrite 10 août 2013 09 h 49

    Transport dangereux

    Cinq semaines après Lac Mégantic sommes-nous incapables de nous rappeler qu'une partie de cette catastrophe était la piètre qualité des citernes qui transportaient ces produits dangereux, situation qui avait été décriée par le BST, dans son rapport de 1997 . On ne pourra compter sur le gouvernement Harper pour nous protéger.