Santé économique - Stopper la chute

Le Québec est sorti moins amoché de la crise de 2008 que la plupart des pays du G7, mais ce constat masque une réalité troublante, celle de la chute de nos exportations, dont les revenus ne suffisent plus pour payer ce que nous importons. Ce déséquilibre commercial n’est pas seulement dû à la conjoncture. Il est aussi structurel et coûterait cher en pertes d’emplois s’il devait persister.


Dans le dernier discours prononcé à Montréal avant de quitter ses fonctions de gouverneur de la Banque du Canada, M. Mark Carney a mis en évidence les facteurs qui expliquent que le Canada se soit mieux tiré d’affaire que bien d’autres pays lors de la crise.


Parmi ces facteurs, M. Carney a souligné la flexibilité du marché du travail, la solidité du système financier et un fédéralisme budgétaire qui « aide à répartir les risques » entre les régions du pays via l’assurance-emploi, les transferts en santé et la péréquation.


Ainsi, précise M. Carney, l’intégration économique plus poussée entre les provinces qu’entre les pays de l’Union européenne fait en sorte que lorsque la demande pour le pétrole albertain augmente, l’inflation apparaît localement et les prix des biens produits au Québec deviennent plus attrayants pour les acheteurs des autres provinces. Ce qui contribue à annuler la baisse des exportations québécoises à l’étranger causée par la hausse du dollar.


Ce qui est vrai, mais incomplet.


Dans une analyse publiée en 2011, le ministère des Finances du Québec nous apprenait que nos exportations vers les pays étrangers avaient chuté de 43,3 % à 26,3 % du PIB entre 2000 et 2009. Pour un pays exportateur, le choc était brutal !


Plus récemment, une autre étude effectuée par Desjardins constatait que le solde commercial (exportations moins importations) du Québec avec l’étranger baigne désormais dans le rouge au point d’atteindre un niveau record négatif de 30 milliards en 2011.


Le phénomène s’explique par la récession américaine, mais aussi par des facteurs de nature structurelle comme la crise des pâtes et papiers… et l’appréciation du dollar canadien, que l’on peut relier à la demande de pétrole. D’ailleurs, cette même appréciation du dollar a largement favorisé la concurrence chinoise au détriment des produits canadiens vendus à l’étranger (on pense aux électroménagers), en même temps que l’achat de produits chinois par des Canadiens.


Il est vrai que les exportations québécoises vers le reste du Canada ont permis de contrebalancer la baisse de nos ventes à l’étranger comme le mentionne M. Carney. Mais le Québec a aussi beaucoup acheté des autres provinces, de sorte qu’au fil d’arrivée, le solde commercial global du Québec est aujourd’hui très négatif.


Malheureusement, du côté d’Ottawa, à qui revient la responsabilité d’intervenir en matière de commerce extérieur, on ne perçoit qu’une seule grande priorité : le pétrole. Des accords de libre-échange ont été négociés ici et là dans le monde, mais ici même au Canada, on fait peu pour favoriser le développement de nouveaux créneaux d’excellence, se fiant au libre marché pour régler la plupart des problèmes qui affligent l’industrie manufacturière de l’Est. Pire : pour tous les autres facteurs mentionnés par M. Carney comme ayant contribué à la sortie de crise, que ce soit l’assurance-emploi, la péréquation ou les transferts aux provinces, Ottawa a annoncé des réformes qui vont toutes dans le sens d’une nette contraction.

5 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 24 mai 2013 08 h 05

    Saurons-nous nous revirer à temps?

    Notre bois et notre papier sont maintenant plus chers que ceux des pays plus chauds où les arbres croissent plus vite. On ne peut pas concurrence les pays à bas salaires dans les industries de "basse technologie", ni même dans la "moyenne technologie" comme la sidérurgie, la construction navale. Nos mines ne rapportent finalement pas beaucoup (sans parler de l'amiante!). Notre hydroélectricité est concurrencée par le gaz de schiste pas cher des États-Unis. Si nous ne voulons pas régresser irrémédiablement, nous n'avons qu'un choix, être concurrentiel en haute technologie. Et aussi, ne pas faire exprès de favoriser une industrie étrangère comme celle de l'auto et du pétrole au détriment d'une industrie québécoise, comme la fabrication d'autobus, de trains et de métros! L'annonce aujourd'hui du prolongement de l'autoroute 19 plutôt que celui du métro ou de voies réservées aux bus est malheureusement de la part du PQ dans la droite ligne de celle des libéraux.

    • Bernard Plante - Abonné 24 mai 2013 17 h 16

      «L'annonce aujourd'hui du prolongement de l'autoroute 19 plutôt que celui du métro ou de voies réservées aux bus est malheureusement de la part du PQ dans la droite ligne de celle des libéraux.»

      C'est le PQ d'aujourd'hui!

      Option nationale n'est pas venue au monde pour rien...

  • Gaston Carmichael - Inscrit 24 mai 2013 09 h 13

    On refuse de voir l'éléphant dans la pièce!

    Dans la nouvelle économie mondialisée et libre-échangiste, on produit où c'est le moins cher, et on vend où il y a un marché (c-à-d où il y a de la richesse qu'on peut pomper).

    Pas besoin d'une maîtrise en économie pour comprendre cela.

    Tout à coup, de brillants économistes découvrent "... nos exportations vers les pays étrangers avaient chuté de 43,3 % à 26,3 % du PIB entre 2000 et 2009.". On s'empresse également de citer toutes sortes d'explications, tout en faisant semblant de ne pas voir l'éléphant dans la pièce.

    Apparemment, notre compététivité serait trop faible. Toutefois, on reste plutôt vague sur les raison de cette faible compététivité. On fait semblant de ne pas voir le deuxième éléphant dans la pièce: Comment voulez-vous compétitionner avec quelqu'un qui travaille pour $5. par jour?

    La réponse est évidente et brutale: Il faut accepter une baisse de salaire dans le même ordre.

    Pendant ce temps là, ceux qui ont encore la chance d'avoir un emploi ici, achètent des produits de consommation qui sont fabriqués ailleurs. On exporte ainsi notre richesse.

    Nous sommes carrément dans une spirale vers le bas, et tout nos responsables économiques et politiques font semblant de voir la lumière au bout du tunnel. C'est une sinistre farce.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 mai 2013 10 h 14

    30%

    Avec les baisses de salaires à 70% (donc 30% moins chers) et les économies de 30% dans le prix de nos infratructures, attendez, on va pouvoir compétitionner avec d'autres pays qui n'ont pas ces problèmes là ! Nous autre on va râcler la misère, mais notre pays s'en portera mieux ! Ouais !

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 24 mai 2013 11 h 45

    Les salaires et la démographie

    Parlant de baisse de salaires, il a été démontré (A . Aydemir, chercheur à Statistique Canada, et George Borjas, Harvard) que l'arrivée massive d'immigrants et de réfugiés de tous azimuts fait baisser les salaires des pauvres et de la classe moyenne. Mais les riches, eux, ils peuvent avoir de la main-d'oeuvre bon marché pour leurs travaux dégradants.

    L’avenir économique du Québec ne peut s’écrire que par une meilleure instruction donnée à nos enfants, et par des efforts soutenus en recherche et développement. Nous serons alors plus productifs. L’augmentation de notre productivité est la vraie la clef de notre survie comme peuple.