Assurance-emploi - Qui est le fraudeur?

D’un côté, il y a le chômeur inconnu qu’on soupçonne de frauder l’assurance-emploi ; de l’autre, le sénateur pas du tout inconnu qui abuse du système en réclamant des allocations de logement auxquelles il n’a pas droit. Lequel de ces deux citoyens sera défendu publiquement par le premier ministre du Canada ?

Interrogé depuis des semaines au sujet des 30 000 $ d’allocations de logement perçues malgré le fait qu’il habite Ottawa et non l’Île-du-Prince-Édouard où il possède une résidence secondaire, le sénateur conservateur Mike Duffy répond finalement qu’il a commis « une erreur ». Et même s’il s’engage à rembourser les sommes réclamées en trop (il ne dit pas s’il remboursera la totalité), il affirme ne rien devoir à l’État et agir ainsi dans le seul but de consacrer son énergie à son travail de sénateur.


Devant tant d’arrogance de la part d’un sénateur, comment réagit M. Harper ? « Le gouvernement n’a aucun doute quant à la capacité du sénateur Duffy de représenter l’Île-du-Prince-Édouard », déclare le bureau du premier ministre.


Dans un tout autre dossier, celui de l’assurance-emploi, Le Devoir a mis la main sur le formulaire d’évaluation de performance des fonctionnaires du ministère des Ressources humaines qui prouve que ceux-ci doivent « réaliser une moyenne de 485 000 $ en économies annuelles pour le programme ». Pourtant, jusqu’à ce jour, la ministre responsable, Mme Diane Finley, avait toujours nié l’existence d’objectifs individuels de récupération d’argent par ses fonctionnaires.


Voilà qui aide à comprendre que des inspecteurs se présentent désormais, au hasard, chez des chômeurs pour vérifier s’ils répondent à toutes les exigences du programme. Ottawa veut ainsi récupérer 400 millions de dollars par année, dont 30 % au Québec.


Comment réagit le premier ministre à ces visites impromptues qui s’apparentent à du harcèlement ? « Chaque année, des centaines de millions de dollars sont identifiés ou perdus avec des requêtes fausses, frauduleuses ou inappropriées », dit M. Harper.


Un sénateur conservateur, c’est un notable, une personne respectable, un ami. Quand on a été choisi par le premier ministre lui-même pour siéger à la Chambre haute, on ne peut pas être un bandit, et les écarts de conduite ne sont rien de plus que des gestes compréhensibles ou, au pire, des erreurs.


Les choses sont différentes si on est chômeur au Québec ou en Acadie. Alors surgit l’exigence pour le gouvernement conservateur de défendre l’intégrité du système en faisant la chasse à tous ces fraudeurs de l’assurance-emploi qui habitent des régions ayant élu des ennemis du régime.


Personne ne niera l’existence d’individus qui abusent des programmes gouvernementaux et l’importance de punir les fraudeurs. C’est vrai de l’assurance-emploi, mais c’est aussi vrai des programmes de remboursement de dépenses des députés et des sénateurs, ou encore des programmes d’aide aux entreprises. Cela ne justifie pas le harcèlement d’individus sur qui ne pèse aucun soupçon sérieux. A-t-on déjà lâché les chiens dans le monde des entreprises qui réclament à qui mieux mieux des crédits d’impôt à la recherche ? Pourquoi le sénateur Duffy n’a-t-il pas encore été démis de ses fonctions et son collègue, le sénateur Brazeau, privé de salaire après avoir fait, lui aussi, de fausses déclarations de logement en plus d’être accusé de violence conjugale ? Tant d’hypocrisie !

  • Loraine King - Abonnée 26 février 2013 05 h 08

    Choisir les bandits en toute connaissance de cause

    Note au pm: Pas de nomination au Sénat d'individus sur qui pèsent des accusations d'infraction au code d'éthique de leur profession (Mike Duffy), d'infraction à la Loi électorale (Doug Finley) ou des soupçons d'harcèlement sexuel (Brazeau).

  • André Chevalier - Abonné 26 février 2013 05 h 29

    Présumés fraudeurs

    Sans aucune donnée factuelle sur le nombre de cas de fraude à l'assurance-emploi, le gouvernement détermine arbitrairement un montant à récupérer auprès des prestataires. C'est évident qu'on pousse ainsi les inspecteurs à faire du zèle en cherchant la moindre faille dans la situation des prestataires.

    De dire que ce sont des objectifs globaux par région est tout à fait hypocrite. Il est évident que la pression sur les patrons vont faire en sorte qu'ils reportent cette pression sur les inspecteurs. On va se retrouver avec des cas de prestataires qui vont perdre leurs prestations à cause d'une simple faille faite de bonne foi dans la procédure.

    • Michel Richard - Inscrit 26 février 2013 17 h 02

      pourquoi dites-vous que le gouvernement n'a pas de données sur le nombre de fraudeurs ?
      Je sais bien qu'on peut pas mesurer jusqu'au dernier sou la fraude, c'est la nature même du problème, mais je suis sûr que le gouvernement a une idée de ce que ça coûte.

    • André Chevalier - Abonné 26 février 2013 20 h 13

      Michel Richard, ce gouvernement n'aime pas les données factuelles. Il s'en remet à son idéologie.

  • Loraine King - Abonnée 26 février 2013 05 h 47

    Ironie

    C'est assez ironique, n'est-ce pas, quand on se souvient des circonstances qui ont entouré la nomination de Mike Duffy au Sénat, que ce Sénateur aujourd'hui offre comme excuse qu'il n'avait pas comprit la question sur le formulaire.

    • GM Lafrenière - Inscrit 26 février 2013 08 h 49

      "Piquer, c'est voler." Si je prenais une tablette de chocolat dans une épicerie sans la payer, je serais accusé de vol à l'étalage. Et si j'offrais de la remettre? En tôle, mon fils. Piquer, c'est voler. Duffy a dévalisé le trésor publique. Accusez-le et finissons-en. Un fraudeur reste un criminel.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 26 février 2013 10 h 24

      Il faut poursuivre les voleurs,quels qu'ils soient; un point c'est tout.

    • Loraine King - Abonnée 26 février 2013 14 h 35

      Oui, il faut voir s'il y a matière à poursuite, et il me semble qu'il y en aurait; et non, ce n'est pas tout.

      M. Duffy a enfreint le code d'éthique de sa profession lors de la campagne électorale de 2008 dans le but de favoriser un des partis politiques. Mike Duffy fut récompensé par le Parti Conservateur du Canada, par une nomination au Sénat le 22 décembre 2008, alors que son cas faisait l'objet d'une enquête du Conseil Canadien des normes de la radiotélévision (CCNR). La décision du CCNR fut rendue le 27 mai 2009.

      http://www.cbsc.ca/francais/documents/prs/2009/090

      Il y a un politicien qui en toute connaissance de cause a choisit de nommer ce personnage sans scrupule au Sénat et je pense qu'on doit le tenir responsable de ses gestes. Le dépot d'un projet de loi d'un simple député pour serrer la vis au pm et à son pouvoir de nomination et un débat sur les gestes posés par le premier ministre est nécessaire.

  • Jacques Pruneau - Inscrit 26 février 2013 06 h 56

    Deux poids sans mesure.

    Ce gouvernement, complètement hors de la réalité, n'a plus la moindre idée de ce qui se passe dans la vraie vie. Entre les prières et la promotion religieuse dans le monde, son mépris désormais exposé au grand jour et sans aucune honte, le mensonge et l'hypocrisie qui est le pain quotidien de cette bande, le citoyen est pris pour cible ou simplement nié.

    Pourquoi ce gouvernement ne met-il pas autant d'énergie pour contrer les fuites vers les paradis fiscaux? Pourquoi ne pas récupérer les montants que les compagnies copines et voleuses ne remboursent pas sur les garanties de prets? Le cas des sénateurs et des chums du parti a été bien exposé, je n'en parlerai pas.

    Le plus aberrant est que plusieurs voteront de nouveau pour ces mêmes péquenots. Avec la bénédiction de Pierre Poutine oeuf Corse!

    • Nicole Moreau - Inscrite 26 février 2013 09 h 40

      je ne peux qu'en accord avec vous, vraiment deux poids deux mesures, les sénateurs gardent leurs rémunérations en dépit de très sérieuses lacunes d'éthique, voire de soupçons d'infraction criminelle, ce ne sera pas le cas de chômeurs

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 février 2013 06 h 59

    À quoi

    À quoi s'attendre quand ils croient que leur pouvoir viens du Très-Haut ? «The Queen can do no wrong» et non plus ses représentants.