Bureau de la liberté religieuse - Retour en arrière

Le premier ministre Stephen Harper a procédé cette semaine à la mise sur pied du Bureau de la liberté de religion, dont la création avait été promise lors de l’élection de 2011. Ce geste permet de voir ce qui distingue l’actuel gouvernement conservateur de ses prédécesseurs.


Le Canada n’a pas toujours été exemplaire en matière de respect des droits et libertés de ses propres citoyens - pensons à l’internement de Canadiens d’origines japonaise et allemande pendant la dernière guerre ou encore à l’emprisonnement sans mandat de Québécois pendant la Crise d’octobre. Dans une sorte de sursaut instinctif, il a cherché ces dernières décennies à se faire le champion de la défense des droits et libertés à l’étranger.


C’est ainsi que le gouvernement de Brian Mulroney institua en 1988 le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, connu par la suite sous le nom de Droits et Démocratie. La loi l’instituant, saluée par tous, lui octroyait un statut indépendant. Le choix de son premier président en la personne de Ed Broadbent, ancien chef du NPD, confirmait le caractère apolitique du nouvel organisme qui était libre de déterminer ses priorités d’action.


Droits et Démocratie n’existe plus. Il a été définitivement dissolu il y a dix-huit mois au terme d’une guerre sourde que lui mena le gouvernement Harper, qui lui reprochait de mener des politiques contraires aux siennes. Le Bureau de la liberté de religion vient en quelque sorte le remplacer, mais en est tout à l’opposé.


Le nouvel organisme ne disposera d’aucune indépendance ni liberté d’action. Il sera intégré au ministère des Affaires étrangères et sera un « outil » de promotion de la liberté de religion qui devient « un élément prioritaire de la politique étrangère du Canada ». Son patron, qui aura le titre d’ambassadeur, aura pour mandat premier de faire de la sensibilisation par des conférences au Canada et à l’étranger tandis que son équipe de fonctionnaires se livrera à de l’analyse et à la mise au point de programmes et de politiques qu’il reviendra au ministre d’approuver et de mettre en oeuvre.


Autre grande différence, ce bureau ne s’intéressera qu’à la liberté de religion plutôt qu’à la défense de l’ensemble des droits. Ce choix, étonnant, répond à la conviction du premier ministre que « la liberté de pratiquer sa religion selon sa propre conscience détermine notre personnalité et constitue donc le fondement de toutes nos libertés ». La liberté de religion est dans son esprit un préalable à l’émergence de la démocratie.


À la différence des gouvernements précédents, celui de Stephen Harper établit une hiérarchie des droits : la liberté de conscience et de religion vient avant celle du droit d’association, de la liberté de parole, du droit à l’égalité des races et des sexes. C’est là une vision qui ne tient pas compte que les droits s’affrontent les uns les autres et que la liberté de religion peut devenir prétexte à une oppression. Les religions ont été et sont encore très souvent non pas les victimes, mais les oppresseurs.


L’expression libre des convictions religieuses est bien évidemment bafouée dans nombre de pays. Le Canada n’est pas le seul État démocratique à se préoccuper des droits des minorités religieuses. Mais pourquoi établir une primauté de la liberté de religion sur les autres droits, sinon pour légitimer le virage religieux et moral que prend le gouvernement Harper dans sa politique étrangère ? Cela justifiera que le critère de la religion vienne colorer l’action humanitaire dispensée par l’ACDI et l’imposition de choix moraux relatifs à la sexualité. Voilà qui plaira aux fondamentalistes du Parti conservateur ainsi qu’aux électeurs des minorités ethniques. Pour l’ensemble des Canadiens, il y a dans cette politique un retour en arrière.

27 commentaires
  • Robert Morin - Inscrit 22 février 2013 06 h 38

    Loi constitutionnelle de 1982

    "Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit"

    P.E.Trudeau, formé par les jésuites, est le père de cette constitution répudiée par le Québec. Stephen Harper ne fait que poursuivre dans la même veine.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 22 février 2013 06 h 43

    Petit rappel

    Le préambule de la constitution du Canada énonce deux concepts contradictoires qui se lisent comme suit: «Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit».

    Harper privilégie le premier. Les talibans aussi.

    Desrosiers
    Val David

    • Bernard Moffett - Inscrit 22 février 2013 14 h 34

      Le préambule est un emprunt de la devise monarchique anglaise 'Dieu et mon droit'. Cette devise consacre le monarque Anglais comme souverain et chef de l'Église d'Angleterre (après répudiation de l'Église de Rome au XVI ième siècle). Elle concentre les pouvoirs spirituel et temporel dans une seule et unique personne, le monarque Anglais.

      C'est tout de même curieux que, pour fonder un état moderne (1982), de se référer à cette formule. 'Dieu' c'est le monarque chef de l'Église d'Angleterre depuis 1534. 'Droit' remonte à l'époque médiévale de Jean d'Angleterre au XIII ième siècle. Faire du neuf 'Canadien' sur de l'emprunté 'Anglais'. Pour l'innovation on repassera. C'est probablement pour cela qu'on ne nous a pas demandé notre avis.

      Loin d'être anodin, ce préambule signifie que les droits et les libertés ont été concédés aux citoyens-sujets par le bon vouloir du souverain monarque qui a par exemple autorisé la présence de religions autres que celle d'Angleterre. Ce ne sont pas les citoyens qui se sont autorisés cela, c'est le souverain qui en a décidé ainsi.

      Serait-ce pour cela que la véritable devise du Canada devrait plutôt être 'Cause toujours', comme nous le démontre si bien M. Harper ?

  • Jacinthe Deault - Abonnée 22 février 2013 07 h 03

    En arrière toute!

    Je ne suis même pas certain que la création plaira aux minorités ethniques, peut-être à certains éléments plus conservateurs, dans le sens étroit du terme. Harper, en fin politicien, tisse lentement, mais sûrement, une nouvelle trame sociale, politique et économique qui fait reculer le Canada. Le plus étonnant et dérangeant, c'est l'inertie des partis d'opposition qui, préoccupés par leurs défis internes ou les prochaines élections ne sont pas capables de former un mouvement d'opposition réel et efficace.

    Jean Raymond Bonin

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 février 2013 21 h 28

      Quand un gouvernement est majoritaire disons qu'il n'y a rien à faire sur ce sujet là comme sur les autres. Tout reponse sur la bonne volonté du gouvernement et sur ce sujet, comme à peu près tous les autres, aucune bonne volonté de la part de Harper. .

  • Michel Lebel - Abonné 22 février 2013 07 h 32

    Pas une bonne mesure!

    Certes la liberté de religion est une liberté fondamentale comme le prévoit bien des textes juridiques sur les droits de la personne. Qui dit fondement dit grande importance. Tout État se doit de garantir cette liberté dans son pays et voir à sa protection à l'échelon intrernational. Comme il doit faire de même pour tous les droits et libertés.

    Mais le sujet de la protection de la liberté religieuse pose bien des questions difficiles, tel que de ne pas discriminer entre les religions, ne pas discriminer également à l'égard des non-religieux, quoi faire en pratique pour vraiment protéger cette liberté, etc.

    La création de ce Bureau me semble plus une réaction à l'égard des persécutions subies par les chrétiens dans plusieurs pays. Ce problème est bien réel et dramatique mais je ne crois que ce Bureau soit le moyen approprié pour y faire face. Je serais donc porté à conclure que cet organisme n'est pas, pour le Canada, un bon moyen pour protéger la liberté religieuse, ici et partout dans le monde.

    Michel Lebel
    Ancien professeur des droits et libertés de la personne

    • André Le Belge - Inscrit 22 février 2013 10 h 17

      Afin d'éviter toute discrimination, il n'existe qu'un seul remède: l'État laïc.

    • André Le Belge - Inscrit 22 février 2013 10 h 18

      Le Canada d'Harper ne s'est jamais élevé contre les persécutions vis--vis les chrétiens d'Irak...

  • Guy Lafond - Inscrit 22 février 2013 07 h 32

    Des droits des enfants


    Promouvoir un Bureau de la liberté de religion. Soit.

    Mais ne perdons pas de vue les droits des enfants de s'épanouir en sécurité et en toute liberté entre un père et une mère.

    • Denis Beland - Inscrit 22 février 2013 18 h 23

      Exactement, l`état laÏc serait la meilleure solution. Je suis un peu confus avec le bessoin d`établir un bureau de la liberté religieuse considérant que la charte cannadienne et de droits sont là pour nous protéger. N`esce pas juste une prétention pour aller chercher des votes électorals pour M. Harper d`auprès des minotités religieuses? Un recul total.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 février 2013 19 h 51

      Votre commentaire est pour le moins étrange.

      Les droits que vous évoquez comme étant ceux des enfants n'existent tout simplement pas et l'ensemble de vos propose dégage peut-être une odeur d'homophobie.

      La sécurité et la liberté tout d'abord sont légèrement incompatible: trop de liberté peut mener directement à se mettre en danger et la sécurité très fragilisée.

      Le droit s'épanouir entre un père et une mère n'a jamais existé non plus: ce n'est pas un droit ça découle des circonstances: il y a eu des orphelinats, des pères absent à cause des guerres, puis le divorce, les familles monoparentale. On ne peut pas contrôler l'humain dans sa vie de a à z

      Il existe une charte des droits des enfants à l'ONU, qui a été adoptée après celle des droits de l'hommes et y est en quelque sorte intégrée: on y retrouve des éléments beaucoup plus réalistes, importants, et contrôlables, comme le droit à l'éducation en fonction des aspirations des enfants, par exemple, et sur lesquels, pour les états, il est possible d'agir. Vous auriez intérêt à la consulter. L'Internet (google entre autres) sert à ça des fois, à nous faire redescendre sur terre.