Commission Charbonneau - La liste

Le court mais efficace contre-interrogatoire mené mercredi par l’avocat du Parti libéral du Québec a démontré par l’absurde la confusion dans laquelle se concluent les travaux d’automne de la commission Charbonneau. Mais où donc s’en va-t-on ?

S'il avait fallu que les journalistes travaillent comme la commission Charbonneau l’a fait ces derniers jours, il n’y aurait pas eu de dite commission. On cherche encore à comprendre la pertinence d’un des derniers témoins entendus, l’entrepreneur Piero Di Iorio, à la crédibilité pas très nette et qui répétait ce que l’on savait déjà.


Et puis est arrivée la liste ! Sa simple existence faisait saliver, et elle fut longue à lire. Mais quel sens lui donner ? Aucun. Il faudra attendre en janvier. D’ici là, on ne peut ni en tirer que les gens qui ont été invités au club privé 357 C étaient bel et bien présents, ni savoir pour quelle raison ou pendant combien de temps, comme l’a habilement fait ressortir Me Michel Décary, avocat du PLQ.


On se retrouve donc avec une centaine de coupables par association alors que la commission ajourne pour deux mois ses audiences. Mais l’actualité ne se suspend pas ainsi ! Il revient donc par la force des choses, encore et toujours, aux médias de tenter de comprendre ce qui a cours. Ce qui signifie de se taper le boulot des recoupements, avec tous les risques que cela comporte.


On ne contestera pas que la commission, instance judiciaire, peut mener ses travaux à sa guise. Il vaut toutefois la peine de relire la déclaration d’ouverture de sa présidente, France Charbonneau, le 22 mai dernier : « Nous sommes conscients de l’attention médiatique dont les audiences feront l’objet et de l’impact immédiat que pourraient avoir certains témoignages sur l’opinion publique avant même que tous les éléments de preuve soient connus. De ce fait, nous serons particulièrement attentifs à protéger les réputations et éviterons, dans la mesure du possible, que la réputation et l’image des témoins soient inutilement atteintes. »


Comment dès lors expliquer qu’après avoir allumé une mèche, la commission rentre dans ses quartiers ? Pourquoi avoir rendu publique une liste obtenue depuis peu et que l’enquêteur qui l’a présentée était incapable d’analyser ? Pourquoi l’avoir dévoilée à ce moment-ci, « avant même que tous les éléments de preuve soient connus », en laissant un délai de deux mois qui, dans l’opinion publique, nourrira tous les soupçons, surtout à la faveur des rencontres des Fêtes ?


Il y a là une grande incompréhension de la scène publique. Le judiciaire a son rythme propre, mais quand on touche à d’anciens élus, donc des gens qui sont redevables à la société, il est impensable de les laisser dans un vacuum de deux mois après avoir semé le doute à leur endroit sans pour autant les accuser de quoi que ce soit. Un média qui agit ainsi est taxé d’irresponsabilité. Que dire d’une commission d’enquête qui en fait autant ?


À moins qu’il s’agisse d’une maladresse ? Ce ne serait pas la première, si l’on en croit les plaintes des procureurs qui représentent les participants à la commission. Ils sont exaspérés des délais dans la production de documents et des revirements dans l’organisation des journées. La commission a suspendu ses travaux parce qu’elle se disait à court de témoins ? Pourtant, elle devait entendre cette semaine des personnes qui auraient expliqué les règles d’octroi des contrats à la Ville de Montréal. Ce fut reporté, au grand dam de l’avocat de la Ville.


À moins aussi qu’on nage dans l’improvisation, celle qui a tant retardé le départ du procureur en chef Sylvain Lussier, qui frôlait le conflit d’intérêts, celle qui fait qu’on attend depuis mai l’arrivée du troisième commissaire. La présidente France Charbonneau a bien des choses à nous expliquer.

15 commentaires
  • Christian Boutin - Inscrit 29 novembre 2012 07 h 01

    Bordel

    Un court commentaire, en fait mon tweet de la fin de la journée j'hier : La #CEIC fout le bordel dans le politique et disparait jusqu'au 21 janvier.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 29 novembre 2012 07 h 01

    Apparences trompeuses ou non ?

    Toutes les invitations ne sont pas bonnes à accepter et un ministre soucieux de prudemment bien remplir ses fonctions devrait normalement se faire accompagner d'un adjoint politique, ne serait-ce que pour bien prendre note de ce qui se dit et doit par la suite se faire. Cet accompagnement aurait été plus facile si la rencontre avait eu lieu au ministère concerné et les invités triés sur le volet par les adjoints politiques de la ministre.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 29 novembre 2012 07 h 44

    La société spectacle

    Le vrai travail se fait chez les policiers. Voyez SNC-Lavalin.
    Les québécois et les médias interposés voulaient un spectacle de lynchage public, ils l'ont. Faudrait pas se plaindre.
    La fréquentation du Club 347 nous fait sombrer dans le ridicule. Faudra-t-il consulter les listes des défunts Clubs Mont-Royal et St-Denis, du Club Mont-Royal et du Club de la Garnison à Québec? Tous les politiciens n'ont qu'à bien se tenir, de même que tous les hauts fonctionnaires!

  • François Dugal - Inscrit 29 novembre 2012 08 h 03

    Le petit chaperon rouge

    - Dis, mère grand, pourquoi ne suis-je jamais invitée su 357C?
    - C'est parce que tu fais partie du monde plus qu'ordinaire, mon enfant.
    - Et pourtant, quand je vais chez McDo, je paie ma facture.
    - C'est parce que ce resto est fait pour le monde plus qu'ordinaire, mon enfant
    - Alors, que faut-il faire pour faire parti du monde extraordinaire?
    - Un bon point de départ est d'être conseillé municipal à Laval ou de creuser pour intaller des égoûts.
    - Mais, mère grand, je ne suis ni l'un, ni l'autre.
    - Alors, mon enfant, reste silencieuse et profite de la vie dans le «plusse meilleur ™» pays du monde.
    - Alors, mère grand, quel est mon rôle dans la société post-moderne?
    - C'est très simple, mon enfant, tu votes à chaque 4 ans et entre ces votes, tu la fermes! Ce sont les gens extraordinaires qui prennent alors le relai.
    - Mais, mère grand, cette situation ne me plais pas.
    - Fais attention, mon enfant, car si tu protestes trop, je vais te MANGER!.

    • Françoise Breault - Abonnée 29 novembre 2012 15 h 02

      Savoureux|

    • François Dugal - Inscrit 29 novembre 2012 17 h 28

      Merci, madame Breault.

  • Philippe Belzile - Inscrit 29 novembre 2012 08 h 40

    La Commission fait l'enquête, pas la nouvelle

    Il ne faudrait pas confondre le spectacle médiatique et le travail d'une commission d'enquête. C'est dommage pour les journalistes cette période de pause, mais ça ne rend pas les travaux inefficaces pour autant. Des témoins qui répètent des choses connues, ça s'appelle de la corroboration et c'est nécessaire pour transformer des «allégations» en «preuve béton». Mais c'est plate pour les journalistes.
    Me Décary a fait esclandre, non pas pour le bien des travaux de la Commission, mais parce que ses clients n'avaient pas le temps d'orchestrer la campagne de «damage control» de Line Beauchamp. Préparer la cassette, le communiqué et l'agenda d'entrevues aux 15 minutes, ça prenait du temps.
    La Commission n'a pas pour rôle de gérer les relations publiques. Elle doit faire enquête, publiquement certes, mais sans s'enfarger dans les susceptibilités des personnages publics ni des journalistes.