Montréal - En attendant

Le nouveau maire de Montréal a formé jeudi le comité exécutif qui, cette prochaine année, dirigera la métropole. Ce « gouvernement de coalition » entend fonctionner hors des lignes partisanes, une première dans l’histoire de Montréal. L’expérience n’est pas sans risques.


La démission du maire Gérald Tremblay, voilà deux semaines, a marqué une rupture radicale dans la gestion de Montréal, qui s’est retrouvé sans leadership. Son parti, Union Montréal, n’a su éviter une profonde crise interne, qui lui a fait perdre sa majorité au conseil municipal. Dans les circonstances, réunir tous les partis d’une même table pour assurer la continuité était ce qui pouvait arriver de mieux à Montréal, qui retrouve ainsi un certain degré de normalité. Michael Applebaum a réussi son premier test de maire intérimaire.


Le mandat qui est celui de ce nouveau comité exécutif doit être bien compris. Il est là pour assurer l’intendance et prendre les décisions qui doivent mener à terme les projets en cours et ceux déjà en préparation. Il n’est là qu’en attendant. Détenant son autorité d’un maire élu par le conseil plutôt qu’au suffrage universel, il ne peut lancer de nouveaux projets. Cela reviendra au prochain maire et au conseil municipal, qui seront élus l’an prochain.


La gestion des affaires courantes sera en soi un défi pour la nouvelle administration montréalaise. Ses 12 membres étaient hier encore des adversaires politiques, qui bien évidemment, ne partagent pas de vision commune. Au surplus, ceux qui sont issus des partis d’opposition et des indépendants en seront à leur première expérience. Quant aux représentants d’Union Montréal, s’ils ont siégé au précédent comité exécutif, leurs responsabilités ont été réduites.


Par ce choix, Michael Applebaum a voulu marquer une nette rupture avec le passé, mais accroît d’autant le risque lié à l’inexpérience. Toutefois, le danger qui guette le comité exécutif se trouve ailleurs. Quoi qu’en disent, la main sur le coeur, tous les partis et factions présents au conseil municipal, la partisanerie et les rapports de force politiques ne seront jamais bien loin. Éminemment politiques ont d’ailleurs été les choix faits par Michael Applebaum pour constituer le comité exécutif, comme le montre bien la place accordée au parti de Louise Harel, Vision Montréal. Ses quatre représentants ont obtenu les principales responsabilités, dont la présidence du comité exécutif et les dossiers des infrastructures, des grands projets, des transports et de la culture. À l’inverse, Union Montréal se retrouve avec seulement trois sièges. Son porte-parole et candidat défait à la mairie, Richard Deschamps, obtient la responsabilité des sports et des loisirs. Un geste pour le moins inélégant.


Les membres du comité exécutif ne pourront être aveugles au jeu politique auquel leurs partis respectifs se livreront ces 12 prochains mois. Déjà, Louise Harel et le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, ont annoncé leur intention de briguer la mairie. La campagne électorale, qui est à toutes fins utiles lancée, sera par ailleurs colorée par les révélations et allégations de collusion devant la commission Charbonneau. Inévitablement, elle se répercutera dans les débats au sein du comité exécutif.


L’engagement de Michael Appelbaum de faire siéger en public le comité exécutif, s’il est respecté, pourrait nous garder de ces jeux politiques. Dans les circonstances actuelles, c’est la meilleure garantie que l’on puisse avoir que les élus s’en tiennent à leur responsabilité première, qui est de restaurer la confiance des Montréalais en leur administration municipale. En cela, ils ont à nous convaincre qu’ils placent le bien commun au-dessus de leur intérêt partisan.

4 commentaires
  • Solange Bolduc - Abonnée 23 novembre 2012 11 h 13

    Le visage fantômal rôdera encore longtemps dans le ciment...

    Placer le bien commun au-dessus de la partisanerie, ce serait beau à voir! Mais encore, en seront-ils capables ?

    L'esprit corrupteur règne encore à la Ville, à n'en point douter ! On ne défait pas un système si bien ancré dans les moeurs en croyant qu'un nouveau Manitou le fera disparaître comme par enchantement !

    Le visage fantômal, image des morts verreuses encore insoupçonnées de certaines victimes ou corrupteurs, rôde toujours dans les infrastructures de Montréal, et ne disparaîtra pas d'aussitôt, même avec le plus puissant des "bulldozers" !

    La Commission Charbonneau nous le rappelle chaque jour, et je crois que, malgré tout, les plus corrompus ne lâcheront pas prise aussi facilement! De puissants ratoureux !

    Même si la vigilance doit être une priorité pour le Comité réunissant des oppositions politiques et autres, il y restera toujours une traînée de poudre quelque part, qu'on le veuille ou non!

    Je ne me fais aucune illusion sur le résultat du nettoyage qui doit être entrepris, étant donné que cela a pris des décennies pour s'implanter dans "le ciment" de la ville de Montréal, en particulier !

    La riguer s'impose, mais pour combien de temps ?

    • Jean-Pierre Audet - Abonné 23 novembre 2012 12 h 27

      Très juste, la vertu étant plus facile à détruire que le vice. Celui-ci en effet se développe grâce aux avantages marginaux qui finissent par s'implanter comme étant la normalité. "Chassez le naturel, il revient au galop." Avec la machinerie que l'on connaît aux plus gros d'entre ces bandits, certains politiciens moins aguerris pourraient bien se faire un jour écrapoutir. Je ne le souhaite pas, mais le subodore, étant donné la pestillence du passé.

  • Roland Guerre - Inscrit 23 novembre 2012 13 h 07

    Assainissement

    L'équipe, chargée de la transition, avant le renouvellement de l'assemblée communale, a une priorité : assainir les services, refuser la corruption, tirer les leçons des auditions de la Commission Charbonneau, inviter les citoyens à s'associer à cet assainissement, préalable à un climat apaisé, favorable au débat qui accompagnera le scrutin.
    La publicité des travaux du comité exécutif suppose un intense travail d'étude, d'assimilation des dossiers, un réel effort de pédagogie. Les citoyens peuvent bénéficier de nouvelles heures enrichissantes. Un noble champ pour l'éducation civique des jeunes générations.

  • Gilles Théberge - Abonné 23 novembre 2012 18 h 49

    Gouvernement ?

    Monsieur Descôteaux parle ici de Ce « gouvernement de coalition» Bien entendu on peut et doit parler de gouvernance. Mais n'est-il pas exact qu'un conseil municipal est une administration et non pas un gouvernement ?