Assurance-emploi - Faut-il la rapatrier ?

Avec l’élection d’un gouvernement du Parti québécois, l’idée de rapatrier l’assurance-emploi refait surface. S’il est juste de prétendre que le Québec y gagnerait en cohérence en matière de développement de la main-d’oeuvre, il n’est pas dit qu’il ait les moyens de ses ambitions.

Nommé dans la Constitution assurance chômage depuis 1940, le programme fédéral a été rebaptisé « assurance-emploi » sous Jean Chrétien pour lui donner une allure moins négative.


Objet d’amendements fréquents inspirés par la conjoncture économique et par l’orientation politique des gouvernements au pouvoir, l’assurance chômage a toujours fait l’objet de critiques, tant de la gauche que de la droite.


En inscrivant le rapatriement du régime dans sa dernière plateforme électorale, Mme Pauline Marois a voulu prouver à ses militants qu’elle était décidée à suivre le programme du parti qui l’invite à « agir en gouvernement souverainiste, cherchant à acquérir toujours plus de pouvoirs et de moyens pour le Québec ». Mais même avant d’adopter ce comportement que certains ont eu vite fait de qualifier de confrontation délibérée avec Ottawa, le Parti québécois avait mené d’autres batailles du même genre, souvent avec l’appui unanime de l’Assemblée nationale. N’est-ce pas le gouvernement de Jean Charest qui a finalement conclu un accord avec Ottawa pour donner vie au régime d’assurance parentale québécois conçu dix ans plus tôt par Pauline Marois ?


Ce qui ne s’est cependant pas fait sans peine et surtout sans l’ajout de ressources gargantuesques. Alors que la ministre Marois parlait d’un coût annuel de 350 millions de dollars presque entièrement financé par le transfert des cotisations payées par les Québécois au régime fédéral, l’assurance parentale coûte aujourd’hui cinq fois plus en cotisations, soit 1,9 milliard, et traîne derrière elle un déficit accumulé de 380 millions!


Rapatrier l’assurance-emploi coûterait aussi très cher aux travailleurs et aux entreprises du Québec. À l’heure actuelle, la caisse fédérale verse 800 millions de plus aux chômeurs du Québec qu’elle ne perçoit en cotisations. Ce n’est pas un hasard si plusieurs commentateurs du Canada anglais suggèrent au gouvernement Harper de laisser aller le programme avant même que le débat ne soit engagé au Québec.


Il faudrait donc commencer par combler ce fossé en haussant les cotisations. Mais pourquoi rapatrier le régime si on ne le bonifie pas ? Et là commencent les vraies dépenses…


À ce sujet, le programme du Parti québécois est silencieux. En revanche, les groupes qui militent pour le rapatriement sont plus explicites : on pourrait, par exemple, verser des prestations plus élevées, pendant plus longtemps, à un plus grand nombre de chômeurs, et financer le tout par… une augmentation des cotisations qui sont trop peu élevées, dit-on. Il suffisait d’y penser !


Le rapatriement du régime créerait plus de cohérence dans les politiques de main-d’oeuvre du Québec, sans doute. Mais soyons plus clairs que les politiciens au cours de la dernière campagne électorale : à moins d’un taux de croissance de l’économie québécoise largement supérieur à ce que l’on nous annonce pour les dix années à venir, aucune amélioration quantitative de nos programmes sociaux ne pourra être apportée à moins d’être accompagnée d’un alourdissement de la dette ou de compressions équivalentes dans les dépenses de l’État. Ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs !

  • Mathieu Lafleur - Inscrit 18 septembre 2012 08 h 09

    Le coût direct n'est pas le seul coût

    Selon la propagande, le Québec est (ou sera) en pénurie d'employers, serait-ce possible qu'en intégrant mieux l'assurance emploi aux besoins spécifiques de notre économie et l'intégrant mieux au systeme scolaire, le coût direct serait compensé par un nombre moindre de bénificiaires et un nombre plus grand de cotisants?

  • Gaston Carmichael - Inscrit 18 septembre 2012 08 h 35

    Analyse superficielle

    Je crois que ce dossier mériterait une analyse beaucoup plus approfondie.

    Rappelons-nous les dizaines de milliards de surplus dans la caisse d'AE que le fédéral a confisqué pour combler son déficit. Aujourd'hui, Oh surprise! on se désole que la caisse est en déficit.

    En 1997, le taux de cotisation maximal à l'AE était de 2.90%. En 2012, il est rendu à 1.83%. Aujourd'hui, Oh surprise! on se désole que la caisse est en déficit.

    La caisse d'AE est un formidable rateau à ramasser des milliards. Alors, il ne faut pas trop se surprendre que le PQ veuille en prendre le contrôle.

    Le fait que cette caisse soit présentement (et temporairement) en déficit est probablement le meilleur moment pour faire cette bataille.

    Toutefois, il est quasi certain que le fédéral ne voudra jamais laisser aller cette vache à lait, qu'on peut traire à volonté.

  • Albert Descôteaux - Inscrit 18 septembre 2012 08 h 37

    Un exemple de fédéralisme payant

    "Rapatrier l’assurance-emploi coûterait aussi très cher aux travailleurs et aux entreprises du Québec. À l’heure actuelle, la caisse fédérale verse 800 millions de plus aux chômeurs du Québec qu’elle ne perçoit en cotisations."

    Sous pretexte de gouvernance souverainiste, le PQ veut rapatrier aveuglément un programme qui nous couterait très cher. Pourquoi refuser que les autres provinces nous envoient 800 millions pour faire vivre nos chomeurs? Payant le fédéralisme...

    • Djosef Bouteu - Inscrit 21 septembre 2012 18 h 41

      Parce qu'on est pas un peuple de quêteux de BS, peut-être? L'aute-gestion est la meilleure façon de dynamiser notre économie.

  • Jean Duchesneau - Abonné 18 septembre 2012 08 h 41

    Réduire une tension!

    Assurance-emploi (fédéal) et aide sociale (provinciale) sont des vases communiquants. Toute mesure restrictive au fédéral dans l'assurance emplo, financé par les entreprises et les travailleurs, se répercute automatiquement à l'aide sociale financée à même les impôt. Il est alors évident que le repatriment offrirait plus de cohérence et diminuerait la tension fédérale-provinciale à cet égard.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 18 septembre 2012 09 h 24

      Excellent argument M. Duchesneau!

      On voit cet effet de vase communicant également avec le report à 67 ans pour les prestations aux ainés. Le provincial se trouvera à devoir assumer deux ans de plus en aide sociale aux plus démunis.

      Encore une fois, le fédéral règle son déficit sur le dos des provinces.

  • Jean Lapointe - Abonné 18 septembre 2012 08 h 57

    C'est une question de volonté


    J'aurais préféré monsieur Sansfaçon que vous fassiez des suggestions positives devant faciliter le changement au lieu de mettre l'emphase sur les problèmes que cela soulèverait si Québec voulait rapatrier l'assurance-chômage.

    A trop voir les problèmes, la volonté de le faire risque de faiblir.

    C'est à se demander si dans le fond vous ne préférez pas le statu quo parce que ce serait trop compliqué de s'engager dans une telle entreprise.

    Faire du Québec un pays indépendant ça pose aussi plein de problèmes, mais ça s'est fait alleurs, pourquoi est-ce que nous ne serions pas capables de le faire nous aussi?

    Aurions-nous des doutes par hasard sur nos capacités?

    C'est ce que pensent certains fédéralistes. Nous n'aurions pas les capacités requises pour nous auto-administrer.

    Est-ce que par hasard nous n'aurions pas tendance à leur donner raison?

    • Michel Richard - Inscrit 18 septembre 2012 13 h 43

      Sans avoir de doutes sur nos capacités, il faut tout de même regarder la réalité en face.
      Il ne faut pas avoir peur d'énumérer les problèmes.