Guerre de 1812 - Refaire l’histoire

Les activités soulignant le bicentenaire de la guerre de 1812 sont officiellement lancées. Des dizaines de millions de dollars seront dépensés pour convaincre les Canadiens que 1812 conduira à 1867. Une erreur historique montée en épingle sans vergogne par les conservateurs.

Début mars 2010, dans son discours du Trône, Stephen Harper annonçait que serait souligné en grand le 200e anniversaire de la guerre américano-britannique de 1812, conflit qui, selon le premier ministre, avait « contribué à façonner l’identité canadienne ».


Une relecture historique qui n’allait pas tarder à être dénoncée par des historiens de toutes tendances, qui trouvaient que le gouvernement conservateur exagérait l’impact de cette guerre obscure.


Le premier ministre - qui s’en étonnera ? - n’accorda aucune attention à ces commentaires. Son patriotisme inclut depuis longtemps la référence à 1812, comme en font foi de précédents discours. L’anniversaire arrivait, il allait s’en servir.


L’idée, c’était de faire comprendre qu’en 1812, les Canadiens, sous la férule des valeurs britanniques, se sont battus ensemble pour résister à l’envahisseur américain, posant des premiers jalons d’unité nationale. En fait, les soldats américains, incapables de combattre sur les mers, avaient transposé leurs batailles avec les Britanniques sur le sol de la colonie voisine, le Canada, au grand dam des habitants !


On peut craindre que la révision à la sauce conservatrice de la naissance du Canada, à force d’être répétée, finisse par avoir des résonances, en dépit de ses extravagances. Ainsi du ministre du Patrimoine, James Moore, qui répète depuis des mois que la guerre de 1812 a permis de protéger le français.


Cela n’a rien à voir. Comme l’a rappelé l’historien Jacques Lacoursière au Devoir la semaine dernière, l’immigration britannique menaçait à l’époque le Canada français. Les batailles contre les Américains ne s’arrimaient d’aucune manière à la dualité linguistique représentée par le Haut et le Bas-Canada. Le vrai lien de la guerre de 1812 était monarchique, point. En tirer d’autres leçons, c’est sombrer dans la démesure interprétative.


Il y a quelques années, les professeurs Stéphane Kelly et Guy Laforest ont publié, aux Presses de l’Université Laval, l’ouvrage Débats sur la fondation du Canada, édition française des débats menés entre 1864 et 1873 dans les Parlements de l’Amérique du Nord britannique pour décider de la création d’un nouveau pays. Une brique où résonnent les discours de MacDonald, Cartier, D’Arcy McGee, Dorion, Robson, Taché, Riel…


Comme l’écrivent les directeurs anglophones de cette impressionnante recension, dans leurs discours, « les députés font montre de vastes connaissances en droit, en histoire, en politologie et en pensée politique moderne ». Il s’agit, comme ils le notent, d’une « délibération politique d’un très haut niveau ». Le passé est appelé à la rescousse des débats, tout comme la comparaison avec les États-Unis. Différents conflits sont évoqués : la rébellion des Patriotes, la guerre civile américaine, les soulèvements populaires de 1848 à Paris, en Hongrie, en Irlande… Il y est bien question d’une invasion américaine : celle de… 1775, qui verra les villes de Québec et Saint-Jean assiégées. Et 1812 ? Pas-un-mot !


Un événement prétendument fondateur, survenu quelque cinquante ans plus tôt, et que des parlementaires articulés, aguerris, postés d’un océan à l’autre, en quête d’un nouveau pays, d’une nouvelle identité, de comparaisons et de repoussoirs, ignoreront ! Voilà qui a de quoi étonner…


À moins que l’événement en question n’ait pas été ce que l’on veut nous faire croire, et qu’il ne serve que des fins politiques bien contemporaines, et bien simplificatrices. À la Harper, quoi.

12 commentaires
  • Claude Jean - Inscrit 19 juin 2012 06 h 10

    Nos racines la guerre de 1812

    Pour en découvrir plus sur 1812:

    NOS RACINES: L'histoire Vivante Des Québécois. No. 52. La Guerre De 1812

    LACOURSIÈRE Jacques, BIZIER Hélène-Andrée

    Éditeur : Les Éditions Transmo Inc., Saint-Laurent (Québec)

    Date d'édition : 1979

  • Roger Lapointe - Abonné 19 juin 2012 06 h 25

    Des relents de stalinisme.

    Fin du message.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 juin 2012 19 h 00

      La Vierge de Fatima avait drôlement raison:

      "Pauvre Canada!"

  • Jean Lapointe - Abonné 19 juin 2012 08 h 08

    Ce serait donc du révisionnisme


    Si ce que nous disent certains historiens est vrai, cela voudrait donc dire que le révisionisme historique ne serait plus le propre de l'ex-URSS.

    Mais où donc nos actuels gouvernements, à Ottawa et à Québec, essayent-ils donc de nous entraîner?

    Serait-ce leur détermination à empêcher à tout prix l'indépendance du Québec qui les pousserait à de tels extrêmes?

    Il ne faut pas oublier que Harper et Charest sont en guerre contre les souverainistes québécois depuis 1995.

    Ils ne l'ont pas digéré cette presque victoire des «séparatistes» comme ils nous appellent. Et ils se sont sûrement promis qu'il n'y en aurait plus de référendum sur la souveraineté.

    Plusieurs diront sans doute que j'exagère. Mais en sont-ils si sûrs?

    Réfléchissez un peu plus . Vous arriverez peut-être à la même conclusion que moi.

  • Georges Tissot - Abonné 19 juin 2012 11 h 06

    Perversion?

    Edito bien tourné, bravo! Sur l’ histoire: ils ont consulté, mais qui? Si non, de quel droit des politiciens érigent leurs opinions sur l’ histoire du Canada au rang de certitude. Perversion et de l’histoire, et des historiens!

  • Jean-François Lachance - Inscrit 19 juin 2012 11 h 09

    Totalitarisme en naissance

    Tous les ingrédients pour une dictature pan-canadienne sont là :
    - quasi-monopole des institutions médiatiques par un groupuscule au service d'idéologie de droite
    - privatisation progressive des biens et services publics aux amis et généreux donateurs des partis
    - Remaniement historique afin d'aller chercher une unitée fictive
    - Une propagande parfois même haineuse dans des ondes radiophoniques en particulier afin de ridiculiser ou même menacer toutes formes d'oppositions
    - Utilisation à outrance de terme grave pour signifier toute forme de résistance (un manifestant devient un terroriste, un symbole politique, un signe de violence etc)
    - Utilisation d'un double langage afin d'endormir le citoyen moyen : liberté économique = privatisations de services ; sécurité = répression policière, immigrant clandestin = réfugié politique ; extrême-gauche = social-démocratie
    - Diabolisation de l'étranger par le message des médias main stream : " Les usa c'est le chômage et la crise, l'europe c'est la faillite, l'asie l'exploitation au travail, l'afrique et l'amérique du sud la pauvreté, mais ICI au Canada il n'y a que nous qui avons la bonne solution pour être heureux et prospère, pratique courante dans les dérives totalitaires tant à gauche qu'à droite
    - Destruction progressive de donnés statistiques rigoureuses afin de mieux contrôler par la suite l'opininon public (fin du questionnaire obligatoire chez stat canada et coupes budgétaires importantes)
    En plus de cela on assiste à la création de pseudos oppostions qui ne font que conforter le pouvoir en place et ne laisse aucun choix à la population exemple : la CAQ et PLQ, idéologie semblable avec le même agenda politique. Les temps à venir sont cruciaux puisqu'une crise social comme celle actuelle peut devenir une belle excuse pour aller encore plus loin vers la radicalisation de l'idéologie actuelle et glisser vers un état policier (la loi 78 n'est qu'une prémisse à mon avis).