Conflit étudiant - Le chant du chaudron

La loi 78, dont la prétention était de sonner le retour au calme, n’a pas apaisé le chaos social. Au contraire : nous voilà dans une autre forme de confusion, noyés sous des arrestations qui n’ont rien à voir avec la loi d’exception, mais tout avec des règlements depuis toujours en vigueur.

C'était d’une ironie à faire ronchonner plutôt que rire. Hier, Gérald Tremblay remettait le Prix du maire de Montréal en démocratie, une « nouvelle forme de reconnaissance de l’engagement citoyen ». C’est en marge de cette première que l’homme politique, bien sûr exaspéré par l’agitation secouant sa ville, a abruptement conseillé aux joueurs de casseroles de faire leur tintamarre depuis leur balcon. Suffit. Assez. Tanné !


Quelle mouche pique donc les acteurs politiques ? On attend d’eux qu’en gestes et en paroles ils incitent au calme. Mais ils succombent - fatigue et exaspération aidant - au piège de l’enflure verbale. Rien de tout cela n’assourdira le chant des casseroles.


Les droits de scolarité ne sont pas l’impulsion première des joueurs de chaudrons qui, du plus petit au plus âgé, sortent de leur torpeur de manière spontanée. L’utile ? Faire connaître au gouvernement un mécontentement rageur. L’agréable ? Redonner au mot collectivité un sens joyeux.


Les chaudrons, une tradition inspirée du cacerolazo chilien des années 1970, né pour contrer une dictature, claquent au Québec leur indignation devant une loi spéciale, une riposte toute faite de loi et d’ordre, alors que sur le fond, rien n’est discuté avec respect ni hauteur.


Va-t-on faire cesser ce tintamarre attendu tous les soirs à 20 heures en assommant des manifestants pacifiques d’une série de contraventions au règlement municipal, comme on l’a vu mercredi ? Notons : la loi 78 n’a toujours rien à voir avec les débordements de soirée, curieux phénomène. Elle n’aura eu à ce jour que pour seul effet de suspendre la session d’hiver - une décision que tous ont saluée, d’ailleurs, pour permettre la négociation dans le calme.


Jusqu’à maintenant, toutes les arrestations se font en vertu de règlements dont disposaient déjà les forces de l’ordre. Aucun article de la loi spéciale ne justifie de donner une infraction aux participants des manifestations, seulement à ses organisateurs. C’est ainsi qu’à Sherbrooke, où les policiers avaient été les premiers à faire usage de la loi 78, on a décidé de remettre plutôt des infractions au Code de la sécurité routière, le tout après révision juridique. Tout ça pour ça ? On va donc se mettre à distribuer allègrement les contraventions, causant un autre type de chaos en cour municipale où les contestations seront nombreuses ?


Navrant. Là où on attend toujours une évolution, c’est plutôt la désolation qui s’accumule en couches. On nous promet sous peu une reprise des discussions, ce que toutes les parties confirment. Ô joie ! Des échanges précédents ont été torpillés sitôt les parties séparées. Cette fois, on espère que la psychologie fine, le tact et la délicatesse s’ajouteront à la stratégie des négociateurs, quel que soit leur camp. Ils n’ont pas, cette fois, droit à l’échec.

23 commentaires
  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 25 mai 2012 03 h 11

    Échec prévisible

    Le gouvernement ne veut rien savoir des discussions portant sur la hausse des droits de scolarité ou sur un moratoire. Alors, de quoi discuteront-ils? De l'impasse...ou de bagatelles, hélas!

    NH

  • Yves Claudé - Inscrit 25 mai 2012 04 h 07

    Les bienfaits de la Loi 78 : chaos administratif … et naissance d’un folklore urbain !


    Un examen de la situation provoquée par la Loi 78 dans les établissements scolaires en grève, m’amène à ne pas partager l’enthousiasme de Madame Chouinard à ce sujet.

    En effet, si le lock-out contre les étudiants en grève pouvait passer auprès de ministres peu au fait des réalités scolaires pour une idée de génie … issue d’un cabinet d’avocats patronaux, ces géniaux stratèges n’avaient certes pas prévu les dommages collatéraux de cette guerre aux “apprenants”, soit le lamentable chaos, administratif, juridique, organisationnel et surtout pédagogique qui résulterait de la Loi 78.

    Il me semble raisonnable de penser que c’est l’irruption de ce chaos dans les dossiers de la ministre de l’éducation, qui lui donne soudain une imprévisible disposition au dialogue avec les associations étudiantes, y compris avec celle qui a provoqué des malaises linguistiques chez la ministre précédente.

    Recherchés : calleurs et gigueurs pour sets carrés de casseroles !

    Si l’on veut faire plaisir à notre cher gouvernement et aux gens d’affaires, il faudra améliorer nos prestations de “casseroleux”, afin d’attirer des touristes qui ne manqueraient pas d’apprécier notre nouveau folklore urbain.

    Pour accueillir comme il se doit ces multitudes d’étrangers déjà séduits par nos chorégraphies et rythmiques pittoresques, il faudrait organiser au plus vite des cours, et même des concours de manifestations, sur le modèle des écoles de samba brésiliennes. J’ai, en modeste manifestant, composé une petite musique sur trois notes, intitulée la “Gigue à Gérald”, en hommage à sa contribution au développement de la démocratie et des arts…

    Yves Claudé

    • Catherine Paquet - Abonnée 25 mai 2012 07 h 17

      C'est déjà le temps des vacances. On s'amuse. Mais je vous jure que les dirigeants de la CLASSE ne s'amusent pas. Ils demandent toujours de participer aux négociations, sans condition, à condition que le gouvernement recule sur les droits de scolarité et sur la loi 78. Rien de plus. Du moins pour l'instant.

    • Jaber Lutfi - Inscrit 25 mai 2012 07 h 19

      Circule en ce moment sur Facebook une image reprenant le slogan touristique de New York : I love (carré rouge) Montréal. D'accord pour les cours mais pas pour les concours.

  • Michel Lebel - Abonné 25 mai 2012 06 h 34

    Le temps des choix!

    Le Parlement adopte une loi spéciale. Par son caractère spécial, urgent, elle se devait d'être appliquée. La police ne le fait pas! Situation pour le moins étrange en démocratie où la police refuse de faire son boulot. Il resterait l'armée? Ça ne se fera évidemment pas ainsi, mais nous vivons présentement uen forme d'anarchie au Québec et il faut bien en prendre acte. Nous ne sommes plus dans un jeu de salon!

    Solution: Une entente entre étudiants et le gouvernement ou, à defaut de quoi, des élections. Nous sommes rendus là.! Les dés sont jetés!


    Michel Lebel

    • Sébastien Tanguay - Inscrit 25 mai 2012 09 h 41

      J'ai dû mal à cerner votre perception des choses, monsieur.

      Si le Parti libéral ne s'est pas servi du Parlement pour s'accrocher au pouvoir en adoptant la loi 78, j'me d'mande bien c'qu'il a fait.

      Comment pouvez-vous demander l'application de cette loi spéciale, alors qu'elle détourne notre Assemblée nationale à des fins partisanes?

      Pour ce qui est de l'impératif de la paix sociale, il ne s'agit pas d'une raison valable à l'adoption de la loi spéciale. La loi 78, c'était un bidon rempli de sans plomb jeté par le gouvernement sur l'incendie étudiant. Ne l'essayez pas à la maison; je vous sais suffisamment intelligent pour vous figurer les effets d'un tel geste.

      Tenez, je vous invite à lire ceci: il n'y a humblement rien de nouveau sous le soleil dans cet article, mais il résume bien mon sentiment.

      http://chemisemagazine.org/pas-de-titre-pour-celui

      Bonne lecture!

    • Yves Claudé - Inscrit 25 mai 2012 11 h 28

      Monsieur Michel Lebel,

      Permettez-moi de vous informez du fait que la Loi 78 est faite en fonction d’un seul objectif, selon sa formulation: «Loi permettant aux étudiants de recevoir l'enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent».

      En quoi le matraquage des citoyens de toutes sortes, les arrestations de masse et les atteintes au droit de manifester mais aussi à la liberté d’expression et d’opinion, seraient-elles en mesure de favoriser l’objectif de la loi ?

      D’un police détournée de ses fonctions, devenue une milice politique au service du gouvernement libéral, je ne vois pas tellement d’enseignement, mais plutôt de l’ignorance des droits élémentaires des citoyens. Suggérez-vous que l’armée serait à même de fournir un enseignement conforme aux prescriptions du ministère de l’éducation?

      Cordialement

      Yves Claudé

  • Catherine Paquet - Abonnée 25 mai 2012 07 h 12

    Pardon

    Le Grand Tintamarre est plutôt importé du Nouveau-Brunwick. On voit ici une nouvelle tentative de rapprocher la situation au Québec avec des conflits chiliens. Or les os observateurs les polus sérieux reconnaissent que celà n'a rien à voir...

    • - Inscrit 25 mai 2012 11 h 34

      Oui et non: Le grand tintamarre remonte au tournant des années 70-80 en Acadie mais on en rapporte un aussi en 1955 et, dans ce dernier cas il s'agissait de faire du bruit: « Une fois la prière terminée, on fera pendant plusieurs minutes, un joyeux tintamarre de tout ce qui peut crier, sonner, et faire du bruit : sifflets de moulin, claxons [sic] d'automobile, clochettes de bicyclettes, criards, jouets, etc. » (Encyclopédie du patrimoine de l'Amérique française).

      Par contre le «cacerolazo» lui remonte à 1970 au Chili et est aussi un peu contemporain en Argentine et vise particulièrement l'utilisation de casseroles pour faire du bruit dans le but de protester contre le gouvernement en place. Disons que ça ressemble un peu plus à ce qui se passe maintenant au Québec que le grand tintamarre qui souligne la survivance du peuple acadien à la déportation.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 25 mai 2012 07 h 16

    Le chant des casseroles

    Le bruit des casseroles c’est le bruit d’un peuple qui en a assez de voir un gouvernement qui dirige le Québec dans l’intérêt exclusif de ceux qui gravitent autour , cotisent au parti Libéral et se sont payé un premier ministre pour 75,000$/année..

    Un gouvernement devenu illégitime , indigne du pouvoir qu’on lui a délégué en grande partie par apathie et absentéisme électoral.

    Voici l’hymne du printemps Érable : les “Oies sauvages” du groupe Mes Aïeux. On sort d’une longue hibernation , mais là on reprend le contrôle de nos affaires ensemble.

    http://www.musicme.com/Mes-Aieux/titres/Les-Oies-S